La chute du nazisme

Que sont devenus les nazis qui ont survécu au IIIe Reich ?

8 mai 1945. Fin des combats en Europe. Le continent est un champ de ruines. Sur les routes s’écoulent des masses de réfugiés, déportés libérés, soldats en errance, prisonniers rapatriés, familles disloquées.

Ce chaos humain, qui brouille les identités et efface les traces, fut une opportunité pour tous ceux qui, la veille encore, servaient le IIIe Reich : des dizaines de milliers de collaborateurs zélés et criminels de guerre, tous en quête d’une disparition stratégique ou d’une nouvelle naissance.

À cette fin, « tous les dirigeants SS et tous les membres de la Gestapo de premier plan, avaient reçu du RSHA (Reichssicherheitshauptamt, Office central de la sécurité du Reich) de faux papiers d’identité portant de nouveaux noms, » indique Simon Wiesenthal (Les Assassins sont parmi nous, 1967). Une partie d'entre eux purent ainsi se réinsérer en Allemagne même ou à l'étranger sous une identité d'emprunt.

Les collaborateurs non compromis dans les crimes du régime et l'immense majorité des huit millions de membres du NSDAP, le parti nazi, retrouvèrent quant à eux, dans les années 1950, une vie normale à la faveur des mesures d'amnistie, notamment la loi du 31 décembre 1949 qui amnistie l'adhésion au parti...

Claudia Peiró et André Larané

Beate Klarsfeld gifle en public le chancelier Kiesinger le 7 novembre 1968 en l'accusant d'avoir été un nazi.

Chasse aux criminels nazis

Des réseaux clandestins, dénommés « ratlines » ou « lignes de rats » par les Américains, aidèrent une dizaine de milliers d'ex-nazis parmi les plus compromis  à fuir  à travers l’Italie, alors en pleine anarchie. Les destinations finales étaient l’Espagne franquiste, l’Amérique du Sud, qui comptait d'importantes communautés allemandes et bénéficiait de vastes espaces, mais aussi le Moyen-Orient, où les jeunes États nouvellement indépendants (Égypte, Syrie, Irak) se montraient désireux d'acquérir le savoir-faire de ces cadres hitlériens, qui plus est antisémites et favorables aux régimes dictatoriaux.

Alois Karl Hudal (Graz, Autriche, 31 mai 1885 ; Rome, 13 mai 1963)Le prêtre autrichien Alois Hudal, recteur du collège allemand à Rome, nommé évêque in partibus infidelium en 1933, publia en 1937 un livre à la gloire du nazisme. Il est en particulier connu pour avoir organisé la fuite de certains d’entre eux (en dépit de l'hostilité que lui vouait le pape Pie XII, lequel en vint à le bannir du Vatican).

Son réseau – couvents, paroisses, organisations humanitaires – offrait aux fugitifs argent, soutien logistique et nouvelles identités en utilisant notamment les réseaux de la Croix-Rouge (CICR). Le cas de Franz Stangl, commandant des camps d'extermination de Sobibor et de Treblinka, est emblématique : capturé par les Américains, il fut remis au gouvernement autrichien en 1947 pour être jugé, mais avant la fin de son procès, il parvint à s'enfuir en Italie, où il atteignit Rome. De là, grâce à l'intervention d'Hudal, il obtint de nouveaux papiers et un visa pour la Syrie, où il trouva du travail à Damas (source).

Si la réalité de ce réseau, bien documentée par le Centre Simon Wiesenthal (Vienne), ne fait aucun doute, il en va différemment du réseau « Odessa » prétendûment constitué à l'été 1944 lors d'une réunion de responsables nazis. Celui-là relèverait d'une mystification romanesque selon maints historiens comme l'Autrichien Gerald Steinacher (Les nazis en fuite : CIA, Vatican, Croix-rouge..., Perrin, 2011).  

L'Argentine figure parmi les destinations supposées avoir accueilli le plus fort contingent de fuyards. Sur un total de 45 000 criminels de guerre identifiés en Allemagne, cinquante à trois cents auraient gagné l’Argentine, qui comptait déjà une importante communauté allemande (et également la principale communauté israélite d’Amérique latine). Le plus notable d'entre eux était Adolf Eichmann, ancien maître d’œuvre de la « Solution finale ». Traqué par le Mossad (les services secrets israéliens), il en fut réduit à se replier dans un quartier misérable de Buenos Aires où il fut enlevé par des agents du Mossad le 23 mai 1960 au nez et à la barbe des autorités argentines.

