La Suède - La quête difficile du bonheur (1844-2018) - Herodote.net

La Suède

La quête difficile du bonheur (1844-2018)

Publié ou mis à jour le : 2018-08-13 19:27:45

Devenue au XIXe siècle un État neutre, épargnée ensuite par les deux conflits mondiaux, la Suède est parvenue à s’imposer, en dépit de son rude climat et de ses ressources matérielles limitées, comme l’un des pays les plus prospères du monde.

À la fois pragmatiques, égalitaristes et libéraux, les Suédois ont bâti une société originale basée sur une politique de redistribution sociale, la recherche permanente du consensus et une transparence totale. Mais en ce XXIe siècle, le légendaire « modèle suédois » peine à trouver sa voie dans les turbulences de la mondialisation...

Affirmation de la neutralité

Portrait du roi Oscar Ier dans le costume de l'ordre des séraphins, Frédéric Westin, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.Fils de Bernadotte, Oscar Ier monte sur le trône suédois en 1844. Quatre ans plus tard, le Danemark étant envahi par les troupes prussiennes, la Suède envoie un corps d'armée à son aide...

C'est la dernière fois qu'elle intervient militairement à l'extérieur de ses frontière. Lors du traité de Paris, signé en mars 1856, Stockholm obtient toutefois la démilitarisation de l’archipel d’Åland, éternelle pomme de discorde entre Suédois et Russes.

À la mort d’Oscar Ier, le 8 juillet 1859, son fils Charles XV devient roi de Suède et de Norvège.

Le royaume s’industrialise et se dote d’infrastructures modernes. La première ligne de chemin de fer est ainsi inaugurée en 1856 tandis qu’émerge une nouvelle génération d’ingénieurs comme Gustav Pasch, qui met au point les allumettes sans phosphore, ou Alfred Nobel, inventeur de la dynamite.

Le 7 décembre 1865 est mis en place un Parlement moderne, composé de deux Chambres, désignées par un vote unique au système censitaire. À Stockholm, de grandes manifestations célèbrent la « jeune Suède ».

Le roi Oscar II de Suède et sa famille, Åhléns,1905.

Fin de l’Union avec la Norvège

Le 18 septembre 1872, le roi Charles XV meurt. Son frère lui succède sous le nom d'Oscar II.

Défilé en faveur du oui lors du référendum de 1905.Les paysans, victimes de la concurrence étrangère, exigent la mise en place d'un tarif douanier sur les céréales. Comme dans le reste de l'Europe, c'est le glas du libre-échange

Parallèlement, le mouvement ouvrier se développe. En 1889 est créé le Parti social-démocrate suédois des travailleurs. Il va se démarquer de ses homologues européens par sa modération et son pragmatisme.

L'union personnelle entre la Norvège et la Suède, instituée en 1814, se défait sans trop de casse en 1905, à l'issue d'un référendum, et la Norvège, déjà très autonome, proclame son indépendance et se donne un nouveau roi.

Affiche pour les Jeux olympiques d'été de 1912 à Stockolm, en Suède.Sur le plan international, la Suède, craignant une expansion russe vers l’ouest, se rapproche de l’Allemagne et intensifie ses échanges économiques avec elle. À la veille de la Grande Guerre, les trois quarts de ses exportations de minerai de fer lui sont destinées.

Lorsqu’en août 1914 se déclenche la Première Guerre mondiale, la Suède proclame sa neutralité. L’Allemagne en prend acte mais rappelle au royaume que cette neutralité devra lui être « bienveillante »...

En 1917, les pénuries s’aggravent encore avec la guerre sous-marine totale lancée par les Allemands et l’entrée en guerre des Américains. Désigné comme responsable par l’opposition, le Premier ministre Hjalmar Hammarskjöld est contraint de démissionner. Son départ ne suffit cependant pas à mettre fin au mécontentement.

À l’automne 1917, le dirigeant du Parti social-démocrate, Hjalmar Branting, fait son entrée au gouvernement au poste de ministre des finances.

Le 6 décembre 1917, la Finlande profite de la révolution bolchévique pour proclamer son indépendance, rapidement reconnue par Stockholm.

Au lendemain de la Grande Guerre, la Suède adopte enfin la grande réforme électorale qui établit le suffrage universel, y compris pour les femmes. Elle se traduit immédiatement par une poussée de la gauche et permet aux sociaux-démocrates de devenir le premier parti du pays.

Les Suédois, précurseurs en matière d'eugénisme 

L'aspiration à la modernité et la vogue du darwinisme social ont conduit la Suède à une  « avancée » dont elle se repentira bien plus tard. En 1921, le Parti social-démocrate parraine la mise en place d’un Institut d'études eugénistes. Convaincus de la nécessité de « réduire le nombre d'individus inférieurs sur le plan intellectuel et moral », des intellectuels progressistes y prônent la stérilisation des handicapés.
Une loi est adoptée dans ce sens en 1922. C'est une première en Europe et il faudra attendre 1933... et l'accession de Hitler au pouvoir en Allemagne pour qu'une autre loi similaire soit mise en oeuvre ! La loi suédoise sera même durcie en 1941 avec un élargissement du nombre des catégories d'individus susceptibles d'être contraints à une stérilisation forcée. Cette loi eugéniste, promue par les sociaux-démocrates, demeurera en vigueur jusqu'au milieu des années 1970.

