9 juillet 2025. Les universités occidentales ont été gangrénées dans les deux dernières décennies par le wokisme, une démarche militante qui attribue aux Européens tous les péchés du monde. Sa vacuité intellectuelle et scientifique a été mise en évidence dans un ouvrage savant, Face à l'obscurantisme woke (PUF, avril 2025)...
Au lieu de nourrir la curiosité des chercheurs et de s'inscrire dans l'universalisme propre à la culture française, le wokisme tel que défini par l'intellectuel Pap Ndiaye en 2021 est devenu dans la sphère politique et, plus gravement, dans certains milieux universitaires, une arme visant à mettre en accusation la France et les autres nations occidentales.
L'objectif affiché est de « déconstruire » ces nations, leur Histoire et leurs moeurs ainsi que les connaissances acquises au cours des derniers millénaires, dans l'espoir de « lendemains qui chantent », sans domination d'aucune sorte...
Son vide intellectuel est savamment démonté dans un livre paru en avril 2025 : Face à l’obscurantisme woke (PUF, 22 €, 460 pages). Cet ouvrage collectif, dirigé par trois professeurs, Emmanuelle Hénin, Xavier-Laurent Salvador et Pierre Vermeren, rassemble les travaux d'une vingtaine de chercheurs et essayistes, chacun traitant du wokisme dans son domaine de compétence.
Le culte de l'ignorance
Le livre a suscité une flambée de polémiques dès avant sa parution du seul fait de son titre. Son contenu est d'un intérêt variable comme il en va dans un ouvrage écrit à plusieurs mains. Soulignons que les auteurs s'en tiennent pour l'essentiel à la critique du wokisme en milieu universitaire et à son emprise sur les étudiants et les doctorants.
Dans l'introduction, Emmanuelle Hénin, professeur de littérature comparée (Sorbonne), assimile le wokisme universitaire à un « obscurantisme » par le fait qu'il développe « une série de pseudo-sciences, fondées sur des postulats militants au mépris de l'objectivité et parfois de la raison [...] : les mathématiques queer, la linguistique des plantes, l'écopoétique... » Cet obscurantisme est totalitaire « parce qu'il regarde tous les phénomènes humains à travers une grille militante qui les violente en les réduisant de force à des enjeux de pouvoir et à un manichéisme militant. Ratatinée par ce rouleau compresseur idéologique, la réalité se résume à quelques mots d'ordre : hétéro-patriarcat, racisme systémique, culture du viol, décoloniser, queeriser, sans oublier l'intersectionnalité, ce nouveau fil à couper le beurre ».
Emmanuelle Hénin enfonce le clou : « Obscurément conscient de produire des pseudo-savoirs et n'osant se fier à ses simili-arguments pour convaincre les récalcitrants, ce courant ignorantiste impose ses vues par le terrorisme intellectuel. Tout l'édifice repose en effet sur quelques pétitions de principe et dogme jamais interrogés : la fluidité du genre, le racisme de la police, le colonialisme et le sexisme systémiques. Ainsi, affirmer la réalité biologique des sexes est devenu une entreprise héroïque ou suicidaire... ».
Notons le récit éclairant du philosophe Peter Boghossian, rapporté par Samuel Fitoussi, sur la manière dont une idée ubuesque peut acquérir une légitimité scientifique :
Interpellés il y a quinze ou vingt ans par l'épidémie d'obésité qui frappe les classes populaires étasuniennes, une poignée d'universitaires se sont proposés, non pas de dénoncer l'industrie agro-alimentaire et pharmaceutique à l'origine de cette épidémie et qui en tire profit de toutes les manières possibles, mais de dénoncer d'une façon très woke les discriminations basées sur le poids dans les sociétés occidentales !
S'étant convaincus que « notre perception négative de l'obésité est une construction sociale », sans considération des risques du surpoids pour la santé, ils ont lancé une revue dite scientifique, Fat Studies, avec conseil d'administration, processus de soumission et comité de lecture et des articles pompeux tels que « Vers une pédagogie du gras : remise en question du discours sur l'obésité dans l'enseignement supérieur ».
Après quoi, des spécialisations académiques sur les Fat Studies ont été créées dans les universités, l'une après l'autre. Les étudiants qui avaient besoin d'acquérir des points pour accéder au diplôme final se soumettaient à la doxa et amplifiaient le mouvement. Ainsi une réflexion de café du commerce s'est-elle vue transformée en savoir scientifique incontestable, interdisciplinaire et intersectionnel.
Ce qui vaut pour les Fat Studies vaut aussi pour les Decolonial studies ou encore les Gender studies qui contestent l'idée que l'espèce humaine serait sexuée à l'image de toutes les autres espèces vivantes.
