La Suède

Des origines à Gustave Ier Vasa (1560)

La Suède est à la fois le plus vaste et le plus peuplé des pays scandinaves avec 10 millions d'habitants (2018) sur 450 000 km2 (à peine moins que l'Espagne).

Alors que sa population modeste, sa position excentrée et la rudesse de son climat auraient pu la condamner à un rôle marginal dans l’histoire du Vieux Continent, elle est parvenue à s’imposer, par ses actions militaires et son essor économique et culturel, comme une grande puissance européenne.

Son Âge d’or se situe aux Temps modernes, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, mais à l'époque contemporaine, sous la dynastie débonnaire des Bernadotte, elle n'en continue pas moins d'exprimer une modernité d'avant-garde, séduisante et parfois troublante.

Julien Colliat

Pétroglyphes (gravures rupestres) à Nämforsen, Ångermanland, Suède.

La Suède préhistorique

Durant la dernière période glaciaire, la totalité de la Scandinavie était recouverte par d’énormes masses de glace et son climat, proche de celui de l’actuel Groenland, ne permettait pas la présence d'êtres humains. Ce n’est que vers -10 000, après que la majeure partie de la péninsule a été libérée des glaces, que des tribus de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs tels que les Lapons commencèrent à occuper la Suède centrale et méridionale.

Crâne du mésolithique retrouvé au bout d’un pieu sur le site de Kanaljorden, en Suède (2009), @ Fredrik Hallgren, DR.Vers 3000 av. J.-C., des populations d’origine indo-européenne au morphotype très proche de celui des actuels Scandinaves arrivèrent en Suède et se sédentarisèrent.

Les forêts furent défrichées et les premiers villages apparurent. Conservant leur mode de vie nomade, les Lapons furent progressivement repoussés vers le nord. À la fin du néolithique, le sud et le centre du pays étaient déjà largement occupés.

Les sites de peuplement se multiplient à l’âge du bronze (1800 av. J.-C.), notamment dans le centre du pays, autour du lac Mälar. C’est dans cette région fertile qui sera le cœur historique de la Suède, qu’a été découvert en 1902 le tumulus de Håga (Hågahögen), datant de 1000 av. J.-C., avec les restes d’un homme de petite taille, une épée et plusieurs objets de bronze.

Le tumulus de Håga.

Le royaume des Suiones

Lors du second âge du fer (400 av. JC), les échanges entre la Scandinavie et le monde méditerranéen se développèrent. Quantité d’objets romains ont été ainsi retrouvés en Suède.

L’explorateur grec Pythéas est le premier à décrire les terres septentrionales. Il est imité ensuite par Pline l’Ancien et surtout Tacite. Dans La Germanie, ce dernier évoque les ancêtres des Suédois sous le nom de Suiones : « Plus loin, au sein même de l’Océan, sont les cités des Suiones, puissantes par leurs flottes outre leurs armes et leurs guerriers. Leurs navires diffèrent des nôtres en ce que, au moyen des deux extrémités, terminées par une proue, ils sont toujours prêts à aborder. (…) Chez eux, les richesses sont en honneur ; aussi sont-ils soumis au gouvernement d’un seul maître, dont le pouvoir sans limites commande une obligation absolue. Les armes n’y sont pas comme chez les autres Germains, confiée aux mains de tous (…) car l’océan met ce peuple à l’abri des invasions subites. »

Après les grandes invasions du Bas-Empire, la Suède, comme l’ensemble de la Scandinavie, va connaître pendant plusieurs siècles une période de repli qui la coupe en grande partie des peuples germaniques établis sur le continent, convertis au christianisme. C’est au cours de cette période confuse et chaotique que se forgent les distinctions proto-nationales entre le Danemark, la Norvège et la Suède. De ces trois royaumes en gestation, la Norvège, autour de sa capitale Trondheim, est le plus avancé.

L’actuel territoire suédois est alors divisé en deux royaumes antagonistes : au sud celui des Götar (ou Goths) et au centre celui des Svear (héritiers des Suiones). Ces derniers vont finalement imposer leur hégémonie sur la majeure partie du pays.

