Des arbres et des hommes - Auprès de mon arbre... - Herodote.net

Des arbres et des hommes

Auprès de mon arbre...

Dans un monde très largement urbanisé, l’arbre n’a rien perdu de sa puissance d’évocation. Il reste un support de l’imaginaire comme en témoignent les succès de librairie récurrents. Ce changement récent marque un tournant après quatre siècles orientés par de tout autres horizons.

À partir du XVIe siècle, l'arbre perd en effet sa dimension symbolique et poétique pour devenir un enjeu scientifique, économique et militaire du fait de l'importance des flottes navales. Il devient ensuite un symbole de liberté avec la Révolution, puis le refuge des âmes en peine avec les romantiques avant que le monde moderne ne commence à le protéger de ses propres excès.

Isabelle Grégor

Paysage agricole à Cognac, Yann-Arthus Bertrand, France, 1999.

« Adieu, vieille forêt, adieu têtes sacrées ! »

Ces vers, extraits d'une élégie de Pierre de Ronsard, résument assez bien le nouveau regard posé sur l'arbre au XVIe siècle : poussez-vous, les nymphes, c'est l'heure de la science ! Même si quelques poètes nostalgiques aiment encore à évoquer les charmes mythologiques qui se cachent derrière les branches, l'époque est au retour de la botanique, en sommeil pendant le Moyen Âge. 

Le jujubier et l'arbousier, illustration extraite du « De Materia Medica » de Dioscoride, Ier siècle.Dans les monastères, pourtant héritiers des solides connaissances en botanique de l'Antiquité, le temps était en effet à la recherche de l'utilité avant tout et l'on choyait plantes médicinales ou alimentaires, en dédaignant les autres.

Pourtant certaines espèces avaient réussi à se faire remarquer, comme les abricotiers, hérités des croisades, le cocotier décrit par Marco Polo ou les fameux arbres à épices, si recherchées pour agrémenter les banquets : giroflier, cannelier, muscadier...

Pierre belon, gravure, A. Tardieu, XVIe siècle. L'agrandissement est l'illustration d'un Laricis figura (Mélèze), l'une des planches extraite de l'ouvrage de P. Belon, De arboribus coniferis, resiniferis... (Les arbres conifères, y compris résineux...), 1553, British Library, Londres.Mais en quelques années, le panel des arbres connus va exploser et les explorateurs vont remplir les cales de leurs navires, comme l'explique le plus célèbre de ces aventuriers : « Il y a des arbres de mille sortes […]. Je suis le plus chagrin de ne pas les connaître car je suis certain qu'ils ont tous grande valeur. J'apporte d'eux des échantillons » (Christophe Colomb, Journal, 1492).

Pour la France, restée à la traîne, c'est un apothicaire-diplomate qui va faire la différence, Pierre Belon. Envoyé au Moyen Orient auprès de Soliman le Magnifique, il en profite pour rapporter entre autres l'arbre de Judée, le jujubier et le chêne-liège et les acclimater sous nos latitudes, offrant à l'occasion un inédit platane d'Orient à Diane de Poitiers. C'est la fête pour les botanistes ! 


Publié ou mis à jour le : 2019-06-12 16:50:46

 
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