Calonne (1734 - 1802) - Un « jeune colonel » aux Finances - Herodote.net

Calonne (1734 - 1802)

Un « jeune colonel » aux Finances

Calonne, la dernière chance de la monarchie, Emmanuel de Valicourt, éd. Clément Juglar, 2015.Calonne a été appelé par Louis XVI pour sauver les finances du royaume après les échecs de Turgot et Necker.

Cet homme à l’intelligence déliée et à la séduction reconnue est ainsi devenu le dernier grand ministre d’une monarchie agonisante.

Le nouveau contrôleur général comprend vite que l'état des finances publiques nécessite des réformes radicales. « Ce qui est nécessaire pour le salut de l'État serait impossible par des réparations partielles, » écrit-il au roi le 20 août 1786. Il s'agit de « reprendre en sous-oeuvre l'édifice entier pour en prévenir la ruine ».

Mais il est déjà trop tard. La Révolution survient et va tout emporter, lui, la monarchie et l'Ancien Régime.

Emmanuel de Valicourt
 

Emmanuel de Valicourt est l'auteur de Calonne, la dernière chance de la monarchie, 425 pages, 25 euros, éditions Clément Juglar, 2015

Portrait de Charles Alexandre de Calonne (20 janvier 1734 - 30 octobre 1802) - Élisabeth Vigée-Lebrun, 1784, Royal Collection, Londres.

Un surdoué

D'une famille originaire du village de Calonne, situé sur l’Escaut près de Tournai, Charles Alexandre naît le mercredi 20 janvier 1734 à Douai. C'est là que son père Louis-Joseph s'est installé et qu'il s'est marié avec Henriette de Francqueville d'Abancourt.

Portrait du père de Calonne, Louis Joseph de Calonne – Peinture de Laurent Dabos, 1790 – Musée de la Chartreuse à Douai - DRCe père très aimé est conseiller au Parlement de Flandres dont il deviendra Premier président, continuant ainsi la tradition d'une dynastie de juristes.

Les liens étroits de ce grand magistrat avec son fils constituent, par leur correspondance détaillée, une source documentaire irremplaçable pour connaître le futur ministre de Louis XVI.

A l'âge de cinq ans et demi, après quelques mois chez les jésuites de Douai, le jeune Calonne est envoyé à Paris, au Collège des Quatre-Nations fondé par Mazarin.

Il y poursuit des études brillantes : en 1747, alors que la ville organise un concours des meilleurs élèves, il obtient le 1er prix de version grecque et latine et le 1er prix de discours français, c'est à dire d'éloquence.

Portrait miniature de Charles de Calonne - Peinture de Pierre adolph Hall, 1785.Un don oratoire qui, doublé d'un physique avantageux et d'une incroyable capacité de séduction, lui sera bien utile par la suite. Au service de son ambition, il lui permettra d'illustrer la devise familiale : « En espérant mieux. »

A seize ans, ses humanités terminées, il reste à Paris et entre à la « Faculté de Décret » pour y étudier la science juridique. Mais c'est à Douai qu'il passe ses licences de droit et de droit canonique, summa cum laude, à seulement 21 ans.

Les premières années de sa carrière, il se forme auprès de son père au Parlement. Il y acquiert un goût acharné pour le travail et une réputation de talents qui lui font rapidement gravir les échelons, devenant avocat général au Conseil d'Artois et consultant au Grand-Conseil à Paris.

Repéré par le duc de Choiseul

Portrait miniature de Charles de Calonne enfant - Élisabeth Vigée-Lebrun, Musée du Louvre.Le tout-puissant duc de Choiseul, ministre de Louis XV, découvre avec intérêt ce jeune homme plein d'espérances et décide de prendre en charge la destinée de ce talent prometteur.

Il le propulse sur le devant de la scène politique et médiatique du royaume, en lui confiant l'instruction, en 1765, de la fameuse « Affaire de Bretagne », dite affaire La Chalotais, du nom de ce parlementaire breton qui organise la fronde contre l'autorité de Versailles.

S'y montrant habile à ménager les intérêts de la monarchie, Calonne devient dans l'opinion l'homme du roi, et à la cour on ne l'appelle plus que « le jeune colonel » pour son zèle déployé au service du trône.

En revanche les parlements, auxquels il appartient par tradition familiale, lui vouent désormais une haine qui ne se démentira pas. Comme le dit le prince de Ligne :  « L'enthousiasme est le plus beau de ses défauts. »

Un an plus tard, Louis XV, sur le conseil de Choiseul, le nomme intendant des Trois-Evêchés à Metz. C'est dans cette charge au service de l'administration provinciale que pendant dix sept ans il se forme en économie, et qu'il acquiert un sens aigu des institutions monarchiques et de leur fonctionnement.

D'un tempérament passionné, et intellectuellement curieux, il se lance a corps perdu dans cette mission et dans celle qu'il mènera ensuite dans la plus prestigieuse des intendances : l'intendance de Flandres, à Lille, où il est nommé par Louis XVI en 1778.

Ne laissant rien au hasard, il se marie avec la petite-fille du financier Pâris-Duverney, qui lui ouvre les portes de la fortune et lui permet de s'introduire dans la finance européenne. Il le sait, les postes qui lui sont confiés sont des tremplins pour le ministère. Reste à se faire une place sur la scène politique.

C'est l'opposition à Necker qui lui en donne l'occasion. Il devient le principal pourfendeur de la politique d'emprunts calamiteuse de l'imprudent banquier genevois, considérablement aggravée par la guerre d'indépendance américaine.

