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La France d'Emmanuel Macron

Un « électron libre » à l'Élysée

Plus jeune président de la République française, élu en 2017 et réélu en 2022, Emmanuel Macron est né le 21 décembre 1977, tandis que basculait un ordre mondial fondé depuis trois siècles sur l’hégémonie des nations occidentales.

Changement d'ère

À Chicago, le professeur d’économie Milton Friedman triomphait de feu John M. Keynes et imposait le néolibéralisme comme horizon politique. La Communauté européenne encaissait les chocs pétroliers de 1973 et 1978. Vingt ans après le traité de Rome de 1957 qui l’a mise en place, ses promoteurs songeaient à aller plus loin et se prenaient à rêver à un ordre postnational. Simone Veil prenait en 1979 la présidence du premier Parlement européen élu au suffrage universel. L’Amérique tournait la page douloureuse du Vietnam. Dans le même temps, l’URSS sclérosée de Leonid Brejnev était sur le point de creuser sa tombe  en Afghanistan… L’islamisme radical, surgi à Téhéran en 1978 et La Mecque en 1979, allait y trouver l’occasion de faire ses armes.

Peu d’observateurs s’attardaient alors sur un autre basculement : dans tous les pays développés, en Occident comme au Japon, l’indice de fécondité était tombé en 1973 en-dessous du seuil nécessaire au strict renouvellement de la population.  C'était sans précédent en temps de paix dans la longue Histoire de l’humanité.

Dans les autres pays, la croissance démographique demeurait forte du fait de la baisse de la mortalité infantile mais la fécondité (dico) commençait aussi à décliner, sauf en Afrique subsaharienne. Corrélativement, il s’ensuivait un début de migration des pays à forte croissance démographique vers les pays en voie de vieillissement et dépeuplement.

Voilà le contexte dont s'est nourri le jeune futur président de la République, aux antipodes du « roman national » dans lequel ont baigné ses prédécesseurs, y compris les plus jeunes, Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui avaient grandi au « bon vieux temps des colonies » et du général de Gaulle... Il a vu l’Union européenne de l’Acte unique et du traité de Maastricht naître et grandir avec lui. D’emblée, il s’est pris à rêver à ce projet fédéraliste calqué sur les États-Unis d’Amérique et dans lequel se dissoudraient les vieux États-nations, débarrassés de tous les corporatismes hérités d’un millénaire d’Histoire agitée (note).

Une ascension providentielle

Enfant de la bourgeoisie provinciale, Emmanuel Macron n’a pas pour rien été prénommé Emmanuel (« Dieu est parmi nous » en hébreu). Élève doué, il fut continûment aimé et poussé de l’avant par ses proches, sa grand-mère comme son épouse, ce qui lui valut un parcours de vie sans anicroche. 

Il devint inspecteur des finances à sa sortie de l’ENA. L’essayiste Jacques Attali le sortit de l’anonymat en l’associant à la rédaction de son rapport 300 décisions pour changer la France (2008). Puis, sur les conseils d’un autre essayiste en vue, Alain Minc, il se fit banquier d’affaires chez Rothschild. Enfin, sitôt après l’élection de François Hollande en 2012, il devint secrétaire général adjoint de l’Élysée. C’est ainsi que, dès le 19 juin 2012, au sommet du G20 à Los Cabos (Mexique), il se frotta au gratin de la planète. Tout cela sans jamais s’abaisser à une campagne électorale de terrain pour une mairie ou un siège de député.

Le 26 août 2014, à 36 ans, le voilà ministre de l’Économie dans le gouvernement de Manuel Valls. Qualifié par ses admirateurs de « Mozart de la finance », il en démissionna deux ans plus tard, le 30 août 2016, pour s’engager dans la campagne présidentielle. 

Un président en phase avec la génération postnationale

Dès lors, en dépit des aléas de parcours, toute sa politique extérieure va se conformer à sa vision personnelle du monde. Encore candidat, Emmanuel Macron déclare le 4 février 2017 : « Il n'y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse ». Le 21 février suivant, à Londres, il réitère ces propos en affirmant qu'« il n'y a pas de culture française » et qu'il n'a jamais vu l'« art français » !

De fait, le futur président n'éprouve pas de nostalgie pour l’Histoire et le patrimoine comme les anciennes générations (dont fait partie l’auteur de ces lignes). Mais il est séduit et pénétré par les mœurs américaines comme la plupart des jeunes diplômés de sa génération.

Parfaitement à l’aise dans l’économie mondialisée, maîtrisant à la perfection l’anglo-américain, il affiche le 13 avril 2017, devant un cénacle d’entrepreneurs réunis au palais Brongniart (l’ancienne Bourse de Paris) sa volonté de faire de la France une « nation de start-up » tout en reconnaissant l’impossibilité de bâtir un « Google européen », autrement dit l’impossibilité de rivaliser d’égal à égal avec le grand frère d’Amérique.