Hervor, fille de Heidrek (personnage clé de la mythologie nordique, fils du roi Höfund), mourante à la bataille des Goths et des Huns, peinture de Peter Nicolai Arbo, XIXe siècle.

Terre des Goths et des Lombards

Durant l’Antiquité, plusieurs phases de refroidissement climatique poussent une partie de la population scandinave à traverser la mer Baltique pour s’installer en Europe continentale. Parmi eux les Goths, dont on pense qu'ils seraient originaires du sud de la Suède. Ils envahissent l’actuelle Pologne au 1er siècle ap. J.-C., puis l’Ukraine, avant de s’établir dans l'actuelle Roumanie.
Ils se divisent alors en deux branches, les Wisigoths et les Ostrogoths, et reprennent leur marche vers l'ouest sous la pression des Huns. Ils envahissent l'Italie au Ve siècle et provoquent la chute de l’empire romain d’Occident. Les Wisigoths rejoignent enfin l'Espagne.
Autre peuple germanique originaire de Suède : les Lombards. Au IIe siècle ap. J.-C., ceux-ci quittent la Scanie (pointe sud du pays) pour s’établir sur la base de l’Elbe. Au VIe siècle, ils envahissent l’Italie où ils fondent un royaume qui durera deux siècles.

L’âge des Vikings

Le monde scandinave retrouve son dynamisme à partir du VIIIe siècle. L’ouverture de nouvelles routes maritimes en Europe du Nord fait croître l’appétit des royaumes nordiques pour les produits de luxe, provoquant les célèbres raids vikings. Ceux-ci prennent de l’importance à partir de 830, avec le délitement de l’empire carolingien.

Vikings et Varègues.

Les trois royaumes scandinaves ont chacun leur zone de piraterie. Les Norvégiens se réservent l’Écosse et l’Irlande et fondent des colonies en Islande, au Groenland et jusqu’à Terre-Neuve. Les Danois multiplient les razzias en Angleterre et en France et font même des incursions dans l’Espagne musulmane et en Méditerranée. 

Désignés par les populations locales sous le nom de Varègues ou de Rus, les Suédois sont davantage des marchands (principalement d’ambre, de fourrures, de peaux, de miel et d’esclaves) que des pillards. Partis de l’actuelle Estonie, ils s’enfoncent dès le VIIIe siècle dans le monde slave en direction de la mer Noire.

Les Varègues vont peu à peu dominer les voies de communication de l'Europe orientale par les grands fleuves, notamment le Dniepr. En 838, ils atteignent Constantinople. Ils tenteront de prendre la capitale de l’empire byzantin à trois reprises. Faute de la conquérir, ils seront recrutés par l’empereur pour former sa garde personnelle. Parallèlement, les Varègues mènent des razzias jusqu’en mer Caspienne. En 943, ils lancent un assaut contre la ville de Berda en Azerbaïdjan. Certains vont même jusqu’à Samarcande.

Riourik et ses frères arrivent au bord du lac Ladoga, Apollinary Vasnetsov, XIXe siècle.

Les Suédois, fondateurs de la Russie

En 862, les populations slaves du nord-ouest de la Russie, incapables de mettre fin à leurs querelles intestines lancent un appel aux Varègues afin de les aider à s’administrer. Soucieux de sécuriser leurs itinéraires commerciaux, ceux-ci décident d’unifier la région au sein d’un même royaume et fondent la principauté de Novgorod. Celle-ci est dirigée par un chef Varègue, Riourik, qui est officiellement le premier souverain russe de l’histoire. Son fils, Oleg, poursuit son entreprise d’unification et s’empare en 882 de la ville de Kiev dont il fait sa nouvelle capitale. La dynastie fondée par Riourik règnera sur la Russie jusqu’en 1598. Les Varègues, également appelés Rus, donneront leur nom à la Russie (« pays des Rus »).

Eric IX de Suède et l'évêque Henry en route vers la Finlande. Représentation médiévale tardive d'Uppland (côte est de la Suède).