Deux criminels que l'on a longtemps cru arrivés à Buenos Aires étaient Martin Bormann, exécuteur testamentaire de Hitler, et Josef Mengele, docteur tortionnaire à Auschwitz, surnommé « l’Ange de la Mort ». Mais le corps de Martin Bormann a été retrouvé plus tard en Allemagne, où il serait mort en 1945.

Josef Mengele en 1956 (16 mars 1911, Guntzbourg, Allemagne ; 7 février 1979, Bertioga, Brésil)Quant à Mengele, arrêté par les Américains et libéré faute d’avoir été identifié, il partit en 1949 à Gênes et s’embarqua pour l’Argentine. Bénéficiant du soutien financier de sa famille, de riches industriels allemands, il fit une apparition en Allemagne en 1956 et se cacha ensuite dans une ferme au Paraguay puis au Brésil. C’est là qu’il mourut en 1979, à 68 ans, toujours traqué… mais libre.

Klaus Barbie eut moins de chance si l’on peut dire. Cet officier SS, qui fut surnommé le « boucher de Lyon » et procéda à l’arrestation de Jean Moulin ainsi que des enfants d’Izieu, réussit après la guerre à échapper aux Alliés. En 1951, il est exfiltré vers l’Amérique avec l’aide du prêtre croate Krunoslav Draganovic, animateur d’une « ratline ». Il s’installe en Bolivie sous le nom de Klaus Altmann et met son « expertise » dans la torture des opposants au service du dictateur Hugo Banzer.

Après qu’il a été démasqué, la France obtient son expulsion le 5 février 1983 et l’incarcère dans la prison Montluc, à Lyon, là même où il commit ses crimes. Il est condamné à la perpétuité le 4 juillet 1987 et mourra en 1991, à 77 ans.

Procès de Klaus Barbie à Lyon en 1987

Le grand marché des experts en tous genres

Certains nazis ont brillamment réussi leur reconversion. Le cas le plus notable est celui de l’expert en balistique Wernher von Braun. Dans le centre de recherche de Peenemünde, sur la Baltique, il a conçu pour Hitler et le IIIe Reich les terrifiantes bombes volantes V2. Il a eu dans ses fonctions l’occasion de visiter des usines d’armement où des Européens de tous les pays conquis travaillaient tels des esclaves.

Comprenant l’inéluctabilité de la défaite, il échappa à la surveillance de ses supérieurs et le 2 mai 1945, dans une station bavaroise, se présenta avec ses collègues aux troupes américaines. Les scientifiques furent immédiatement transférés aux États-Unis.

Wernher von Braun, 21 mars 1941 (23 mars 1912, Wirsitz, Allemagne ; 16 juin 1977, Alexandria, États-Unis)Recruté par la NASA en 1958, Von Braun a conçu la fusée Saturn V du programme Apollo qui planta le drapeau américain sur la Lune. Parmi les autres scientifiques recrutaient par la NASA figuraient Georg Rickhey et Arthur Rudolph, deux ingénieurs ayant aussi participé à la production des fusées V1 et V2. Rudolph était décrit comme un nazi convaincu et un criminel de guerre. Cependant, ces accusations furent omises de son dossier officiel et Rudolph pu poursuivre son travail à la NASA sans être inquiété.

Après la reddition de von Braun, l'état-major interarmées des États-Unis l’idée d’étendre la « rafle » à un maximum de scientifiques. Il publia le 16 juillet 1945 une note de service ultrasecrète intitulée « Exploitation des spécialistes allemands en sciences et technologies aux États-Unis » et visant à recruter des scientifiques allemands et à les faire venir aux États-Unis.

Le président Truman autorisa en conséquence l'opération dite « Paperclip » Trombone ») par laquelle un total d’environ mille cinq cents scientifiques ainsi que leurs familles furent conduits aux États-Unis. Cette opération secrète fut suspendue au bout de dix ans, l’Allemagne fédérale ayant protesté contre cette forme de « pillage ».

Pour ne pas être en reste, les Soviétiques lancèrent de leur côté le 22 octobre 1946 l'opération « Osoaviakhim » grâce à laquelle ils recrutèrent environ deux mille scientifiques et techniciens militaires allemands. La Grande-Bretagne, quant à elle, lança l'opération « Backfire », une initiative britannique visant à obtenir des techniciens aéronautiques allemands.

L’Argentine de Juan Perón vit également dans ce chaos l'opportunité de recruter les techniciens et les scientifiques dont le pays avait le plus grand besoin. Le général de brigade San Martín, directeur de l'Institut aérotechnique, se rendit en Europe en 1946 et engagea quelque 750 ouvriers qualifiés ainsi que deux équipes de concepteurs allemands, dirigées respectivement par Kurt Tank et Reimar Horten, qui créèrent le Pulqui, l'un des premiers avions à réaction au monde.