À l’issue du traité de Versailles qui met fin à la Grande Guerre, la Suède place tous ses espoirs dans la Société des Nations dont elle est l’un des membres fondateurs. En 1926, c’est elle qui parvient en grande partie à sauver l’organisation d’un quasi-écroulement suite à la crise ouverte par l’admission de l’Allemagne.

La crise de 1929 profite au Parti social-démocrate qui remporte les élections législatives de 1932. Il se maintiendra au pouvoir pendant plus de 40 ans. Une nouvelle génération d’hommes politiques apparaît, symbolisée par le Premier ministre Per Albin Hansson, fils de maçon et pur produit du mouvement ouvrier. Celui-ci mène une politique interventionniste d'inspiration keynésienne et adopte des mesures protectionnistes.

Parallèlement, la protection de salariés est renforcée : un système d’assurance chômage est introduit, les licenciements sont plus réglementés, et dans les entreprises le paritarisme devient la règle. Dix ans avant que le Britannique William Beveridge n'en ait formulé les principes, l’État-Providence se met progressivement en place : aide au logement, allocations maternelles, revalorisation des pensions vieillesse, congés payés…

À la suite du pacte germano-soviétique du 24 août 1939, le gouvernement suédois juge que toute coopération avec la Finlande devient trop risquée. Cette décision lui sera beaucoup reprochée du côté finlandais car une alliance aurait probablement empêché l’invasion soviétique trois mois plus tard.

La Suède pendant la Seconde Guerre mondiale

Dès le 1er septembre 1939, la Suède proclame sa neutralité mais ne tarde pas à faire droit aux exigences allemandes. Une liaison ferroviaire régulière est ainsi ouverte reliant l'Allemagne et la Norvège et, lors de l'invasion de l’URSS en juin 1941, l’Allemagne obtient de faire transiter par le territoire suédois une division d'infanterie de Norvège vers la Finlande. Qui plus est, durant trois ans, 90% des exportations suédoises sont destinées au IIIe Reich (minerai de fer, roulements à bille, bois...).

Neutralité active et guerre froide

Après la guerre, Stockholm fait valoir le maintien de sa neutralité et assume seule sa défense mais accepte de bénéficier du plan Marshall. Les politiques sociales sont intensifiées. L’école unique est ainsi introduite à partir de 1950. De plus, les syndicats voient leurs prérogatives renforcées, le temps de travail diminue et un véritable régime d’assurance-maladie est mis en place.

Avec le Royaume-Uni, la Suède participe en 1960 à la création de l'Association européenne de libre-échange (AELE) destinée à contrebalancer la CEE, ancêtre de l'Union européenne.

Les années 1960 sont une période d'expansion économique et à la fin de la décennie, le PNB/ habitant suédois équivaut à celui de l'Allemagne fédérale (RFA). L'Europe entière a, dans ces années-là, les yeux tournés vers Stockholm et envie le « modèle suédois » qui allie prospérité, homogénéité des conditions de vie, neutralité active et aussi liberté de moeurs, jeunesse et liberté sexuelle. 

Tage Erlander (à gauche), Olof Palme (au centre) et Ingvar Carlsson (à droite), le 27 février 1959, Firma hagblom, DR.

En octobre 1969, arrive à la tête du gouvernement le jeune et charismatique Olof Palme (41 ans). Pacifiste convaincu et partisan de la coopération nord-sud, il réintroduit son pays dans le concert international.

Mais l’impuissance du parti social-démocrate à juguler la crise le conduit à subir une défaite électorale aux élections de 1976, qui voient la victoire historique des libéraux, après plus de 40 ans de mainmise de la gauche. Ceux-ci s’efforcent de réduire les dépenses publiques mais ne parviennent pas à redresser la barre et en 1982 les sociaux-démocrates reviennent au pouvoir.

Le mystérieux assassinat d’Olof Palme

Le 28 février 1986, à 23h20, Olof Palme est abattu dans une rue du centre de Stockholm, alors qu’il sort d’une salle de cinéma. Ce meurtre d’un chef de gouvernement (le premier en Suède depuis Gustave III) suscite une immense émotion. Son assassin ne sera jamais retrouvé ! Un toxicomane identifié par la veuve du Premier ministre sera condamné en 1989 avant d’être acquitté en appel.

Une ouverture périlleuse sur l'Europe et le monde

Le 13 novembre 1994, une majorité de Suédois (52,2%) approuve l’entrée de leur pays dans l’Union européenne. Celle-ci est effective le 1er janvier 1995. Mais à l’instar de leurs voisins danois, les Suédois refusent d’abandonner leur monnaie.

Aujourd’hui, la Suède reste l’un des pays les plus prospères d’Europe, avec un chômage limité et un taux de croissance supérieur à la moyenne européenne. Mais son image est désormais altérée par les questions identitaires.

En effet, dès la fin du XXe siècle, avec la même détermination que lorsqu'il s'était agi de promouvoir l'eugénisme, les élites progressistes de Suède ont engagé le pays dans la voie du multiculturalisme. Aujourd'hui, largement ouverte à l’immigration, la Suède est l’un des pays qui accueille proportionnellement le plus de réfugiés (Afghans, Érythréens, Syriens...). Mais ces nouveaux-venus ont du mal à s’acclimater à la société suédoise et leurs difficultés d'intégration suscitent un mouvement de rejet dans la population. Aux élections de 2014, le parti Démocrates de Suède, hostile à l'immigration, a obtenu 13% des suffrages et s’est imposé comme la troisième force électorale du pays.


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