Crimée - Une péninsule très convoitée - Herodote.net

Crimée

Une péninsule très convoitée

La Crimée est une péninsule de 26000 km2 et deux millions d'habitants, au nord de la mer Noire, séparée du continent par la mer d'Azov. Appelée Tauride ou Chersonèse par les géographes grecs de l'Antiquité (ce qui veut dire péninsule en grec), elle fut intégrée entre 650 et 970 à l'empire des Khazars, dont les élites se convertirent au judaïsme en 861, avant de passer sous la tutelle byzantine tout en commerçant étroitement avec les principautés russes établies sur le Dniepr.

Les Vénitiens s'installent dans les ports méridionaux au XIIIe siècle. Leurs concurrents génois s'implantent à leur tour en 1307 dans le port de Caffa (aujourd'hui Théodosie ou Féodossia). C'est le principal marché d'esclaves de la région. C'est aussi de là qu'après un siège par les Mongols, un navire génois amena à Marseille en 1347 le terrible bacille de la peste.

À l'exception des ports qui résistèrent pendant quelques décennies, toute la péninsule et le nord de la mer Noire furent conquis par les Mongols dans les années 1240. La région passa de la sorte sous l'emprise du khanat de la Horde d'Or, de confession musulmane. En 1429, alors que la Horde d'Or tombe en déliquescence, un descendant de Gengis Khan, Hadji Giray, fonde en Crimée un khanat « tatar» (d'après le nom de Tatars donné aux héritiers des Mongols). Ses successeurs font allégeance au sultan de Constantinople tout en combattant pour leur propre compte les grands-princes de Moscovie et les tsars de Russie. 

La famille du tsar Nicolas II en villégiature à Livadia, Crimée, en 1894

La Crimée enfin russe

Après bien des efforts, les Russes obtiennent du sultan ottoman, par le traité de Koutchouk Kaïnardji du 21 juillet 1774, qu'il leur cède la ville d'Azov, à l'embouchure du Don, et surtout renonce à sa suzeraineté sur la Crimée.

Mais c'est seulement quelques années plus tard, en 1783, que le prince Grigori Potemkine, favori et amant de la tsarine Catherine II, vient à bout du khanat tatar de Crimée. C'en est fini de ce khanat, dernière survivance de la Horde d'Or mongole.

Potemkine devient le premier gouverneur russe de la région et fonde aussitôt un port militaire à la pointe de la péninsule, Sébastopol (« ville impériale »). La tsarine y effectue un voyage triomphal en 1787, en compagnie de l'empereur d'Allemagne Joseph II. 

La conquête est complétée par le traité de Iassy, le 9 janvier 1792, par lequel le sultan cède aux Russes le littoral compris entre le Dniestr et le Boug (Ukraine actuelle). En 1794, Catherine II y fonde un nouveau port, Odessa (d'après le nom grec d'Ulysse, Odyssée !). Elle en fera la « Saint-Pétersbourg » du Sud. Une grande partie des habitants musulmans de cette « Nouvelle Russie », Crimée incluse, refluent vers l'empire ottoman. Ils sont remplacés par des colons russes.

Au XIXe siècle, les tsars se prennent de passion pour leur conquête méridionale, laquelle va leur coûter beaucoup de sang... En 1854-1856, Sébastopol et la Crimée donnent lieu à une guerre meurtrière et quelque peu absurde entre la Russie et une coalition franco-anglo-sardo-ottomane. Désireux d'oublier le drame, Alexandre II fait construire à Livadia, près de Yalta, une magnifique résidence d'été où il profite en famille de la douceur du climat. C'est dans cette résidence que seront conclus les accords de Yalta en 1945.

Dans le même temps, entre 1859 et 1862, la plus grande partie des Tatars de Crimée se réfugient dans l'empire ottoman. Ceux qui restent ne représentent plus guère que le dixième des habitants de la péninsule. Après la Révolution de Novembre 1917, ils seront néanmoins courtisés par les bolchéviques, désireux de contenir les visées indépendantistes de la majorité russophone, et bénéficieront d'une reconnaissance officielle de leur langue. Mais cette lune de miel ne dure pas...

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Crimée est envahie par la Wehrmacht et Sébastopol capitule le 4 juillet 1942. Près de cent mille Juifs sont exterminés... à l'exception de la minorité dissidente des Karaïtes, qui revendique sa filiation avec la Khazars. Lors de la reconquête, en 1944, les Soviétiques sévissent brutalement contre les minorités suspectées de collaboration avec l'ennemi, les Grecs, Arméniens, Bulgares et surtout les Tatars. Du 18 au 20 mai 1944, 191.000 Tatars de Crimée sont raflés sur ordre de Lavrenti Beria, le chef du NKVD, la police politique, et déportés en Asie centrale.

Après quoi sont accueillis à Livadia les chefs d'État alliés pour la conférence de l'après-guerre.

La Crimée, qui avait le statut de République dans la première Union Soviétique, est rétrogradée au rang de région (oblast) le 30 juin 1945. Et en 1954, pour commémorer le tricentenaire du rattachement de l'Ukraine à la Russie par le traité de Pereyaslav (18 janvier 1654), la péninsule est rattachée à la République d'Ukraine par Nikita Khrouchtchev (d'origine ukrainienne). Une décision à vrai dire purement symbolique tant est grande la centralisation au sein de l'URSS.

Devenue indépendante le 24 août 1991, l'Ukraine conserve la Crimée sous sa coupe tout en lui conférant une large autonomie et en laissant à la Russie la maîtrise de la base navale de Sébastopol. Cet accord va être remis en cause en 2014 par le président russe Vladimir Poutine, à la suite des émeutes de Maidan, à Kiev, qui ont emporté le gouvernement russophile de Viktor Ianoukovitch. Le 17 mars 2014, au lendemain d'un référendum, le Parlement de Crimée vote la réunion de la péninsule à la Russie (note).

André Larané

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Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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