Mensonges et contre-vérités

Mensonges d'État : pires que les « fake news »

L’Histoire nous invite à nous méfier des mensonges d'État. Ils se révèlent autrement plus graves que les rumeurs de la rue ou des réseaux sociaux.

Dans leur version la plus commune, ils relèvent de la propagande. Le mensonge est consubstantiel aux régimes dictatoriaux, aussi bien du IIIe Reich que de l'URSS ou de la Chine populaire. Mais il est pratiqué aussi par les gouvernants des pays démocratiques avec des conséquences très néfastes car il ruine la confiance que les citoyens portent à la classe dirigeante, fait douter du bien-fondé de la démocratie et, par ricochet, donne du crédit aux théories du complot et aux bobards les plus saugrenus.

André Larané

Mensonges d’État et propagande

La démocratie n'est pas immunisée contre la propagande et le mensonge. On l'a vérifié en France avec la gestion de l'épidémie de Covid-19 au printemps 2020, avec des ministres expliquant doctement à la télévision que les masques étaient inutiles, avant de les rendre obligatoires. On l'a vu aussi avec le « nuage de Tchernobyl ». Le 26 avril 1986, l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl a entraîné des mesures urgentes de prévention partout en Europe. Partout… sauf en France. Le président Mitterrand et son Premier ministre Jacques Chirac ne tenant pas à affoler la population ni se mettre à dos le lobby nucléaire, il s’en est suivi une politique de désinformation qui relève du mensonge d’État...

Le 28 avril 1986, alors que le nuage radioactif se déplaçait vers l’Europe occidentale, le professeur Pellerin tenait un discours rassurant à la télévision : « Ça ne menace personne actuellement sauf dans le voisinage immédiat de l’usine et encore c’est surtout dans l’usine que les Russes ont admis qu’il y avait des personnes lésées. » Deux jours plus tard, le mensonge d’État s’enclenchait véritablement à travers les informations fournies par la météo nationale et répercutées par la présentatrice d’Antenne 2 : « En France, l’anticyclone des Açores restera suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection ; il bloque en effet toutes les perturbations venant de l’Est. » C’était la fameuse théorie du nuage de Tchernobyl s’arrêtant à la frontière française qui prend corps. On sait aujourd’hui qu’il n’en a rien été et que la France a été affectée comme ses voisins immédiats.

Le Figaro, 8 mai 1986. En agrandissement, Libération, 12 mai 1986.

Plus sordide fut le mensonge du gouvernement espagnol relatif à l’attentat de la gare d’Atocha, le 11 mars 2004. Ce jour-là, plusieurs bombes tuèrent 191 personnes et en ont blessé deux mille. Très embarrassé du fait de son engagement en Irak, le Président du Conseil José Maria Aznar attribua le crime aux Basques de l’ETA, bien que ceux-ci n'aient jamais pratiqué d'attentat de masse et s'en soient tenus à des attentats ciblés. L’enquête conduisit plus tard à l’arrestation de 29 islamistes en lien avec al-Qaida… et à la défaite du Premier ministre et de son parti.

Le soldat de première classe Jessica Lynch a reçu le Purple Heart des mains du lieutenant-général James B. Peake, chirurgien général de l'armée américaine en 2003. En agrandissement, Courrier International n° 656, 27 mai 2003.  Entre propagande de guerre et autojustification, l’affaire Jessica Lynch relève du même niveau de mensonge que précédemment. Elle débuta le 23 mars 2003 quand la soldate Jessica Lynch fut capturée par les forces irakiennes. Dès le mois suivant, les médias américains, aussitôt relayés dans le monde entier, relatèrent son calvaire et sa libération épique : après avoir résisté jusqu’à l’épuisement de ses munitions, elle aurait été blessée par balle, poignardée, brutalisée par un officier irakien, etc.

Une semaine après, des unités d’élite américaines investissaient l’hôpital de Nassiriya où elle était retenue et la ramenaient au Koweit. Une vidéo diligemment fournie par la Maison Blanche enregistrait l’exploit pour la postérité.