Calonne et Louis XVI – Illustration source Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Contrôleur général des finances et Ministre d'État

Face aux menaces de faillite du Trésor et poussé par les financiers du royaume, tout autant que par le ministre Vergennes, Louis XVI nomme Calonne contrôleur général des finances et ministre d'Etat, le 3 novembre 1783.

Un page du roi raconte dans ses mémoires : « Personne ne fut peut-être plus propre à remplir dans ces temps difficiles, la place de contrôleur général des finances que M. de Calonne. Doué d’un travail facile, d’un génie extraordinairement fécond, lui seul pouvait trouver les ressources que réclamait la France épuisée, moins par les prodigalités de la cour, que par les emprunts multipliés. »

Ses liens avec la finance européenne permettent de rouvrir le robinet du crédit qui s'était tari avec Necker. Calonne lance le pays dans quantité de chantiers, portuaires, industriels, routiers, scientifiques, agricoles qui ramènent l'optimisme et la confiance qui font alors défaut au royaume. La monarchie semble régénérée par son jeune souverain et par son contrôleur des finances qui rétablit la prospérité.

Mais Calonne n'est pas un naïf. Il sait que cela ne suffit pas. L'organisation monarchique est exsangue. Elle a besoin d'une adaptation en profondeur si elle veut continuer à maîtriser les affaires du pays. Il faut un changement institutionnel et social auquel la population aspire sans encore le dire clairement.

Assemblée des notables à Versailles le 22 février 1787.  Estampe mise en couleur et gravée par Claude Niquet d'après un dessin de Veny et Girardet - Epreuve des Archives nationales (France), AE/II/3015.

Une « révolution royale » plutôt que la Révolution

Pour cela, il faut organiser un coup de force du roi, ce que Calonne appelle une « révolution royale », afin de prendre de vitesse ceux qui veulent faire la révolution contre Louis XVI.

Pressentant les périls avant tout le monde, il lance une grande réforme fiscale pour entreprendre un rééquilibrage de l'égalité devant l'impôt. Il faut imposer une contribution à l'Eglise et à l'aristocratie qui soit fondée sur la propriété foncière.

Pour faire admettre son projet, il demande à Louis XVI de convoquer l'Assemblée des Notables, constituée en grande partie de personnes désignées par le roi et son ministre, afin de contourner la probable opposition des parlements. Mais le roi tergiverse, l'opposition s'organise, et la réforme si nécessaire de Calonne va entraîner sa chute le 9 avril 1787.

Parce que les privilégiés n'ont pas voulu lâcher certains éléments de leur statut, dans peu de temps ils vont tout perdre. Et Louis XVI a laissé passer la dernière chance de sauver la monarchie, une réforme qui aurait peut-être rendu la Révolution inutile.

Poursuivit par la vindicte de son successeur Loménie de Brienne et par Necker qui alerte l'opinion contre lui, Calonne s'exile à Londres où il s'emploie à justifier le bien-fondé de son administration.

En 1789, il écrit une lettre ouverte au roi qui connaît un grand retentissement en Europe : alors que la France applaudit aux événements qui se préparent, il y dénonce les Etats-Généraux et les dangers qui menacent le trône.

Mais il est déjà trop tard. La prise de la Bastille, la fuite d'une partie de la famille royale, les massacres de la « Grande peur », les Etats-Généraux qui deviennent Assemblée constituante, le roi et la reine ramenés à Paris sous les insultes, autant d'évènements qui lui font prendre la mesure de la faillite monarchique.

L'exil

Face à l'afflux d'émigrés français à Londres, Calonne tente d'organiser la résistance. C'est « L'aigle au milieu des dindons » selon le surnom qui lui est donné alors. Il parcourt l'Europe pour récolter des fonds et sensibiliser les souverains aux dangers de propagation de la Révolution.

Le comte d'Artois, frère de Louis XVI, et son cousin le prince de Condé, lui demandent de les rejoindre dans leur exil à Turin. Il leur faut un homme d'État, ayant l'expérience du pouvoir, pour organiser une contre-Révolution.

Effrayé par l'ampleur des évènements, le roi de Sardaigne qui leur donnait asile les chasse, et c'est à Coblentz que les Princes et leurs troupes d'aristocrates faméliques trouvent refuge. En France, le roi étant de plus en plus en danger, Calonne convainc Artois et Condé, ainsi que certains souverains d'Europe, dont l'empereur d'Autriche, de lancer une campagne militaire contre la Révolution.

La bataille de Valmy met un terme à leurs espoirs et la Révolution suspend la monarchie. Découragé, Calonne retourne à Londres à l'automne 1792 et apprend en janvier suivant l'exécution du roi.

Ruiné par les sommes considérables qu'il a cédées aux Princes, il est soutenu par l'aristocratie anglaise qui, touchée par son courage politique, s'émeut de son sort.

Il ne rentre à Paris qu'en 1802 alors que Joseph Fouché est chargé par Bonaparte de l'approcher dans la perspective d'un ministère. Sa mort, prématurée et soudaine, met un terme au projet, tout autant qu'à une vie riche en multiples rebondissements.


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• 25 janvier 1785 : l'Affaire du collier de la Reine

L'auteur : Emmanuel de Valicourt

Emmanuel de Valicourt, juriste, est chargé d’enseignement à l’Institut Catholique de Paris.

Il signe avec Calonne sa première biographie, enrichie par des archives privées qui n’avaient jusqu’à présent jamais été étudiées.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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