Christianisation et temps obscurs

Aux IXe et Xe siècles, la constitution d’une monarchie unitaire est plus lente et chaotique en Suède qu’au Danemark et en Norvège, et l’on ne sait pour ainsi dire pas grand-chose des règnes de ses souverains.

Pièce à l'effigie d'Olof Skötkonung.Au terme d’une période troublée où les chefs suédois s’entredéchirent, la situation se stabilise au tournant de l’An Mil sous le règne d’Olof III Skötkonung, premier souverain à se proclamer « roi des Svear et des Goths ». Il se fait baptiser en 1008 et devient le premier roi chrétien de Suède (à la même époque se convertissent aussi les souverains d'Europe orientale : Hongrie, Ukraine, Pologne, Bohême).

Olof III fonde une cathédrale à Skara et tente d’établir un semblant d’État en faisant frapper des pièces à son effigie. 

Après la mort de son fils et successeur, la Suède connaît à nouveau un siècle de troubles, avec un retour en force du culte païen. Ce n’est qu’à partir du règne de Sverker Ier, au milieu du XIIe siècle, que la Suède devient définitivement une nation chrétienne. De nombreux monastères cisterciens sont ainsi créés.

Birger Jarl, gravure du XVIIe siècle.Parallèlement, les raids en direction de la mer Noire et de la Caspienne prennent fin et pour les Suédois la priorité devient le contrôle de la mer Baltique, et en premier lieu de la Finlande.

Celle-ci est peuplée de tribus originaires de l'Oural, qui parlent des langues très différentes des langues scandinaves et indo-européennes. Elle ne se constituera en nation qu'au XIXe siècle...  

En 1155, Éric IX, le successeur de Sverker Ier, entreprend de christianiser la Finlande, ce qui lui vaudra une réputation de sainteté.

Au milieu du XIIIe siècle, le pouvoir effectif passe entre les mains de Birger, beau-frère du roi Éric XI. C'est un Jarl ou maire du palais particulièrement habile et inspiré. Il établit un poste fortifié en 1252 dans un archipel de la Baltique, sous le nom de Stockholm. L'établissement deviendra très vite la première ville du royaume et sa capitale de fait.

Valdemar, fils de Birger Jarl, succéde à son oncle Éric IX, mort sans héritier direct. Il fonde une nouvelle dynastie : les Folkung.

Roi Magnus Eriksson IV de Suède, Codex Aboensis, 1350.Ceux-ci vont progressivement unifier le royaume et asseoir leur autorité sur un pays qui restait morcelé et unifier le royaume. En 1319, lors de l’élection du roi Magnus IV, est promulguée une charte qui institue officiellement un grand Conseil : le Riksråd. Durant son règne, Magnus IV abolit l’esclavage et instaure un code de lois unique. Il reprend également la progression en Finlande, autour de la ville de Turku.

Après deux siècles de rivalités et de guerres en Finlande, Suédois et Russes signent en 1323 le traité de Nöteborg qui établit pour la première fois une frontière terrestre entre les deux royaumes.

Mais en tentant d’imposer une monarchie héréditaire, Magnus entre en conflit ouvert avec la noblesse. Celle-ci s’allie alors avec son beau-frère, un aristocrate allemand : le duc de Mecklembourg. En 1363, Magnus est chassé du trône et c’est le fils du duc, Albert, qui devient roi de Suède.

Brigitte de Suède, patronne de l’Europe

Sainte Brigitte est l’une des Suédoises les plus célèbres de l’histoire. Née vers 1302, cette pieuse aristocrate, choquée par les mœurs dissolues de la cour de Suède, décide de se consacrer à la religion après la mort de son mari. Elle fonde un ordre monastique à Vadstena, l’ordre de Saint-Sauveur, dont l’originalité est de faire cohabiter moines et moniales sous la responsabilité d’une abbesse. Vers 1350, elle s’installe à Rome où elle acquiert une grande notoriété pour sa bonté et sa sagesse mais également en raison du caractère prémonitoire de certaines de ses prophéties. Brigitte de Suède meurt en 1373 après un pèlerinage en Terre Sainte. Canonisée en 1391, elle demeure la seule sainte suédoise reconnue par le Vatican et l’ordre qu’elle avait fondé essaimera dans toute l’Europe. Brigitte de Suède a été décrétée par Jean-Paul II co-patronne de l’Europe, avec Catherine de Sienne et Edith Stein.