Las, dès le 9 avril 2003, les forces américaines ayant envahi l’Irak, des journalistes sourcilleux se rendirent à l’hôpital de Nassiriya et découvrirent une réalité très différente : la jeune fille avait été capturée après être tombée de son camion ; gravement blessée dans sa chute, elle avait été soignée le mieux possible par les médecins irakiens.

Ceux-ci avaient ensuite tenté de la restituer aux Américains mais avaient dû rebrousser chemin sous un feu nourri. Enfin, quand le commando américain investit l’hôpital, il n’eut pas à combattre, les soldats ennemis s’étant retirés depuis déjà plusieurs heures. La vidéo de la Maison Blanche était un montage façon Hollywood.

Hollywood, justement, se prête à bien d’autres formes de propagande que l’on peut juger plus anodines. Par exemple l’héroïsation des soldats américains dans la Seconde Guerre mondiale. Parmi les exemples les plus culottés, relevons le film U-571 (2000). Il raconte la capture en 1942 d’un sous-marin allemand. Grâce à sa machine Enigma, les Alliés allaient pouvoir décrypter les échanges radio de l’armée ennemie. L’exploit est véridique à ce détail près qu’il a été commis par la Royal Navy et non par la marine américaine comme dans le film !

La propagande de guerre, une réalité toujours actuelle

Dix ans après la Première Guerre mondiale, en 1928, le diplomate anglais Lord Ponsonby publie un essai lumineux sur la propagande de guerre : Falsehood in War-Time: Propaganda Lies of the First World War (« Le mensonge en temps de guerre : Les bobards de la propagande dans la Première Guerre mondiale »). Arthur Ponsonby y voit une caractéristique des conflits modernes. Elle s'avère indispensable dans tous les camps pour mobiliser les masses et soutenir l'effort de guerre.
En 2001, dans Principes élémentaires de propagande de guerre, l'historienne Anne Morelli s'inspirera du travail de Lord Ponsonby pour définir les dix principes de la propagande de guerre ; ces principes paraissent toujours d'une cruelle actualité :
1- Nous ne voulons pas la guerre.
2- La partie adverse est seule coupable de guerre.
3- L'ennemi est intrinsèquement mauvais et ressemble au diable.
4- Nous défendons une noble cause, pas nos propres intérêts.
5- L'ennemi commet des atrocités exprès ; nos bavures sont involontaires.
6- L'ennemi utilise des armes interdites.
7- Nous subissons de petites pertes, celles de l'ennemi sont énormes.
8- Des artistes et intellectuels reconnus soutiennent notre cause.
9- Notre cause est sacrée.
10- Tous ceux qui doutent de notre propagande sont des traîtres
.

Le Lusitania à quai. En agrandissement, le naufrage du Lusitania, torpillé par un U-boot allemand, mai 1915, photos bibliothèque du Congrès (Washington).

Nécessités de la guerre

On peut admettre que les nécessités de la guerre justifient le mensonge. Tous les coups sont permis quand il s’agit d’économiser la vie de ses soldats et de s’assurer la victoire. La presse américaine a ainsi dénoncé en 1915 le torpillage du Lusitania par un sous-marin allemand, qui a entraîné la mort de plusieurs citoyens américains. Les Allemands se sont justifiés en affirmant que le paquebot transportait des armes en cachette. Les Anglo-Saxons l'ont farouchement nié et pendant près de deux ans, jusqu'en avril 1917, ont exploité ce drame pour monter l'opinion contre l'Allemagne. Il a servi de prétexte à l'entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés. En 1972 enfin, l'ouverture des archives a confirmé les dires allemands. Autrement dit, les Anglo-Saxons  utilisaient les passagers du Lusitania comme des boucliers humains pour passer des armes en fraude.