Après son élection, Emmanuel Macron se prête à une cérémonie pleine de majesté dans la cour du Louvre le 14 mai 2017. Elle est ouverte par l’hymne européen et clôturée par la Marseillaise. Anecdote signifiante : il écoute l'hymne national la main sur le cœur à l’image des présidents américains et non les bras sur le côté selon le protocole français habituel.

La suite montre que son « américanisation » ne se réduit pas à la gestuelle : le 22 mai 2018, il rejette le Plan banlieues de Jean-Louis Borloo en lançant : « Ça n’aurait aucun sens que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent un rapport. » Du jamais vu en France où, à la différence des États-Unis, la classe politique n’a jamais distingué les citoyens selon leur couleur de peau.

Le président se montre par ailleurs lucide sur les enjeux démographiques comme l’atteste la même année son commentaire du livre de Stephen Smith : La ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent (Grasset, 2018), estimant que l’auteur a « formidablement bien décrit » les migrations africaines.

Une image rapidement altérée

L'image du jeune président au physique d'acteur américain ne tarde pas à se gâter. La première secousse survient un an après son élection.

Alexandre Benalla filmé place de la Contrescarpe à Paris le 1er mai 2018.Le 20 juillet 2018, soit deux jours après le triomphe de la France au Mondial, à Moscou, Emmanuel Macron se voit entraîné dans un maelström médiatique. L'origine en est une vidéo publiée par le quotidien Le Monde. Elle montre son garde du corps Alexandre Benalla en train de se déchaîner sur des manifestants le 1er mai 2018...

Après cette affaire et la révélation de l’impunité dont a bénéficié son garde du corps, Emmanuel Macron a semblé jouer de malchance.

Le président Macron à la télévision le 16 octobre 2018Oubliées son intronisation royale dans la cour du Louvre, la réception de Poutine à Versailles et la poignée de main virile avec Trump. Le président va de bourde en bourde, depuis la réprimande surjouée à un collégien qui l’avait salué d’un « Manu » familier jusqu’au selfie entre deux jeunes Antillais, pour le coup franchement irrespectueux et vulgaires.

Pris de court par les démissions brutales de deux ministres d’État, Nicolas Hulot (Environnement) et Gérard Collomb (Intérieur), il a eu besoin de deux semaines pour recomposer l’équipe ministérielle avec des « seconds couteaux ».

L'Union européenne à la dérive

L’irruption de Donald Trump sur la scène internationale a mis à nu l'impuissance de l’Europe et de la France. Le président américain a renié le traité COP21 signé par son prédécesseur et tourné le dos aux engagements environnementaux pris par l’ensemble des autres gouvernements de la planète sans que personne puisse s’y opposer. Il a aussi renié le traité laborieusement conclu avec l’Iran.

Le président Macron, lucide, a perçu la signification de ce geste : « Si nous acceptons que d'autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies dans les heures les plus dures de notre histoire, se mettent en situation de décider pour nous notre diplomatie, notre sécurité, parfois en nous faisant courir les pires risques, alors nous ne sommes plus souverains » (Aix-la-Chapelle, 10 mai 2018).

De fait, par petites touches, la France et les autres États européens ont troqué leur souveraineté contre une « servitude volontaire » (l'expression est de La Boétie, 1576). Voilà pourquoi les hommes politiques français et le président lui-même n’arrivent plus à se faire entendre.

L’hôte de l’Élysée n’a pas plus de pouvoirs qu’un maire de village : il distribue des aides et des permis ; il augmente les taxes ici, les diminue là ; il « fait du social » ou du « sociétal » (l'aide active à mourir) et place ses hommes aux postes-clé pour affermir son autorité et assurer sa réélection... Ne soyons pas surpris que Gérard Collomb ait lâché le ministère de l'Intérieur pour sa mairie de Lyon, chose qui ne se serait pas vue au siècle précédent quand la France était encore un État souverain partout respecté. Le ministère de l'Intérieur était alors bien plus riche de sens qu'une municipalité, fut-elle celle de Lyon.

Cette servitude est-elle sans appel ? Disons-nous que la « Grande Nation » dispose encore d’un atout majeur : à la différence de la Grèce (pauvre) ou du Royaume-Uni (marginal), elle occupe une position centrale dans l’Union européenne. Sans elle, l'Union disparaît. Le président de la République, celui-ci ou son successeur, garde donc la faculté de peser sur les affaires européennes, sous réserve d'être respecté à l'intérieur de ses frontières... et de le vouloir.

André Larané

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Politique française
Publié ou mis à jour le : 2026-10-25 10:02:20
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Votre analyse est bien sûr juste, mais je vous trouve quand même un peu dur. Même si votre article met surtout en avant sa personnalité n’oublions pas qu’il a un peu jouer de malchance entre l... Lire la suite

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