Sainte Brigitte de Suède, sculpture en noyer par le maître de Soeterbeeck, South Netherlandish, c. 1470, Metropolitan Museum of Art, New York.

L’Union de Kalmar

À la fin du XIVe siècle, les trois royaumes scandinaves sont dans une situation difficile. Dépeuplés par la Grande Peste, ils sont en outre dominés économiquement par la puissante Ligue hanséatique, une coalition de marchands allemands qui contrôle de nombreux établissements côtiers.

Éric de Poméranie couronné roi des pays nordiques par Marguerite Ière de Danemark, gravure de Hans Peter Hansen, 1884.En 1370, le Danemark, vaincu militairement par la Hanse doit signer un traité lui assurant un quasi-monopole sur le commerce du poisson entre la Baltique et la mer du NordEn Suède, l’inquiétude face à l’interventionnisme croissant de la Ligue hanseatique se double d’une fronde de la noblesse contre les prétentions absolutistes du roi Albert.

Préférant la tutelle lointaine d’une puissance étrangère au despotisme de leur roi, les aristocrates suédois décident en 1388 d’appeler à leur aide la reine Marguerite de Danemark. En tant que veuve du roi Haakon VI de Norvège et fille du roi du Danemark, Valdemar IV, celle-ci exerce la régence sur les deux pays.

Éric de Poméranie.Le 23 février 1389, à Falköping, les chevaliers danois et suédois défont les troupes allemandes du roi Albert qui est fait prisonnier et chassé du trône. Marguerite est alors nommée régente de Suède et obtient le droit de désigner son successeur. Celle que Voltaire a surnommé « la Sémiramis du Nord » parvient à imposer son petit-neveu, Éric de Poméranie.

D’abord couronné roi de Norvège, celui-ci devient en 1396 roi du Danemark et roi de Suède, sous le nom d’Éric. Dans la pratique, c’est bel et bien Marguerite, officiellement co-régente, qui exerce le pouvoir.

Le 20 juillet 1397, à Kalmar, sur la côte orientale de la Suède, l’union des trois royaumes scandinaves est officialisée par les délégués suédois, danois et norvégiens. Chacun des royaumes conserve ses lois et privilèges. L’Union de Kalmar est alors le plus grand royaume d’Europe, s’étendant du Groenland, à la Finlande, en passant par l’Islande et les îles Féroé.

Représentation de Christian II et la reine Elisabeth sur l'autel de l'église Marie à Helsingborg en Suède, maintenant au Musée national de Copenhague, Danemark.

Un siècle de lutte pour l’indépendance

Après la mort de Marguerite en 1412, Éric s’efforce de poursuivre sa politique, mais sans son talent. Rapidement, un régime autoritaire se met en place au profit du seul Danemark.

Statue d'Engelbrekt Engelbrektsson, à Orebro (Suède).En Suède, le mécontentement est grand. Dans le centre du pays, une fronde éclate menée par un propriétaire d’origine allemande, Engelbrekt Engelbrektsson, appuyé par plusieurs membres du Conseil. 

En janvier 1435, il réunit à Arboga, une assemblée de représentants de la noblesse, du clergé et aussi des bourgeois et des paysans, premier embryon du parlement, et se voit conféré le titre de régent. Engelbrekt sera assassiné l’année suivante.

En 1439, Éric est déposé et son neveu Christophe de Bavière couronné. Mais sa mort prématurée en 1448 met fin de facto à l’Union : Christian d’Oldenburg monte sur les trônes danois et norvégien tandis que Karl Knutsson s’empare de la couronne suédoise.