Autrement plus honorable fut l'opération Fortitude en 1944, une très belle opération d'intoxication destinée à faire croire aux Allemands que le débarquement allié aurait lieu dans le Pas-de-Calais. Mais que dire cet autre mensonge : le 6 août 1945, à la radio, le président Truman annonça l'explosion d'une bombe d'un nouveau type sur Hiroshima en qualifiant la ville de « base militaire » !

Le président justifiera plus tard les deux bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki en prétendant, avec l'aval de tous les médias occidentaux, que ces drames auraient évité le sacrifice d'un million de soldats américains… Absurde quand on sait que dans toute la guerre du Pacifique, quand le Japon était au meilleur de sa forme, les États-Unis n’avaient perdu au total qu’une centaine de milliers d’hommes. Ce ne sont pas les bombes atomiques qui ont contraint les Japonais à la capitulation. On sait que ceux-ci étaient disposés à se rendre dès avant le bombardement d’Hiroshima, à la seule condition que leur empereur soit maintenu en place. En lâchant des bombes atomiques sur le Japon, les dirigeants américains ont surtout voulu impressionner leur allié et néanmoins rival, l’Union soviétique, dans la perspective des conflits à venir.

Cela nous amène à la catégorie la plus redoutable des mensonges d’État...

Assaut du Castel Vecchio de Vérone pendant les Pâques véronaises. En agrandissement, Insurrection Vénitienne contre l’Armée d'Italie de Bonaparte,  (1797), Martinet, 1835.

Mensonges d’État et crimes de guerre

Plus grave que tout en matière de mensonge et de fausses nouvelles, c’est quand celles-ci ont pour objectif une guerre d’agression. Là, comme on dit dans les Tontons flingueurs, c'est du lourd ! On est très loin des « fake news » de quelques tordus d'internet.

Nous avons relevé deux cas de la sorte dans l’Histoire européenne. Faut-il s’en étonner ? Ils nous viennent de deux grands dirigeants réputés pour leur dureté : Bonaparte et Bismarck.

En 1797, le général Bonaparte, vainqueur des Autrichiens en Italie, cherche une contrepartie à leur offrir en échange de la cession de la Belgique. Pourquoi pas la République de Venise ? Le problème est que Venise s'est jusque-là prudemment tenue à l'écart des coalitions contre la France et rien ne saurait justifier sa disparition en tant qu'État souverain.

Qu'à cela ne tienne ! Aux dires de l'historien Jean Tulard, un agent secret au service de Bonaparte produit un faux appel du Grand Conseil de Venise à l'adresse des habitants de Vérone pour qu'ils se soulèvent contre la garnison française établie dans la ville. Le soulèvement ne réussit que trop bien et 400 soldats français qui étaient soignés dans l'hôpital local sont massacrés par la populace. C'en est assez pour que Bonaparte adresse un ultimatum à la paisible Sérénissime et occupe son territoire. Il peut dès lors la livrer sur un plateau aux Autrichiens et signer avec eux le traité de Campoformio.

L'autre cas est mieux connu des Français (faut-il s'en étonner ?). En 1870, le chancelier Bismarck ambitionne de réaliser l'unité de l'Allemagne autour de la Prusse par une guerre commune contre la France. Pour cela, iI se saisit d'une banale querelle diplomatique à propos de la succession sur le trône d'Espagne et propose la candidature d'un prince prussien. Le roi Guillaume 1er, qui ne veut pas de querelle avec la France, réprouve cette candidature. L'ambassadeur de France à Berlin commet la maladresse de lui demander confirmation de son refus à Ems, où le roi prend les eaux.

Bismarck va habilement caviarder la dépêche qui fait état de cette rencontre avant de la livrer à la presse. Irritées par le ton insultant de la dépêche d'Ems, les opinions publiques française et allemandes vont se déchaîner et conduire en trois jours à la déclaration de guerre tant souhaitée. Il en résultera trois guerres franco-allemandes, dont deux mondiales (note).