On estime que plusieurs centaines d'Allemands, dont des techniciens, des pilotes et des scientifiques, arrivèrent en Argentine durant ces années. Bien entendu, parmi eux se trouvaient des criminels nazis, à une époque où l'identité et la responsabilité de chacun n'étaient pas encore clairement établies.

Mais il est un autre domaine d’expertise propre aux nazis qui a intéressé les Alliés et les dictatures en tous genres ; c’est le renseignement et la police !

Recyclage des criminels nazis

De fait, avec la « guerre froide » qui opposa dès 1946 les anciens alliés, les services de renseignement occidentaux et soviétiques s’empressèrent de recruter d’anciens cadres nazis pour obtenir des informations sur leurs adversaires et ennemis. Ce fut le cas de la CIA américaine comme du Mossad israélien, des services secrets allemands ou du KGB soviétique.

Walter Rauff, officier SS engagé dans la « Solution finale », tant en Europe qu’en Tunisie, réussit après la guerre à organiser la fuite de plusieurs nazis en Syrie avec la complicité de Mgr Alois Hudal. Proche du régime syrien, il dut aussi collaborer avec le Mossad pour échapper à une arrestation. Il est mort au Chili en 1984 à 78 ans.

Pire est le cas de Karl Hass, officier SS responsable en Italie de la déportation d’un millier de Juifs et du massacre de 335 jeunes Italiens dans les Fosses Ardéatines, près de Rome, le 23 mars 1944. Après la guerre, « Karl Hass travailla pour les Américains ! Il a été leur principal espion à Rome pendant quatre ans, » note l'écrivain britannique Philippe Sands (Escape Route).

L'historien Éric Branca (Le Roman des damnés : Ces nazis au service des vainqueurs après 1945 ) retrace le parcours de plusieurs figures du IIIe Reich qui, protégées par les vainqueurs, purent entamer une nouvelle vie et une nouvelle carrière après la Seconde Guerre mondiale. Certains furent acquittés, d'autres condamnés à la prison mais affranchis de la peine de mort, et d'autres encore ne furent jamais jugés.

Otto Skorzeny (12 juin 1908, Vienne ; 6 juillet 1975, Madrid), héros du IIIe Reich et entrepreneur prospère à Madrid (agrandissement)Parmi celles-ci figure le SS Otto Skorzeny. Salué comme un héros du régime nazi, il a dirigé des missions risquées pendant la guerre, notamment l’enlèvement de Mussolini dans sa prison des Abbruzzes le 12 septembre 1943 et des opérations derrière les lignes ennemies dans les Ardennes entre décembre 1944 et janvier 1945.

Après la guerre, il a réussi à se réinventer dans l'Espagne franquiste, où il devint un homme d'affaires prospère, spécialisé dans le commerce international, et où il vécut jusqu'à sa mort en 1975 sans être inquiété.

L'un des facteurs clés de sa reconversion résidait dans le fait que dans l’immédiat après-guerre, il avait aidé de nombreux scientifiques nazis à rejoindre l’Égypte et la Syrie, pays ennemis d’Israël, auxquels ils avaient apporté leur expertise technologique et militaire. Ensuite, selon Éric Branca, le Mossad l’aurait contraint à livrer ces nazis ou à les éliminer. Skorzeny aurait obtempéré.

Installé à Madrid, parallèlement à ses activités d'import-export, il continua de travailler pour plusieurs services de renseignement étrangers. Il ne s'en cachait pas, menait une vie sociale très active et fréquentait les cercles du pouvoir madrilène. Il accordait même des interviews à la presse. Ce comportement témoigne clairement du niveau de protection dont il bénéficiait.

Éric Branca cite aussi Fritz Sauckel et Albert Speer. Le premier organisait le travail forcé auquel les nazis soumettaient les populations des pays occupés. Le second, architecte de son état, fut ministre de l'Armement et de la Production de guerre durant la même période et, à ce titre, l'un des principaux consommateurs de cette main-d'œuvre. Plus précisément, Speer était le supérieur hiérarchique de Sauckel. Cependant, Sauckel fut pendu à Nuremberg, tandis que le ministre architecte fut « seulement » condamné à 20 ans de prison.