Statue à l'effigie de Karl Knutsson, sculpture vers 1480, Bernt Notke.S’ensuivent deux décennies particulièrement troublées durant lesquelles Knutsson est chassé du trône puis ramené au pouvoir à deux reprises. À sa mort, en 1470, le flambeau de l’indépendance suédoise est repris par un certain Sten Sture qui devient régent.

À l’automne 1471, les séparatistes remportent une victoire éclatante sur la colline de Brunkeberg face à une armée composée de Danois, de mercenaires allemands et d’aristocrates suédois unionistes.

L'Union de Kalmar (1397 à 1523), source : Atlas Historica

En 1497, l’Union de Kalmar est rétablie après la victoire des Danois à la bataille de Rotebro. Le roi Jean Ier règne sur le Danemark, la Norvège et la Suède. Mais quatre ans plus tard, les Danois sont à nouveau chassés de Suède par Sture qui redevient régent. Après sa mort en 1503, les régents successifs poursuivent la même politique séparatiste contre le Danemark.

Christian II de Danemark, Jan Mabuse, gravure 1526. L'agrandissement montre la sculpture du roi Christian II par Claus Berg vers 1530, église St. Canute’s, Odense, Danemark.En 1520, prétextant venir au secours de l’archevêque unioniste Gustav Trolle, jeté en prison par le nouveau régent Sten Sture le Jeune, le roi du Danemark Christian II envahit la Suède à la tête d’une puissante armée, renforcée de mercenaires allemands et écossais.

Le 19 janvier 1520, il bat les Suédois à Bogesund. Sture est grièvement blessé et meurt deux jours plus tard. Malgré une défense héroïque impulsée par sa veuve, Stockholm capitule en septembre 1520. Quelques semaines plus tard, Christian II est couronné roi de Suède par Gustav Trolle.

Pour l’Union de Kalmar, la prise de Stockholm va finalement s’avérer une victoire à la Pyrrhus tant les exécutions sommaires ont révolté le peuple suédois. Avant même d’avoir regagné le Danemark, Christian II apprend qu’un noble suédois, Gustave Eriksson Vasa, tente de soulever la Dalécarlie (province au nord de Stockholm).

Bain de sang de Stockholm (détail). L'agrandissement expose la « planche du bain de sang » dans son intégralité, illustrant l'une des plus anciennes représentations connues de la ville de Stockholm. Gravure réalisée en 1524 sur commande du roi de Suède Gustave Vasa.

Le Bain de sang de Stockholm

Pour hâter la chute de la ville, Christian II a promis l’amnistie à ses adversaires. Mais aussitôt maître de la capitale, le roi du Danemark fait arrêter les leaders séparatistes et constitue un tribunal présidé par Trolle qui les fait condamner pour hérésie. Le 8 novembre 1520, 82 d’entre eux (dont 2 évêques et plusieurs membres du Conseil) sont décapités sur la place du marché. Cet épisode funeste est passé à la postérité sous le nom de « Bain de sang de Stockholm ».

Gustave 1er Vasa, roi de Suède, d'après Jakob Binck, XVIe siècle, Nationalmuseum, Stockholm, Suède.

Gustave Vasa, père de l’indépendance suédoise

Tout juste âgé de 24 ans, Gustave Vasa est le fils d’un membre du Conseil, exécuté lors du Bain de sang de Stockholm. Après s’être évadé du Danemark où il était illégalement retenu prisonnier depuis un an, le jeune aristocrate débarque près de Kalmar, quelques mois après la défaite de Bogesund. Il remonte alors vers le nord du royaume où il tente de soulever la population, sans toutefois y parvenir.

Gustave Vasa s'adressant aux Dalécarliens à Mora, Johan Gustaf Sandberg, 1836, Nationalmuseum, Stockolm, Suède.Lorsqu’il apprend la nouvelle du Bain de sang de Stockholm, Vasa décide de gagner la Dalécarlie, vieux bastion de la résistance nationale. Parvenu au village de Mora, il exhorte les paysans à se soulever contre l’occupation danoise. Ne parvenant pas à les convaincre, il décide de partir, à ski, en direction de la Norvège.

