La Suède - Des origines à Gustave 1er Vasa (1560) - Herodote.net

La Suède

Des origines à Gustave 1er Vasa (1560)

La Suède est à la fois le plus vaste et le plus peuplé des pays scandinaves avec 10 millions d'habitants (2018) sur 450 000 km2 (à peine moins que l'Espagne).

Alors que sa population modeste, sa position excentrée et la rudesse de son climat auraient pu la condamner à un rôle marginal dans l’histoire du Vieux Continent, elle est parvenue à s’imposer, par ses actions militaires et son essor économique et culturel, comme une grande puissance européenne.

Son Âge d’or se situe aux Temps modernes, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, mais à l'époque contemporaine, sous la dynastie débonnaire des Bernadotte, elle n'en continue pas moins d'exprimer une modernité d'avant-garde, séduisante et parfois troublante.

Pétroglyphes (gravures rupestres) à Nämforsen, Ångermanland, Suède.

Des échanges précoces avec le monde méditerranéen

Quantité d’objets romains retrouvés en Suède, dans des sites du second âge du fer (400 av. JC), attestent de la précocité des échanges commerciaux entre les peuples scandinaves et le monde méditerranéen.

Mais après les grandes invasions du Bas-Empire, l’ensemble de la Scandinavie va connaître pendant plusieurs siècles une période de repli qui la coupe en grande partie des peuples germaniques établis sur le continent et déjà convertis au christianisme. C’est au cours de cette période confuse et chaotique que se forgent les distinctions proto-nationales entre le Danemark, la Norvège et la Suède.

Terre des Goths et des Lombards

Durant l’Antiquité, plusieurs phases de refroidissement climatique poussent une partie de la population scandinave à traverser la mer Baltique pour s’installer en Europe continentale. Parmi eux les Goths, dont on pense qu'ils seraient originaires du sud de la Suède. Ils envahissent l’actuelle Pologne au 1er siècle ap. J.-C., puis l’Ukraine, avant de s’établir dans l'actuelle Roumanie.
Ils se divisent alors en deux branches, les Wisigoths et les Ostrogoths, et reprennent leur marche vers l'ouest sous la pression des Huns. Ils envahissent l'Italie au Ve siècle et provoquent la chute de l’empire romain d’Occident. Les Wisigoths rejoignent enfin l'Espagne.
Autre peuple germanique originaire de Suède : les Lombards. Au IIe siècle ap. J.-C., ceux-ci quittent la Scanie (pointe sud du pays) pour s’établir sur la base de l’Elbe. Au VIe siècle, ils envahissent l’Italie où ils fondent un royaume qui durera deux siècles.

L’âge des Vikings

Le monde scandinave retrouve son dynamisme à partir du VIIIe siècle. L’ouverture de nouvelles routes maritimes en Europe du Nord fait croître l’appétit des royaumes nordiques pour les produits de luxe, provoquant les célèbres raids vikings. Ceux-ci prennent de l’importance à partir de 830, avec le délitement de l’empire carolingien.

Les trois royaumes scandinaves ont chacun leur zone de piraterie. Les Norvégiens se réservent l’Écosse et l’Irlande et fondent des colonies en Islande, au Groenland et jusqu’à Terre-Neuve. Les Danois multiplient les razzias en Angleterre et en France et font même des incursions dans l’Espagne musulmane et en Méditerranée. 

Désignés par les populations locales sous le nom de Varègues ou de Rus, les Suédois sont davantage des marchands (principalement d’ambre, de fourrures, de peaux, de miel et d’esclaves) que des pillards. Partis de l’actuelle Estonie, ils s’enfoncent dès le VIIIe siècle dans le monde slave en direction de la mer Noire.

Les Varègues vont peu à peu dominer les voies de communication de l'Europe orientale par les grands fleuves, notamment le Dniepr. En 838, ils atteignent Constantinople. Ils tenteront de prendre la capitale de l’empire byzantin à trois reprises. Faute de la conquérir, ils seront recrutés par l’empereur pour former sa garde personnelle. Parallèlement, les Varègues mènent des razzias jusqu’en mer Caspienne. En 943, ils lancent un assaut contre la ville de Berda en Azerbaïdjan. Certains vont même jusqu’à Samarcande.

Les Suédois, fondateurs de la Russie

En 862, les populations slaves du nord-ouest de la Russie, incapables de mettre fin à leurs querelles intestines lancent un appel aux Varègues afin de les aider à s’administrer. Soucieux de sécuriser leurs itinéraires commerciaux, ceux-ci décident d’unifier la région au sein d’un même royaume et fondent la principauté de Novgorod. Celle-ci est dirigée par un chef Varègue, Riourik, qui est officiellement le premier souverain russe de l’histoire. Son fils, Oleg, poursuit son entreprise d’unification et s’empare en 882 de la ville de Kiev dont il fait sa nouvelle capitale. La dynastie fondée par Riourik règnera sur la Russie jusqu’en 1598. Les Varègues, également appelés Rus, donneront leur nom à la Russie (« pays des Rus »).

