22 février 2026. Le meurtre d’un jeune militant identitaire à Lyon, le 12 février 2026, fait craindre le pire dans une France affaiblie et asthéniée par dix années d’errance politique. Le pays est dans l’attente anxieuse des présidentielles d’avril 2027 qui pourraient conduire à un affrontement entre les deux partis des extrêmes : RN et LFI, lesquels réunissent aujourd'hui à eux seuls plus de 60% du corps électoral.
La victoire du premier pourrait se traduire dès l’annonce des résultats par une insurrection. Mais la victoire de LFI n’offre guère plus de réconfort. Face à cette double menace, le remède coule de source. Notre classe politique saura-t-elle s’en saisir mieux que les politiciens allemands du « Bloc bourgeois » en 1932-1933 ?
Depuis quelques années, la classe politique française est engagée dans un débat oiseux sur la question : qui sont l’extrême-droite et l’extrême-gauche ?
Qui sont les extrémistes ?
On peut s’en tenir comme le Conseil d’État à un critère « spatial » : les extrêmes sont les partis dont les députés siègent aux extrémités de l’hémicycle, soit, pour la droite, le RN et Reconquête ! et, pour la gauche, les micro-partis révolutionnaires tels que Lutte ouvrière (LO) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA). LFI serait exempte de cet intitulé infamant (source).
On peut aussi se donner une définition fonctionnelle : sont « extrémistes » les partis et les hommes politiques qui contestent la démocratie, n’escomptent pas de victoire électorale et prônent un changement de régime par le biais d’une insurrection populaire ou d’un coup d’État.
Ce parti a succédé en 2018 au Front National, un parti ouvertement situé à l’extrême-droite, né en 1972 de l’affrontement entre Occident (néofasciste) et la Ligue communiste (trotskyste). En 1984, le FN et son chef Jean-Marie Le Pen sont sortis de la marginalité grâce au soutien tactique du président François Mitterrand.
En 2002, Jean-Marie Le Pen, qui n’a jamais sérieusement envisagé d’accéder à l’Élysée, fut le premier surpris par sa qualification au second tour de la présidentielle. Ensuite, son parti connaît une lente décrue du fait que le président Sarkozy reprendra ses thèmes favoris sur l’immigration et la sécurité. Le parti est au plus mal quand Marine Le Pen succède en 2011 à son père. Elle rajeunit les cadres, évince les dinosaures de la guerre d’Algérie et entreprend de « dédiaboliser » le parti, jusqu’au changement de nom en 2018.
Trois fois candidate aux présidentielles, elle a été deux fois qualifiée au second tour, face à Emmanuel Macron, en 2017 et 2022, avec cette fois 42% des suffrages, ce qui n’est pas rien.
À la différence de son père, Marine Le Pen croit à la possibilité de gagner l’Élysée, surtout dans l’hypothèse d’un duel de second tour avec Jean-Luc Mélenchon. Rien chez elle comme chez son suppléant Jordan Bardella et ses lieutenants ne donne à penser qu’ils envisagent une prise de pouvoir par la violence. Et le voudraient-il qu’ils ne le pourraient pas, faute d’appuis dans l’administration, la magistrature et les forces armées. En cela, le RN mériterait d’être sorti de l’extrême-droite.
Que dire alors de son programme ? Pas grand-chose à vrai dire tant il est évanescent. Sa critique d’une immigration incontrôlée lui vaut l’adhésion des Français d’outre-mer, y compris des musulmans de Mayotte, qui ont offert à Marine Le Pen une confortable majorité au second tour de 2022 !
Cela dit, cette critique reste très en-deçà des propos de feu le Premier ministre socialiste Michel Rocards (citation) ou de feu le secrétaire général du Parti communiste Georges Marchais, pour ne rien dire des sociaux-démocrates danois d’aujourd’hui. Le RN ne propose guère plus que la « préférence nationale », une façon d’inviter les étrangers à demander la naturalisation pour bénéficier de la plénitude de leurs droits !
Pour le reste, le parti se défend de toute forme de racisme, de sexisme ou d’homophobie et ne craint pas de « faire le ménage » parmi ses élus qui enfreindraient ces exigences éthiques. Il se garde aussi de contester l’Europe de Maastricht.
Instructive est la comparaison avec les deux autres grands partis européens de la droite radicale : Fratelli d'Italia, dirigé par Giorgia Meloni (Italie), et Alternative für Deutschland (AFD, Alternative pour l'Allemagne), dirigé par Alice Weidel (Allemagne). Hormis d'être tous les trois dirigés par une femme, ces partis n'ont pas grand-chose en commun et si l'AFD mérite assurément d'être classé à l'extrême-droite, le RN s'affiche quant à lui aujourd'hui comme le plus modéré.
