25 avril 1792

Rouget de Lisle chante la Marseillaise

Le soir du 24 avril 1792, à Strasbourg, dans le salon du baron de Dietrich, maire de la ville et ami de Lafayette, l'effervescence est à son comble. Cinq jours plus tôt, la France a déclaré la guerre à l'Autriche.

Fabienne Manière

Rouget de Lisle chantant la Marseillaise dans le salon de Dietrich (Isidore Pills, 1849, Musée de l'Histoire de France, château de Versailles)

Enthousiasme patriotique

Le maître de maison s'adresse au jeune Joseph Rouget de Lisle, officier de son état et violoncelliste à ses heures, /Bio/nRougetdeLisle.php','RougetdeLisle','scrollbars=yes,width=500,height=500'); return false;">originaire de Lons-le-Saunier (32 ans). « Monsieur de Lisle, vous qui parlez le langage des Dieux, vous qui maniez la harpe d'Orphée, faites-nous quelque beau chant pour ce peuple soldat qui surgit de toutes parts à l'appel de la patrie en danger et vous aurez bien mérité de la nation », lui aurait demandé son hôte.

Le capitaine de garnison, de retour chez lui, s'exécute avec fougue. Il s'inspire pour les paroles d'une affiche de la Société des Amis de la Constitution intitulée « Aux armes, citoyens ! L'étendard de la guerre est déployé... » et d'une ode de Boileau. Pour la musique, d'aucuns prétendent qu'il aurait repris l'air de la Marche d'Assuérus d'un certain Lucien Grisons; d'autres penchent pour le premier mouvement du concerto N° 10 pour deux pianos de Mozart (Koechel 365), composé en 1779.

Le lendemain 25 avril, Rouget de Lisle donne à entendre son oeuvre au lieutenant Masclet puis à de Dietrich. L'un et l'autre sont conquis... ce que l'on a aujourd'hui du mal à comprendre, les paroles et l'air de ce chant martial n'ayant rien de sublime ! Le soir même, de Dietrich organise un dîner au cours duquel lui-même reprend le chant, accompagné par une dame au clavecin et par Rouget de Lisle au violon.

Un succès fulgurant

D'abord baptisé Chant de guerre pour l'Armée du Rhin, le nouveau chant patriotique apparaît moins cru que les chants traditionnels des sans-culottes comme la Carmagnole ou le Ca ira. Cela lui vaut un succès fulgurant. De Strasbourg, des voyageurs colportent les paroles et l'air dans toute la France.

À Marseille, où des volontaires se préparent à se rendre à Paris en juillet 1792 pour combattre l'invasion, on distribue à ceux-ci des feuillets avec les paroles du chant patriotique. Les fédérés marseillais entonnent celui-ci tout au long de leur voyage et lors de leur entrée dans la capitale. D'où le nom définitif de Marseillaise que lui attribuent les Parisiens.

Le chant des Marseillais scande quelques semaines plus tard la charge des soldats de Valmy. Il devient selon le mot de Servan, ministre de la Guerre, le « Te Deum de la République !  ». Aux six couplets de Rouget de Lisle, le librettiste Gossec en ajoute un septième (la « strophe des enfants ») en octobre 1792 à l'occasion d'une représentation à l'Opéra de L'Offrande de la liberté, scène religieuse sur la chanson des Marseillais.

La Marseillaise, paroles et musique

Écoutez l'hymne national dans une interprétation orchestrale du 46e Régiment d'Infanterie (Berlin 1993)...

Le premier hymne national

La Marseillaise est décrétée chant national en 1795 par la Convention le 26 messidor An III (14 juillet 1795)... mais elle tombe en défaveur sous le Consulat et l'Empire. Elle revient brièvement en vogue pendant les Cent-Jours, en 1815, quand Napoléon 1er, de retour de l'île d'Elbe, sollicite le soutien des anciens révolutionnaires.

La Marseillaise de François Rude Lors des révolutions de 1830, en France et en Belgique, puis de 1848, dans l'ensemble du continent européen, la Marseillaise reçoit une consécration internationale (avant d'être plus tard supplantée par l'Internationale).

À Paris, elle est figurée par un bas-relief du sculpteur François Rude, sur l'Arc de Triomphe de la place de l'Étoile, intitulé en vérité : « Le départ des soldats de l'An II ».

Le chant devient hymne national de la France le 14 février 1879, quand triomphe la République.

Avec la Marseillaise, c'est la première fois qu'un peuple se reconnaît dans un hymne. « Il fut le chant du patriotisme, mais il fut aussi l'imprécation de la fureur. Il conduisit nos soldats à la frontière, mais il accompagna nos victimes à l'échafaud. Le même fer défend le coeur du pays dans la main du soldat et égorge les victimes dans la main du bourreau » (Alphonse de Lamartine, L'Histoire des Girondins).

Des héros mal récompensés !

Pour la petite histoire, précisons que de Dietrich fut fort mal récompensé de son patriotisme car il finit sur la guillotine quelques mois plus tard. Joseph Claude Rouget de Lisle échappa au même sort grâce à la chute de Robespierre.

Rouget de l'Isle (10 mai 1760, Lons-le-Saunier ; 26 juin 1836, Choisy-le-Roi)Il s'engage alors dans l'armée comme commandant et, au côté de Hoche, repousse à Quiberon un débarquement de royalistes.

L'historien Jean Tulard lui prête une relation amoureuse avec Joséphine de Beauharnais, ce qui contribuera au rejet de La Marseillaise par Bonaparte !

Revenu à la vie civile dès 1796, Rouget de Lisle mène différentes activités et s'établit près de Lons-le-Saulnier, sa ville natale. En 1815, par opportunisme, il soumet à Louis XVIII un nouvel hymne simplement intitulé Vive le Roi ! mais le souverain le dédaigne.

C'est seulement sous le règne de Louis-Philippe 1er, monarque conciliateur, qu'il va être honoré d'une pension. Ses cendres seront transférées aux Invalides le 14 juillet 1915, pendant la Grande Guerre.

Publié ou mis à jour le : 2019-04-18 08:55:38

 
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