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Vichy

Les procès de la collaboration

Roger Maudhuy (Ixelles éditions, 408 pages, 22,90 €,  2011)

Vichy

De Pierre Pucheu à Louis Darquier de Pellepoix, voici les vingt procès les plus spectaculaires ou les plus représentatifs de l'Épuration, de 1943 à 1947...

L'auteur est à chaque fois conduit à présenter les inculpés, leur parcours et les circonstances de leur procès. Le ton est journalistique, nullement aride et parfois engagé. Roger Maudhuy fait volontiers état de ses sentiments sur les inculpés et leur condamnation, aussi bien lorsque celle-ci est méritée que lorsqu'elle est injuste et disproportionnée. 

C'est notamment le cas avec l'amiral Jean-Pierre Esteva. Résident général du gouvernement de Vichy en Tunisie, il a le douloureux privilège d'être le premier inculpé à passer devant la Haute Cour de Justice, un tribunal constitué pour la circonstance, et se voit condamné à la perpétuité. S'en étant entretenu récemment avec l'auteur, Pierre Messmer, gaulliste et résistant, ancien Premier ministre, dit simplement : «Que voulez-vous? La Haute Cour ne pouvait pas commencer par un acquittement. Esteva n'a pas mérité un tel sort, j'en conviens...»

Tout autre est le cas de Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Darlan, en 1941-1942. Roger Maudhuy dresse un portrait glacial de ce jeune technocrate aux dents longues, avide de pouvoir et soucieux de la prospérité des entreprises françaises bien plus que de la grandeur nationale (qui jurerait qu'il n'a pas d'héritiers dans la France et l'Europe d'aujourd'hui?). Pour complaire aux Allemands et éviter qu'ils ne s'immiscent dans le maintien de l'ordre en France même, il monte un tribunal extraordinaire, les Sections Spéciales, pour liquider quelques otages après l'attentat perpétré par le «colonel Fabien».

Désireux de supplanter Pétain lui-même à la tête de l'État français, il voit ses chances s'évanouir avec le retour aux affaires de Pierre Laval, qui le relègue au ministère des Colonies. De dépit, Pucheu tente de rejoindre la France libre et se présente au Maroc avec une lettre d'accréditation du naïf général Giraud. Son stratagème ne trompe pas de Gaulle et ses partisans. Il est condamné à mort par le tribunal de Meknès et fusillé à Alger le 20 mars 1944.

Dans son survol de l'Épuration, l'auteur montre combien les tribunaux et l'opinion furent sévères pour les gens des médias et relativement indulgents pour les militaires et les hommes d'affaires. L'écrivain Henri Béraud (prix Goncourt 1922), dont le principal tort est d'avoir la phobie des Anglais, est condamné à mort (et heureusement grâcié). Robert Brasillach, autrement plus compromis avec les nazis, n'échappe pas quant à lui au peloton d'exécution. 

L'homme de radio Jean Hérold-Paquis est fusillé au fort de Châtillon le 11 octobre 1945... Comme le truand Henri Lafont et le policier ripou Pierre Bonny, également fusillés, il a au moins la consolation d'avoir vécu quelques années dans le luxe, au service de l'occupant nazi ! Les journalistes de Je suis partout, notamment Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau (frère du célèbre océanologue), ont la chance de n'être jugés qu'en 1946, quand les passions se sont un peu apaisées. Cela leur vaut d'être condamnés à mort mais grâciés.

Roger Maudhuy a beaucoup à dire sur les procès les plus fameux, ceux de Pétain et Laval, mais aussi sur des personnages tels que le sinistre Fernand de Brinon, ambassadeur du gouvernement de Vichy à... Paris, ou encore l'aumônier des SS français Jean de Mayol de Lupé. 

Robert Schuman, «Père de l'Europe», un saint vraiment ?

Notons une pique inattendue de l'historien Roger Maudhuy : le rappel des «hauts faits de résistance» de Robert Schumann (1886-1963). 

Le futur «Père de l'Europe» est le fils unique d'un ménage luxembourgeois. Citoyen allemand exemplaire dans sa jeunesse, il se rallie sans hésitation à sa nouvelle patrie, la France, quand celle-ci récupère l'Alsace-Lorraine, en 1918. 

Il est dès lors régulièrement élu député de la Moselle, dans la mouvance chrétienne-démocrate. Il approuve les accords de Munich. Sous-secrétaire d'État aux réfugiés dans le gouvernement Reynaud, en 1940, il se range parmi les partisans de la capitulation, aux côtés de Pétain. 

Robert Schuman vote les pleins pouvoirs au maréchal le 10 juillet suivant, au Casino de Vichy, ce qui ne l'empêche pas d'être évincé du gouvernement par Laval.

De son propre chef, il se rend alors à Metz à la rencontre des autorités hitlériennes de la ville. Que se passe-t-il alors ? Nul ne le sait. Toujours est-il que l'ex-ministre de Pétain est incarcéré par les nazis puis placé en résidence surveillée dans la Forêt noire. Il s'en évade en 1942 et rejoint Vichy. Faute d'obtenir une offre intéressante du gouvernement, il passe dans la clandestinité, à l'abri dans différentes abbayes du centre de la France.

En 1945, des représentants de la Haute Cour de Justice interrogent le pieux homme sur ses activités pendant l'Occupation avant de conclure à un non-lieu. Il peut dès lors retrouver son siège de député mosellan, dans les rangs du MRP (chrétien-démocrate).

Roger Maudhuy s'indigne de ce que d'aucuns plaident aujourd'hui pour sa béatification.

André Larané

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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