Sans la Nation, le chaos

L'aveuglement des élites

Jean-Claude Barreau (éditions du Toucan, 250 pages, 16 euros,  2012)

Sans la Nation, le chaos

À 77 ans, Jean-Claude Barreau continue de surprendre. Il nous offre un essai insolent, mais aussi rayonnant d'optimisme sur la France dont il détaille les atouts à l'envie : laïque (passionnément), féconde (modérément), diverse...

Sans la Nation, le chaos est un recueil de formules tonitruantes, par lesquelles l'auteur dénonce le lâchage de la Nation par les élites intellectuelles tant de droite que de gauche.

Il note que «les notables de chez nous ne disent jamais : "mon pays" ou "notre pays", qui pourrait laisser paraître un lien quelconque avec l'endroit dont ils parlent. Ils disent "ce pays", soulignant ainsi qu'ils tiennent à s'en désolidariser».

Jean-Claude Barreau fait remonter la diabolisation de la nation à la publication par Bernard-Henri Lévy en 1981 de L'idéologie française. Autant le philosophe méprise le fait national lorsqu'il se rapporte à la France, autant il l'encense quand il s'agit d'Israël ou... de la Libye.

«Le problème de notre temps est celui de la disparition du"lien social". On en parlebeaucoup sans comprendre que le "lien social" est d'abord un lieu. Ce lieu, c'est la Nation, un lieu évidemment chargé d'Histoire, donc d'histoire commune».

La dénonciation du fait national est inséparable de l'idéologie néolibérale. «Les spéculateurs ont réussi à faire du culte de la finance une idéologie mondialiste. Elle emplit la tête de nos dirigeants. À cause d'elle, la droite a renoncé à la patrie et la gauche au peuple... Le comique de la chose étant que l'idéologie de la mondialisation cache en réalité la domination d'une patrie très religieuse et très patriotique, les États-Unis d'Amérique. Il faut la naïveté d'un Bernard-Henri Lévy pour s'étonner de voir le drapeau étoilé flotter à toutes les fenêtres américaines».

C'est ainsi qu'un président «proclame l'inutilité de faire lire La Princesse de Clèves à de futurs employés» tandis que ses ministres et conseillers promeuvent l'enseignement d'un anglais abâtardi au détriment du français. «Claude Allègre exprime cela quand il dit : "En France, l'anglais ne doit plus être une langue étrangère"».

L'auteur dénonce la vulgate qui voudrait que l'on adapte l'enseignement aux jeunes d'origine étrangère : «Le jeune d'origine africaine né en France n'a plus comme passé celui du Monomotapa mais celui de la France (...) Ainsi, parler au jeune Français originaire du Mali de "ses ancêtres les Gaulois" n'a rien d'une fadaise !». L'idée mérite réflexion...

Routard de la politique

Le parcours de Jean-Claude Barreau, jeune homme de 77 ans, est à lui seul un roman. Issu d'une famille bourgeoise mi-juive, mi-athée selon sa propre expression, il parcourt le vieux monde en autostop puis participe en qualité de lieutenant à la guerre d'Algérie, enfin se convertit et entre dans les ordres à 28 ans.

En qualité de prêtre, il se voue au sauvetage des loubards qui hantent les pentes de Montmartre, à Paris, et calme leurs ardeurs par la pratique du parachutisme.

En 1971, il jette sa soutane, se marie et entre dans un cercle de réflexion du parti socialiste. François Mitterrand l'appelle comme conseiller à l'Élysée. Mais dix ans plus tard, il le quitte pour Charles Pasqua, l'un des leaders de la droite néogaulliste.

Il va diriger l'office national des migrations puis l'Institut national des études démographiques, sans jamais cesser d'écrire des essais et des livres d'histoire.

André Larané

Lire la suite : Une tempête sous un crâne

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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