Maintenant, on peut reprocher au RN ses origines. Mais là aussi, il a fait en sorte de s’en extirper jusqu’à changer de nom. On ne peut pas en dire autant par exemple du Parti communiste qui s’honore d’un nom souillé par Lénine, Staline, Mao, Kim, Xi, etc. Il lui serait pourtant aisé d’en changer pour un nom plus honorable comme Parti marxiste...
Dans un registre involontairement comique, il est plaisant que des sommités reprochent à Jordan Bardella, né en 1995, d’avoir rejoint un parti fondé par d’anciens Waffen-SS quand ces mêmes sommités s’honorent d’avoir soutenu un homme, François Mitterrand, qui a toujours nourri de fortes accointances avec l’extrême-droite collaborationniste.
L’accession d’un(e) représentant(e) du RN à la présidence de la République n’en suscite pas moins de grandes inquiétudes.
On peut dans la meilleure des hypothèses imaginer une transition douce comme en Italie avec la victoire de Giorgia Meloni et de son parti Fratelli d’Italia. Au demeurant, il y a tout lieu de penser que les élections législatives organisées en 2027 dans la foulée des présidentielles priveraient le RN d’une majorité parlementaire.
Mais on peut aussi craindre des explosions de violence et une insurrection générale dans les grandes villes à l’instigation de l’ultragauche et avec la participation active des nazillons et autres skinheads qui, pour le coup, viendraient en soutien du vainqueur de l'élection.
Dissident du Parti socialiste et ancien ministre de Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon s'est positionné à la gauche de la gauche avec la fondation de La France Insoumise en février 2016. Aux présidentielles de 2017, il a obtenu une quatrième place avec 20% des votants et 7 millions de bulletins. Il a amélioré la performance en 2022 avec une troisième place, 21% des votants et 7,7 millions de bulletins.
Excellent tribun, Jean-Luc Mélenchon réclame régulièrement l’avènement d’une VIe République par le biais d’une « insurrection citoyenne ». Habile dans le choix de ses mots, le chef de La France Insoumise se garde de parler publiquement de violence et de lutte armée. Mais chez ses auditeurs, cette idée est contenue dans le mot « insurrection » qui ne signifie rien d’autre.
Jean-Luc Mélenchon pratique volontiers le double langage, par exemple quand il évoque le « grand remplacement » tout en précisant qu’il ne veut parler que du remplacement d’une génération par la suivante. Bien entendu, ses partisans comprennent ce qu’il en est et n’ont pas de scrupule à reprendre la formule dans son sens véritable, celui d’un changement de population et d’une « créolisation » de la France en attendant mieux.
Malheureusement, il est un autre point sur lequel Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise cultivent le double langage et l'équivoque ; c’est l’antisémitisme, réapparu ces dernières années sous couvert d’antisionisme avec même la reprise de caricatures nazies par le parti en mars 2025.
Le journaliste Patrick Cohen s'est justement indigné de ces caricatures et le député socialiste Jérôme Guedj a qualifié publiquement Jean-Luc Mélenchon de « salopard antisémite » (source). Ayant personnellement interviewé le chef de LFI en 2016 sur l'Histoire de France, il m'est impossible de croire qu'il soit devenu antisémite. Mais il est clair qu'il ne craint pas d'exploiter ce registre pour séduire les jeunes en déshérence de la gauche intellectuelle et des milieux musulmans.
Que dire encore de l’irruption de la « race » dans un pays, la France, qui s’honore d’avoir quasiment toujours ignoré ce concept ? L’obsession de la race, consécutive à l’immigration des dernières décennies, nous est venue du wokisme venu des États-Unis et clairement défini par l'ancien ministre de l'Éducation Pap Ndiaye. En reprenant à son compte les thèses wokistes sur l'« intersectionnalité des luttes », LFI brouille les références habituelle de la gauche aux luttes de classes et à la défense des travailleurs tout en attisant le ressentiment des populations « racisées » et fraîchement immigrées contre les autochtones !
Je ne saurais terminer cette énumération sans évoquer le culte du chef qui distingue La France Insoumise des autres grands partis, y compris le RN. Ici, la dissidence et la contradiction ne sont pas tolérées. Ceux qui tendraient à l'oublier sont éliminés sans délai, ainsi de François Ruffin et d’Alexis Corbière. Cette stratégie semble payante puisque Jean-Luc Mélenchon et son parti dominent désormais la gauche comme jamais, avec des rivaux socialistes, communistes et écologistes qui réunissent encore beaucoup d'élus mais rassemblent au total moins de 10% du corps électoral (deux fois moins que LFI).
Ne nous trompons pas de combat
Le pays est entré dans l’insoutenable attente des élections présidentielles normalement prévues les 11 et 25 avril 2027.
Prions que les dirigeants du « Bloc central » (macronistes, socialistes, droite) ne réitèrent pas la faute de l’ancien chancelier allemand Franz von Papen et du « bürgerlicher Block » ou « Bloc bourgeois » qui rassemblait les partis conservateurs et libéraux, entre partis marxistes et partis nationalistes. Von Papen crut habile de faire alliance avec le parti nazi et son chef pour « faire barrage » aux marxistes et en particulier au Parti communiste allemand, le KPD, très bien ancré dans la classe ouvrière.