Écrasé par le poids de son obscurantisme, le wokisme passera-t-il comme avant lui le maoïsme et le trotskisme post-soixante-huitards ? Nathalie Heinich en doute du fait d'un phénomène inédit : les réseaux sociaux dont elle dénonce les ravages décivilisateurs et qui « sont pour beaucoup dans la diffusion extraordinairement rapide et massive de l'idéologie woke ».













Vos réactions à cet article
Thierry Foucart (16-07-2025 16:03:00)
@ clairette Merci de votre conseil, que je vais suivre. Je ne suis pas biologiste, mais statisticien. Je n'ai pas tout compris de l'essai de Milo,, et ai écouté aussi son passage sur France Culture... Lire la suite
KOURDANE (15-07-2025 00:49:54)
Avant hier en déplacement, j.ai pu me rendre compte de l.inculture d.un trentenaire woke pourtant universitaire. Le wokisme se développe car comme le disait un DG de TF1 : …il travaille pour re... Lire la suite
clairette (12-07-2025 14:52:32)
J'ai apprécié l'article de Monsieur LARANE qui présente de façon plutôt objective la problématique du wokisme et surtout de ce qu'il est devenu ! En revanche un lecteur recommande la lecture du ... Lire la suite
Marie (11-07-2025 09:03:15)
J'ai choisi de m'abonner à et redoutes car véritablement c'est un livre d'histoire permanent. Une réflexion permanente par contre sur le vocisme je suis. Je voulais vous très déçu de cet article... Lire la suite
Philippe MARQUETTE (11-07-2025 08:47:33)
En effet, « Face à l’obscurantisme woke » est intéressant, lire aussi « La religion woke » de Jean-François Braunstein, abondamment cité dans le livre. Je trouve l’article de tonalité Â... Lire la suite
Thierry Foucart (11-07-2025 08:43:12)
La contestation de Darwin n'est pas de droite ni de gauche ni "wokiste". C'est une démarche scientifique critique, argumentée, qui ne consiste pas à adhérer à des théories religieuses ou autres.... Lire la suite
Lemaitre Gildas (11-07-2025 00:43:44)
L’écriture inclusive est un marqueur. Celui qui s’exprime ainsi est un « éveillé », un adepte du catégorisme, un woke, dont la caricature est sur ce bijou québecois : https://youtu.be/nT... Lire la suite
Jean-Michel Duprat (10-07-2025 21:42:02)
Le meilleur remède contre le wokisme c'est le bon sens. Comme chacun sait le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. Il est curieux cependant de constater que ce partage n'affecte pas ceux... Lire la suite
André (10-07-2025 18:04:46)
Il faut inviter les tenants d'un wokisme de principe à voyager dans nos pays d'origine pour que cela leur vienne de réaliser ce qu'il leur couterait de propager ne serait ce que l'homosexualité par... Lire la suite
Arnaud (10-07-2025 17:09:01)
Dommage que votre article censé déconstruire rationnellement l'idéologie woke lui donne, à titre certes anecdotique certes, et sans doute involontaire ou inconscient - satané inconscient - une de... Lire la suite
Jonas (10-07-2025 16:52:35)
La population mondiale représente 8,1 milliards d'habitants , celle de la France 67,8 millions d'habitants soit 0,84% de la population mondiale. La France 1/ 193 pays dans le monde Or le wokism... Lire la suite
Pablo (10-07-2025 14:42:19)
Pas besoin d'être woke pour ne pas croire au darwinisme. Nous descendons tous d'une même famille comme le montre l'ADN.
Esperanza (10-07-2025 14:21:30)
Martin Luther King avec des tresses blondes ? Encore une preuve du racisme systémique caractéristique des Occidentaux.
alain29 (10-07-2025 13:43:39)
Résumé accessible à tout béotien en la matière. Il ne reste plus qu'à lire le bouquin. Une petite remarque : si l'on admet que le wokisme est né aux USA, il ne s'agit pas d'attribuer tous les ... Lire la suite
cepavrai (10-07-2025 13:36:03)
Il est difficile d'argumenter contre le wokisme, sans riquer de tomber dans l'excès inverse (je ne dis pas que c'est le cas de cet article!) je veux dire que le wokisme a de multiples têtes comme l... Lire la suite
Emmanuel de Chambost (10-07-2025 12:17:52)
Je ne vois pas en quoi attribuer des rôles de personnages historiquement blancs à des acteurs noirs participe en quoi que ce soit au wokisme. Ou alors, je n'ai rien compris au théâtre. André Lara... Lire la suite