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Patrimoine

Le vandalisme à travers les âges

On doit à l'abbé Grégoire l'invention du mot vandalisme, en référence aux Vandales, des Barbares qui saccagèrent Rome en 455. 

Il emploie le mot dans un rapport adressé à la Convention le 11 janvier 1794 où il dénonce les destructions intempestives de monuments et d'oeuvres d'art par les armées républicaines. Avec lui émerge donc le concept de protection du patrimoine.

André Larané
Violation des caveaux royaux de Saint-Denis, par Hubert Robert (huile sur toile au Musée Carnavalet)

Une histoire aussi ancienne que la civilisation

On peut faire remonter l'histoire « officielle » du vandalisme à l'incendie du temple d'Artémis, à Éphèse, par Érostrate.

En dépit de ce précédent mémorable, les destructions volontaires d'oeuvres patrimoniales sont demeurées depuis lors relativement rares, comparées aux destructions occasionnées par les guerres, les séismes et les incendies, les rapines, les trafics... et le manque d'entretien, comme aujourd'hui à Pompéi ou dans la Grèce de la « troïka ».

Crime de guerre assimilable à du vandalisme, le sac du Palais d'Été par le corps expéditionnaire franco-anglais en 1860 scandalisa d'autant plus les contemporains qu'il fut le fait de nations réputées civilisées.

Mais dans les deux derniers siècles, le vandalisme s'est surtout manifesté en lien avec des idéologies totalitaires soucieuses de faire « table rase » du passé.

L'un des bouddhas de Bamiyan (Afghanistan, Ve siècle environ) avant sa destruction par les talibans en mars 2001 (DR)Ce fut le cas pendant la Grande Terreur, en France, en 1793-1794, avec le pillage des églises, des cimetières et des châteaux. À Saint-Denis, des ouvriers ont été payés par le gouvernement pour détruire les tombeaux des anciens rois. 

Plus tard, dans l'Europe occupée par la Wehrmacht, les synagogues mais aussi des monuments civils et des villes entières comme Varsovie font les frais de la démence nazie.

Dans la Russie soviétique de Staline, les couvents et les églises n'ont pas été non plus épargnés, de même que tous les témoignages du passé dans la Chine maoïste, à l'époque de la Révolution culturelle.

Dans l'Afghanistan des talibans, avec la destruction des bouddhas de Bâmiyân en mars 2001, dans l'État islamique, à Mossoul (2014-2015), tout comme à Tombouctou, c'est une autre idéologie totalitaire qui est à l'oeuvre, inspirée par une lecture obtuse et littérale du Coran et tout autant par la haine de l'Occident et de ses « valeurs ».

Souvent, heureusement, il s'est trouvé des personnes de bonne volonté ou mues par la cupidité pour mettre à l'abri préventivement une partie des oeuvres menacées.

Ainsi, le généralissime Tchang Kaï-chek, ayant été défait par Mao Zedong, rafla l'essentiel des oeuvres d'art de la Chine ancienne et les amena à Taïwan, ce qui leur valut d'échapper à la Révolution culturelle et de faire aujourd'hui la fierté du musée de Taïpeh.

Destruction de la mosquée d'Ayodhya par les extrémistes hindous en 1992 (DR)

Vandalisme et religion

Les extrémistes de toutes les religions ont régulièrement « brisé les idôles » qui les dérangeaient. On l'a vu des Hébreux comme des premiers chrétiens ou des musulmans. Ainsi le sultan El-Hakim fit-il oeuvre de vandale en détruisant le Saint-Sépulcre (le tombeau du Christ) en 1009.

Sans doute peut-on qualifier aussi de vandalisme l'iconoclasme, ou destruction des images pieuses, qui a sévi dans l'empire byzantin aux VIIIe et IXe siècles, les destructions de statues pieuses par les protestants en Occident pendant les guerres de religion, au XVIe siècle, et plus près de nous, en Inde, la destruction de la mosquée d'Ayodhya sur le lieu de naissance présumé du dieu Ram, en décembre 1992, par des fanatiques hindous.

Hormis ces cas d'exception, les grandes religions ont le plus souvent « récupéré » à leur profit les sanctuaires des croyances qui les ont précédées.

Voilà par exemple les instructions du pape Grégoire le Grand à ses missionnaires envoyés chez les Anglais : « Il leur faut se garder de détruire les temples de ce peuple ; qu'on détruise seulement les idoles qui s'y trouvent ; qu'on asperge ces temples d'eau bénite, qu'on y mette, à la place des idoles, des autels et des reliques des saints. Il est nécessaire que ces temples bien bâtis passent du culte des idoles à celui du vrai Dieu, mais pour cela, il est inutile de choquer le peuple » (Les vérités chrétiennes, Jean-Claude Barreau, Fayard, 2004).

En Orient, Mahomet lui-même appliqua ces sages préceptes en faisant du sanctuaire idolâtre de La Mecque, la Kaaba, le coeur de sa religion.

Et l'on peut se réjouir que du Maroc à l'Iran et la Turquie, ces pays de grande civilisation islamique demeurent réfractaires à l'idéologie wahhabite qui a conduit aussi bien les djihadistes de Daesh à détruire des vestiges islamiques ou anté-islamiques que les Séoudiens eux-mêmes à saccager les sites patrimoniaux de Médine et La Mecque.  

Publié ou mis à jour le : 2018-10-19 15:01:29

 
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