Aujourd’hui, le danger le plus grave n’est pas nécessairement à l'extrême-droite. Il peut l'être tout aussi bien à l’extrême-gauche. Aux prochaines présidentielles, le pire est donc à craindre dans l'hypothèse d'un duel de second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Bardella-Le Pen, que les observateurs jugent à ce jour la plus probable.
Nous avons tout lieu d’appréhender une victoire aux présidentielles de Marine Le Pen ou Jordan Bardella, pas tant pour la menace qu’ils représentent que pour l’insurrection qui pourrait s’ensuivre. Cette insurrection serait très probablement conduite par La France Insoumise, à la manœuvre avec les groupes « antifas » et forte de son implantation dans les banlieues, de connivence avec les narcotrafiquants, avec en face les activistes identitaires de tout poil. La victoire de Jean-Luc Mélenchon, si elle est bien moins probable, n'est pas davantage souhaitable car elle entraînerait le pays dans les ténèbres.
Reste à souhaiter que ce duel-là ne survienne pas. Il suffirait pour cela qu'un candidat de la gauche, du centre ou de la droite soit qualifié pour le second tour en lieu et place du leader de La France Insoumise. Il bénéficierait alors d'un « front républicain » contre son rival du Rassemblement National et la victoire lui serait plus aisée (note).
Mais pour cela, il faudrait que les partis de la gauche démocratique et leurs représentants renoncent à toute forme d’accord avec LFI, quoi qu'il leur en coûte... Il faudrait aussi que l'État et les juges sanctionnent sans faux-semblant les meurtriers du 12 février 2026, leurs complices et leurs soutiens. Il ne s'agirait pas que la Ve République reproduise le comportement de la République de Weimar après le meurtre du 9 août 1932...
Retour à une vie politique « normale »
Il nous est permis d'espérer aussi le retour à une vie politique normale, avec des citoyens et des partis qui débattent de tous les enjeux de la communauté nationale sans exclusive et sans ostracisme.
Cela supposerait que les partis et leurs candidats s’engagent sur une reprise en main par la France des prérogatives qui lui reviennent dans le cadre des traités européens. Cela voudrait dire que la santé, l’énergie, l’immigration, l'environnement, l’industrie, la diplomatie, la défense, etc., repasseraient sous la responsabilité du peuple français et de ses élus.
Depuis vingt ans, et plus encore depuis les débuts de la présidence d’Emmanuel Macron, les gouvernants et les élus français ont fait fi des garanties que leur offre l'article 5-3 du Traité sur l'Union européenne au titre du principe de subsidiarité (note). Ils ont délibérément fermé les yeux sur l’extension des « compétences » de la Commission européenne bien au-delà de celles qui lui sont attribuées par les traités.
Il s’en est suivi chez les citoyens, en particulier chez les travailleurs, le sentiment de n’être plus maîtres de leur destin. D’où la montée régulière et quasi-irrésistible de l’abstention mais aussi du vote protestataire (RN ou LFI faute de mieux).
Le vent est peut-être en train de tourner, à entendre les récriminations d'Emmanuel Macron contre Ursula von der Leyen. Le président lui reproche d'avoir participé au « Conseil de la Paix » de Donald Trump sans lui demander son avis comme il lui reproche d'avoir validé « à titre provisoire » le traité de commerce avec le Mercosur contre l'avis du Parlement européen. S'il est vrai que la présidente de la Commission européenne a de la sorte outrepassé ses compétences, lui en faire reproche est inattendu de la part du plus fédéraliste des gouvernants européens...
Parions donc que si nos gouvernants reconquièrent les responsabilités qui leur reviennent, les électeurs sauront retrouver le chemin des urnes et de l’engagement politique. Parions même qu'ils reviendront en masse vers les partis de gouvernement et délaisseront les extrêmes.













Vos réactions à cet article
Recommander cet article
Voir les 5 commentaires sur cet article
alain29 (10-03-2026 10:21:15)
La présidentielle de 2027 interroge et préoccupe. Cette élection est devenue majeure dans l'imaginaire des citoyens alors que notre Constitution, bien lue et bien comprise, ne fait du Président q... Lire la suite
Alban (23-02-2026 16:15:22)
Naguère l'extrême-gauche était communiste, version Staline, Trotski ou Mao. Au moins elle n'était ni raciste ni antisémite. Maintenant, dans sa version mélenchoniste, l'extrême-gauche a abando... Lire la suite
GHERARDI (23-02-2026 14:24:11)
Le fait que les partisans de droite et les partisans de gauche déclarent que j’appartiens à l’autre côté prouve que je ne suis pas d’un côté, je ne suis pas de l’autre, je suis pour la F... Lire la suite