Au procès de Nuremberg, Speer passa sous silence un fait important : sa présence à la conférence de Posen en octobre 1943, où Heinrich Himmler, chef de la SS, révéla l'ampleur de la « Solution finale », l'extermination des Juifs. « Il était absent à ce moment-là ; c'était l'excuse d'Albert Speer », explique Branca. Les juges le crurent sur parole.

Albert Speer (19 mars 1905, Mannheim ; 1er septembre 1981, Londres) devant le tribunal de Nuremberg en 1946 ; agrandissement : Albert Speer, deuxième à gauche sur la photo, examine avec Hitler les plans du Grand BerlinAlbert Speer échappa à la potence et parvint à se réinventer, se présentant comme un simple témoin, alors qu'en réalité il était « le seul véritable ami d'Hitler, son dernier confident ». Ayant purgé sa peine et libéré en 1966, il devint une célébrité et la presse occidentale encensa même ses livres.

Son sort se rapproche de celui de l'amiral Karl Dönitz, désigné dans le testament de Hitler commme son successeur. Condamné par le tribunal de Nuremberg à dix ans de réclusion, il fut libéré en 1956 et vécut confortablement ensuite grâce à la vente de ses Mémoires, jusqu'à sa mort naturelle en 1980, à 89 ans.

Deux autres personnes sauvées grâce à leur expertise furent Adolf Heusinger et Reinhard Gelhen . Général de l'armée nazie, Heusinger joua un rôle clé dans la planification de l'occupation de l'Autriche, puis dans l'invasion de la Pologne, et enfin dans l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique en 1941.

Malgré cela, il fut acquitté à Nuremberg. En 2006, un document déclassifié de la CIA apporta quelques éclaircissements : il y était indiqué que Heusinger avait « une attitude coopérative » et que, durant les procès de Nuremberg, il avait agi comme « conseiller en recherche » pour les États-Unis. Dès lors, il fut innocenté et, dans les années 1950, il reprit sa carrière militaire avec un tel succès qu’il devint président du Comité militaire de l’OTAN, poste qu’il occupa jusqu’à 67 ans.

Reinhard Gehlen, également officier supérieur, était chef du contre-espionnage de l'armée nazie sur le front de l'Est. À la fin de la guerre, il se rendit aux forces armées américaines et leur fournit de précieuses informations, notamment sur un réseau d'espions qui fut utilisé contre l'URSS dans le contexte de la guerre froide naissante. 

Gehlen poursuivit ses activités dans le contre-espionnage et finit par diriger les services secrets ouest-allemands. « Il connaissait mieux que quiconque les forces et les faiblesses du système soviétique, une qualité irremplaçable pour diriger le contre-espionnage en Allemagne de l'Ouest », explique Branca.

Un autre exemple de cette réutilisation des compétences est celui de Rudolf Diels, le premier chef de la Gestapo (1933-34), qui poursuivit plus tard son travail de détection des communistes, mais au service de l'armée américaine.

Ces cas sont emblématiques des raisons pour lesquelles les Alliés étaient disposés à fermer les yeux sur des crimes qui ont valu à d'autres nazis la potence : la guerre froide a conduit à privilégier ce que Branca appelle « l'employabilité » de ces individus, c'est-à-dire leur utilité pour freiner la progression de l'influence soviétique en Europe.

Ces officiers supérieurs ont eu soin de se présenter aux Américains avec une documentation impressionnante détaillant l'état réel de l'Union soviétique : des cartes montrant l'état réel de ses routes, l'emplacement de son industrie militaire, etc. Autrement dit, les mêmes personnes qui avaient perfectionné l'appareil militaire et de renseignement nazi ont ensuite effectué un travail similaire pour d'autres puissances.

Les Soviétiques ont fait de même avec les agents de l'Abwehr (renseignement militaire allemand) et du SD (contre-espionnage SS) spécialisés dans le renseignement anti-américain ou anti-britannique.

Un exemple frappant est celui du maréchal Friedrich Paulus, qui mena l'offensive allemande contre Stalingrad et fut capturé par les Soviétiques. Il changea immédiatement de camp et demanda même à ses anciens camarades de se rendre. Il témoigna à Nuremberg en 1946 et, après avoir passé quelques années en prison, fut libéré par Moscou. Il s'installa à Dresde, en Allemagne de l'Est, où il servit le régime communiste en tant que directeur civil de l'Institut de recherche en histoire militaire de la RDA.

Feld-maréchal Friedrich Paulus (23 septembre 1890, Guxhagen ; 1?? février 1957, Dresde)

Dignitaires et criminels nazis reconvertis en dirigeants démocrates !

