31 mars 2008 - Quand le Tibet se réveille, la Chine tremble-t-elle ? - Herodote.net

31 mars 2008

Quand le Tibet se réveille, la Chine tremble-t-elle ?

Le 10 mars 2008, à la veille du 49e anniversaire de la fuite du dalaï-lama, des Tibétains ont manifesté à Lhassa contre la présence de plus en plus envahissante des Chinois et pour le retour de leur chef spirituel.

Les manifestations de Lhassa, auxquelles se sont associés de nombreux moines bouddhistes, ont très vite dégénéré. Aux lynchages de Chinois, les forces de l'ordre ont répliqué par des bastonnades, voire des tirs. Les morts se compteraient par dizaines ou par centaines.

De sa résidence de Dharamsala, en Inde, le dalaï-lama a appelé au calme et souligné qu'il n'entendait en aucune façon remettre en cause l'intégration du Tibet à la République populaire de Chine.

Appels au boycott

En Occident, où la cause tibétaine ne laisse personne indifférent, les opinions publiques se mobilisent. On comprend la révolte des Tibétains, qui voient leur identité culturelle et religieuse annihilée par l'immigration chinoise. On s'indigne à juste titre de la brutalité de la police chinoise envers les manifestants. On en veut à l'ensemble des Chinois qui, non contents d'asphyxier notre industrie et de nous inonder de leur camelote, oppriment leurs minorités...

Beaucoup de voix appellent à un boycottage, sinon des prochains Jeux Olympiques de Pékin, en août, du moins de leur cérémonie d'ouverture. Les dirigeants occidentaux sont sommés de se prononcer.

Adepte de la Realpolitik, le Premier ministre britannique Gordon Brown déclare tout de go qu'il n'est pas question pour lui de boycotter quoi que ce soit... mais précise que le protocole le dispense d'assister à la cérémonie d'ouverture des Jeux. Idem pour la chancelière allemande Angela Merkel. Diplomate, le président américain Bush appelle le gouvernement chinois à plus de retenue (!). Louvoyant, le président Sarkozy ne se prononce ni dans un sens ni dans un autre mais laisse entendre que si les autres Européens devaient boycotter la cérémonie d'ouverture des Jeux, il suivrait le mouvement...

J'y pense et puis j'oublie

Quoi qu'il en soit de ces mouvements d'humeur, il est vraisemblable que, dans quatre mois, les violences de Lhassa seront oubliées comme le sont déjà celles de Rangoon (Birmanie).

Qui se souvient encore de l'émouvante «révolution safran» qui a défié la dictature birmane ? La répression et, pire encore, l'oubli se sont abattus sur les pacifiques moines de Rangoun. C'était il y a deux mois et l'on n'avait affaire qu'à une clique de vieux généraux corrompus qu'un peu de détermination de la part des Occidentaux et des Asiatiques eut sans doute suffi à chasser du pouvoir.

Par ailleurs, si nous éprouvons une légitime compassion pour les deux millions de Tibétains empêchés de cultiver librement leurs traditions, comment se peut-il que nous restions sourds et aveugles au sort des communautés chrétiennes d'Orient, naguère fortes de plusieurs dizaines de millions de personnes. Celles-ci ont pu être laminées en quelques décennies parce qu'il ne s'est trouvé personne pour prendre leur défense en Occident, encore moins en Orient, de la Turquie à l'Irak, y compris parmi les personnalités musulmanes engagées dans un «dialogue islamo-chrétien».

Ne poussons pas plus loin la mise en concurrence des victimes...

Des cadavres dans les placards

Le gouvernement de Pékin a le temps avec lui mais aussi la majorité de la communauté internationale car il n'y a que les 700 millions d'Occidentaux (Europe de l'Ouest, Amérique du nord et Australie) qui s'émeuvent (à juste titre) des événements du Tibet. C'est 11% de la population mondiale et deux fois moins que la seule Chine !

Les Japonais, à notre connaissance, se gardent de faire la leçon aux Chinois. Et pour cause. Ceux-ci auraient beau jeu de leur rappeler le «viol de Nankin». Cela dit, les Occidentaux n'ont pas non plus les mains propres au regard de la Chine et, à trop vouloir traiter de haut le gouvernement de Pékin, ils courent le risque de réveiller de vieux et douloureux souvenirs qui ont nom guerres de l'opium, diplomatie de la canonnière, traités inégaux, mise à sac du Palais d'Été etc...

Les Chinois appartiennent comme chacun sait à une immense culture (leur premiers empereurs dormaient dans la soie tandis que nos ancêtres gaulois se satisfaisaient de peaux de bêtes) et les jeunes élites ont conservé la mémoire des méfaits et humiliations subis il y tout juste un à deux siècles du fait des Occidentaux, Anglais et Français au premier chef.

Ils se souviennent qu'en 1860, les Occidentaux ont secouru la dynastie mandchoue (dynastie étrangère issue d'un peuple barbare), confrontée à une révolte chinoise et lui ont assuré un sursis d'un demi-siècle pour mieux affaiblir la Chine. Ils observent qu'une nouvelle fois, les Occidentaux prennent le parti d'un peuple de la périphérie (les Tibétains) contre la Chine. Ils constatent que le seul mouvement de sympathie qu'aient eu les Occidentaux pour les Chinois au cours des deux derniers siècles concerne Mao Zedong (Mao Tsé-toung), un autocrate sanglant dont la contribution historique est de plus en plus contestée en Chine même !...

Gardons-nous dans ces conditions de nous poser en donneurs de leçons. Gardons-nous du péché d'arrogance faute de quoi les Chinois, forts de leur puissance économique et démographique, pourraient nous signifier leur pensée profonde...

Les réactions aux violences de Lhassa soulèvent en définitive la question d'un nouveau rapport de force entre les Occidentaux, qui croient encore pouvoir dire le droit, et la Chine et le reste du monde qui ne les écoutent plus.

André Larané.
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net