Eric IX de Suède et l'évêque Henry en route vers la Finlande. Représentation médiévale tardive d'Uppland (côte est de la Suède).

Christianisation et temps obscurs

Aux IXe et Xe siècles, la constitution d’une monarchie unitaire est plus lente et chaotique en Suède qu’au Danemark et en Norvège, et l’on ne sait pour ainsi dire pas grand-chose des règnes de ses souverains.

Pièce à l'effigie d'Olof Skötkonung.La situation se stabilise au tournant de l’An Mil sous le règne d’Olof III Skötkonung, premier souverain à se proclamer « roi des Svear et des Goths ». Il se fait baptiser en 1008 et devient le premier roi chrétien de Suède. Il fonde une cathédrale à Skara et tente d’établir un semblant d’État en faisant frapper des pièces à son effigie. 

Après la mort du fils d’Olof, la Suède connaît à nouveau des troubles et un retour en force du culte païen. Ce n’est qu’à partir du règne de Sverker 1er, au milieu du XIIe siècle, qu'elle devient définitivement chrétienne. De nombreux monastères cisterciens sont alors créés.

Birger Jarl, gravure du XVIIe siècle.Parallèlement, les raids en direction de la mer Noire et de la Caspienne prennent fin et pour les Suédois la priorité devient le contrôle de la mer Baltique, et en premier lieu la Finlande. En 1155, Éric IX, le successeur de Sverker Ier, entreprend de la christianiser, ce qui lui vaudra une réputation de sainteté.

Au milieu du XIIIe siècle, le pouvoir passe entre les mains de Birger Jarl.

Ce maire du palais fonde la ville de Stockholm et devient l'époux de la sœur du roi Éric XI. Leur fils Valdemar succéde au souverain mort sans héritier et inaugure une nouvelle dynastie : les Folkung.

Roi Magnus Eriksson IV de Suède, Codex Aboensis, 1350.Ceux-ci vont unifier le royaume et asseoir leur autorité sur un pays qui restait morcelé et unifier le royaume. En 1319, lors de l’élection du roi Magnus IV, est promulguée une charte qui institue officiellement un grand Conseil : le Riksråd. Durant son règne, Magnus IV abolit l’esclavage et instaure un code de lois unique. Il poursuit également l'avancée suédoise en Finlande, autour de la ville de Turku.

Mais en tentant d’imposer une monarchie héréditaire, Magnus entre en conflit avec la noblesse. Celle-ci s’allie alors avec son beau-frère, un aristocrate allemand : le duc de Mecklembourg. En 1363, Magnus est chassé du trône et c’est le fils du duc, Albert, qui devient roi de Suède.

L’Union de Kalmar

À la fin du XIVe siècle, les trois royaumes scandinaves sont dans une situation difficile. Dépeuplés par la Grande Peste, ils sont en outre dominés économiquement par la puissante Ligue hanséatique, une coalition de marchands allemands qui contrôle de nombreux établissements côtiers.

En 1370, le Danemark, vaincu militairement par la Hanse doit signer un traité lui assurant un quasi-monopole sur le commerce du poisson entre la Baltique et la mer du Nord.

Préférant la tutelle lointaine d’une puissance étrangère au despotisme de leur roi, les aristocrates suédois décident en 1388 d’appeler à leur aide la reine Marguerite de Danemark. En tant que veuve du roi de Norvège et fille du roi du Danemark, elle exerce la régence sur les deux pays.

Éric de Poméranie.Le 23 février 1389, à Falköping, les chevaliers danois et suédois défont les troupes allemandes du roi Albert qui est fait prisonnier et chassé du trône. Marguerite est nommée régente de Suède et obtient le droit de désigner son successeur.

Celle que Voltaire a surnommé « la Sémiramis du Nord » parvient à imposer son petit-neveu, Éric de Poméranie. D’abord couronné roi de Norvège, il devient en 1396 roi du Danemark et roi de Suède, sous le nom d’Éric. Dans la pratique, c’est bel et bien Marguerite, officiellement co-régente, qui exerce le pouvoir.

Le 20 juillet 1397, à Kalmar, sur la côte orientale de la Suède, l’union est officialisée par les délégués suédois, danois et norvégiens. Chacun des royaumes conserve ses lois et privilèges. L’Union de Kalmar est alors le plus grand royaume d’Europe, s’étendant du Groenland, à la Finlande, en passant par l’Islande et les îles Féroé.