Il parcourt près de cent kilomètres et arrive à Sälen, où, contre toute attente, il est rejoint par des paysans, venus eux aussi à ski depuis Mora. Saisis par le remord, ceux-ci le supplient de faire demi-tour pour prendre la tête de la rébellion.

Depuis 1922, une course à ski reliant Mora à Sälen, commémore chaque année cet épisode : Vasaloppet.

En janvier 1521, des représentants de toute la Dalécarlie élisent Vasa comme leur commandant en chef. L’insurrection s’étend progressivement à l’ensemble de la Suède. Le 29 avril 1521, la milice paysanne de Vasa défait les Danois à Västerås. Bénéficiant du soutien de la ville de Lübeck, capitale de la Hanse, dont les intérêts en mer Baltique sont menacés par les Danois, les indépendantistes suédois reprennent une par une les forteresses côtières demeurées fidèles à Christian II.

Le 6 juin 1523, Gustave Vasa est élu roi de Suède sous le nom de Gustave Ier. Quelques jours plus tard, il fait une entrée triomphale à Stockholm. Au même moment, au Danemark, Christian II est chassé du trône. Son successeur, Frédéric Ier ne souhaite pas relancer les hostilités et reconnaît le roi de Suède. L’Union de Kalmar est définitivement morte. Le Danemark et la Norvège concluent une union personnelle qui perdurera durant encore trois siècles.

L'entrée du roi Gustave Vasa à Stockholm en 1523, Carl Larsson, 1908, Uppsala, Suède.

Humanisme et Renaissance

C’est durant le règne de Gustave Vasa que la Suède est touchée par le mouvement humaniste et la Renaissance. Son plus grand représentant est certainement Olaus Magnus, auteur en 1539, de la Carta Marina, une carte géographique représentant l’ensemble de la Scandinavie et de la mer Baltique, ainsi que d’une Histoire des peuples du Nord. En architecture, le royaume connaît un véritable essor et de magnifiques châteaux aux murs massifs sont bâtis comme le château de Gripsholm, le château de Vadstena ou le château d'Uppsala.

Carta Marina.

Naissance d’un État moderne

Le royaume suédois indépendant dont hérite Gustave Ier est toutefois en sursis. Seulement peuplée d’un million d’habitants, concentrés dans la région de Stockholm et en Finlande, la Suède s'est lourdement endettée auprès des marchands de Lübeck et ne dispose ni de flotte, ni d’armée organisée.

Pour consolider l’indépendance de son royaume, Gustave Ier met en place une ambitieuse politique extérieure. En 1541, il conclut une alliance défensive avec ses ennemis d’hier, les Danois. L’année suivante, la Suède signe à Montiers-sur-Saulx, en Lorraine, son premier traité d’alliance avec la France.

Gustave Ier fait également construire des forteresses et dote son royaume d’une flotte et d’une armée de mercenaires. Parallèlement, il renforce l’autorité royale. Alors que jusqu’à présent la couronne de Suède était élective, le roi fait adopter un pacte de succession qui prévoit désormais une transmission héréditaire du trône.

Château de Gripsholm, Suède.

La grande affaire du règne de Gustave Vasa reste l’introduction dans le pays de la Réforme luthérienne. Dès son accession au trône, le roi, en conflit avec le pape à propos de nominations d’évêque, rompt ses relations avec Rome. En 1527, afin de résorber l’endettement du pays, il confisque les biens des évêques et des monastères.

Si l’Église de Suède va rapidement s’aligner sur les canons de la confession d’Augsbourg, le luthéranisme va cependant mettre un certain temps à s’imposer en profondeur dans le pays et ne deviendra religion officielle qu’en 1593.

À sa mort en 1560, Gustave Ier laisse un royaume pacifié, enfin prêt à devenir une véritable puissance européenne.

Bibliographie

Jean-Pierre Mousson-Lestang, Histoire de la Suède, Hatier, 1995,
Nicolas Kessler, Scandinavie, PUF, 2009.


Publié ou mis à jour le : 2019-09-16 10:53:26

 
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