De grandes figures du IIIe Reich ont pu se reconvertir avec les honneurs après la guerre. C'est le cas du général Heinz Guderian, célèbre pour sa percée des Ardennes à la tête de ses chars en 1940. Prisonnier de guerre des Américains, il est libéré en 1948 et s'attelle ensuite, jusqu'à sa mort en 1954, à la mise sur pied de la nouvelle armée de l'Allemagne fédérale, la Bundeswehr

Même chose pour le très populaire Feld-maréchal Albert Kesselring, chef d'état-major de la Luftwaffe : grâcié en 1952, il devient président d'honneur de l'association d'anciens combattants Stahlhelm (« Casques d'Acier »), publie un livre à succès et soutient la Communauté européenne de défense (CED). Il s'éteint en 1960 à 74 ans.

Le docteur Hjalmar Schacht, ministre de l'Économie et maître d'oeuvre du réarmement allemand, a été acquitté au procès de Nuremberg et a pu ensuite conseiller différents gouvernements : Syrie, Indonésie, Iran, Égypte... Il est mort à Munich en 1970. Quant à Franz von Papen, un centriste qui crut habile d'appeler Hitler à la chancellerie en 1933, il fut libéré en 1949 et vécut grassement dans son château de Benzenhofen jusqu'à sa mort en 1969, à 90 ans.

Plus surprenant, certains nazis compromis dans les crimes du régime ont occupé des postes politiques de premier plan dans les instances nationales et internationales.

Le cas de Kurt Georg Kiesinger vaut le détour. Responsable de la radiodiffusion nazie dans les pays occupés de 1940 à 1944, il fit ensuite carrière au sein de la CDU (chrétiens-démocrates), malgré l’hostilité à son encontre du chancelier de l'époque, Konrad Adenauer, qui fut un authentique résistant au nazisme.

Kurt Georg Kiesinger se défendit des accusations portées contre lui en signifiant à raison qu’il n’avait jamais manifesté d’antisémitisme ni traqué les Juifs de son département. Sa popularité et le soutien des États-Unis lui valurent d’accéder à son tour à la chancellerie où il agit en zélé auxiliaire de l’Amérique et de l’OTAN, contre la France du général de Gaulle, de 1966 à 1969.

Beate Klarsfeld, une jeune femme engagée dans la chasse des anciens nazis, fit connaître le passé compromettant du chancelier au monde entier en le giflant lors d’une réunion publique de la CDU le 7 novembre 1968. Deux ans plus tard, avec son mari l’avocat Serge Klarsfeld, elle s’en prit à un autre nazi éminent, Ernst Achenbach.

Celui-ci fut collecteur de fonds pour le parti nazi et pilleur de la France pendant l’Occupation en qualité de juriste à l’ambassade d’Allemagne à Paris. Après la guerre, il rejoignit le Parti libéral-démocrate allemand (FDP) et siégea au Parlement européen de 1964 à 1977. Il fut toutefois empêché d’entrer à la Commission européenne en 1970 suite à la publication par Serge et Beate Klarsfeld d’un télégramme le mettant en cause dans la déportation de deux mille Juifs en mars 1943.

Le pire était à venir : en 1986, un journal autrichien révéla que le candidat en passe d’être élu à la présidence de la République fédérale d’Autriche était un ancien officier de la Wehrmacht coupable de crimes de guerre à l’encontre de civils dans les Balkans. Il a nom Kurt Waldheim (67 ans) et il a été de 1972 à 1981 secrétaire général des Nations Unies ! Les accusations portées par le journal, bien que fondées, ne l’empêchèrent pas d’accéder aussi à la présidence de l’Autriche de 1986 à 1992.

Cela réfute l'argument selon lequel les dirigeants nazis réhabilités par les Alliés étaient seulement des scientifiques.


Publié ou mis à jour le : 2025-11-18 20:01:40

Voir les 7 commentaires sur cet article

jean bachèlerie (30-11-2025 12:47:18)

Passionnant, un article qui mériterait une grande diffusion pour rappeler que le Nazisme a survécu à la défaite, pour de nombreux cadres du régime ! La RFA avec l'accord de Washington a protégé... Lire la suite

cbron (20-11-2025 17:44:19)

votre article interessant me donne la nausée. Trop sont morts dans leur lit.

Francis (19-11-2025 15:14:16)

Pour compléter le message e Benoit, effectivement n(oublions pas les efforts de la France pour recruter ces scientifiques allemands, installés dans le Bushdorf à Vernon, là où sont maintenant dé... Lire la suite

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire

Histoire & multimédia

Nos livres d'Histoire

Récits et synthèses

Jouer et apprendre

Frise des personnages