Représentation de Christian II et la reine Elisabeth sur l'autel de l'église Marie à Helsingborg en Suède, maintenant au Musée national de Copenhague, Danemark.

Un siècle de lutte pour l’indépendance

Après la mort de Marguerite en 1412, Éric s’efforce de poursuivre sa politique, mais sans son talent. Rapidement, un régime autoritaire se met en place au profit du seul Danemark.

En 1439, Éric est déposé et remplacé par son neveu Christophe de Bavière. Sa mort prématurée en 1448 met fin de facto à l’Union : Christian d’Oldenburg monte sur les trônes danois et norvégien tandis que Karl Knutsson s’empare de la couronne suédoise.

S’ensuit deux décennies troublées durant lesquelles Knutsson est chassé du trône puis ramené au pouvoir à deux reprises. À sa mort, en 1470, le flambeau de l’indépendance suédoise est repris par un certain Sten Sture qui devient régent.

À l’automne 1471, les séparatistes remportent une victoire éclatante sur la colline de Brunkeberg face à une armée composée de Danois, de mercenaires allemands et d’aristocrates suédois unionistes.

En 1497, l’Union de Kalmar est toutefois rétablie pour quelques années après la victoire des Danois à la bataille de Rotebro.

Christian II de Danemark, Jan Mabuse, gravure 1526. L'agrandissement montre la sculpture du roi Christian II par Claus Berg vers 1530, église St. Canute’s, Odense, Danemark.En 1520, prétextant venir au secours de l’archevêque unioniste Gustav Trolle, jeté en prison par le nouveau régent Sten Sture le Jeune, le roi du Danemark Christian II envahit la Suède à la tête d’une puissante armée, renforcée de mercenaires allemands et écossais.

Le 19 janvier 1520, il bat les Suédois à Bogesund. Sture est blessé et meurt deux jours plus tard. Stockholm capitule et Christian II est couronné roi de Suède.

Pour l’Union de Kalmar, la prise de Stockholm va finalement s’avérer une victoire à la Pyrrhus tant les exécutions sommaires ont révolté le peuple suédois.

Le Bain de sang de Stockholm

Pour hâter la chute de la ville, Christian II a promis l’amnistie à ses adversaires. Mais aussitôt maître de la capitale, le roi du Danemark fait arrêter les leaders séparatistes et les fait condamner pour hérésie. Le 8 novembre 1520, 82 d’entre eux (dont 2 évêques et plusieurs membres du Conseil) sont décapités sur la place du marché. Cet épisode funeste est passé à la postérité sous le nom de « Bain de sang de Stockholm ».

Gustave 1er Vasa, roi de Suède, d'après Jakob Binck, XVIe siècle, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

Gustave Vasa, père de l’indépendance suédoise

Tout juste âgé de 24 ans, Gustave Vasa est le fils d’un membre du Conseil exécuté lors du Bain de sang de Stockholm. Après s’être évadé du Danemark où il était retenu prisonnier depuis un an, le jeune aristocrate débarque près de Kalmar puis gagne la Dalécarlie, vieux bastion de la résistance nationale, et exhorte les paysans à se soulever contre l’occupation danoise.

Gustave Vasa s'adressant aux Dalécarliens à Mora, Johan Gustaf Sandberg, 1836, Nationalmuseum, Stockolm, Suède.En janvier 1521, des représentants de toute la Dalécarlie le portent à leur tête. L’insurrection s’étend progressivement à l’ensemble de la Suède. Les indépendantistes suédois reprennent une par une les forteresses côtières demeurées fidèles à Christian II.

Le 6 juin 1523, Gustave Vasa est élu roi de Suède sous le nom de Gustave 1er. Quelques jours plus tard, il fait une entrée triomphale à Stockholm. L’Union de Kalmar est définitivement morte. Le Danemark et la Norvège concluent une union personnelle qui perdurera durant encore trois siècles.

Naissance d’un État moderne

Seulement peuplé d’un million d’habitants et lourdement endetté, le royaume dont hérite Gustave 1er est toutefois en sursis.

Gustave 1er fait construire des forteresses et dote son royaume d’une flotte et d’une armée de mercenaires. Parallèlement, il renforce l’autorité royale et fait adopte une transmission héréditaire du trône.

La grande affaire du règne reste l’introduction dans le pays de la Réforme luthérienne.

À sa mort en 1560, Gustave 1er laisse un royaume pacifié, enfin prêt à devenir une véritable puissance européenne.


Publié ou mis à jour le : 2018-07-20 23:08:40

 
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