Les autres affaires nous viennent des États-Unis. Cela commence en 1845 quand le président James Polk ordonne à une patrouille américaine de pénétrer sur le territoire mexicain. La patrouille est interceptée par l'armée mexicaine. Il s'ensuit des morts des deux côtés et le président appelle aussitôt le Congrès à voter une « guerre commencée par le Mexique ». Ce sera une promenade militaire qui se soldera par l'annexion du Nouveau-Mexique, de l'Arizona, de la Californie, etc. Excusez du peu. Le député Abraham Lincoln a été l'une des rares personnalités à s'élever contre cette scandaleuse agression caractérisée. Cela lui a coûté son siège à l'élection suivante.

Prise de Mexico par les troupes américaines, Carl Nebel, 1851.

Rebelote en 1898 pour s'emparer de Cuba et des dernières colonies espagnoles. Un cuirassé ayant explosé en rade de la Havane, la presse américaine, dont le célèbre William Randolph Hearst (« Citizen Kane ») accuse les Espagnols d'avoir déposé une bombe sur le navire. Il s'ensuit une nouvelle promenade militaire... C'est seulement en 1911 qu'une commission d'enquête admettra l'origine accidentelle de l'explosion, une banale explosion de chaudière. Mais l'information arrivera bien après que l'armée américaine aura écrasé l'armée espagnole et se sera emparée des oripeaux de l'empire colonial espagnol.

D'une nature mensongère légèrement différente est l'insurrection « spontanée » déclenchée en 1903 dans la ville de Panamá, alors sous souveraineté colombienne, pour amener l'isthme à se rendre indépendant. Ainsi les États-Unis ont-ils pu assurer leur mainmise sur le territoire du futur canal.

On peut aussi classer parmi les mensonges d'État l'incident qui a conduit le Japon à envahir la Mandchourie en 1931, même si l'initiateur du mensonge n'était pas un gouvernant mais un simple général, Kanji Ishiwara. Celui-ci fait sauter le 18 septembre 1931 une voie ferrée de Mandchourie, à quelques centaines de mètres d'une garnison chinoise et juste avant le passage d'un train. Quand les soldats chinois, alarmés par l'explosion, arrivent sur les lieux, ils sont accueillis par des rafales de mitrailleuse. Sans attendre, Ishiwara informe Tokyo que les Chinois auraient fait sauter la ligne et tenté d'attaquer un train japonais. Lui-même lance derechef ses troupes à la conquête de la Mandchourie. Le gouvernement japonais, pris au piège, ne peut qu'agréer l'initiative du général, lequel devient aussitôt un héros national !

Plus près de nous, la prétendue attaque de deux destroyers dans le golfe du Tonkin en août 1964 a fourni au président Lyndon B. Johnson le prétexte à des raids aériens sur le Nord-Vietnam. Avec au final, une décennie plus tard, une humiliation dont le pays aura le plus grand mal à se remettre.

En 1985, pour justifier une intervention armée contre les sandinistes, un mouvement d'extrême-gauche porté au pouvoir par les électeurs nicaraguayens, le secrétaire d’État américain George Schultz osait affirmer devant le Congrès : « Le Nicaragua est un cancer qui s’insinue dans notre territoire, il applique les doctrines de Mein Kampf et menace de prendre le contrôle de tout l’hémisphère ».

Enfin, chacun garde en mémoire les mensonges qui ont accompagné la guerre du Golfe en 1991. Le dictateur irakien, auquel on attribuait sans sourciller la « quatrième armée du monde » (sic), était encore quelques mois plus tôt un allié de l'Occident contre l'Iran et l'on fermait les yeux sur ses attaques à l'arme chimique contre son propre peuple ! Mais après que les troupes irakiennes eurent envahi le Koweit, une infirmière koweitienne relata devant le Congrès américain leurs sévices et notamment du meurtre de nourrissons dans les maternités. Retransmis sur toutes les chaînes de télévision, ce « témoignage » a permis de mobiliser l'opinion internationale contre Saddam Hussein. Il s'est avéré plus tard que cette « infirmière » n'était autre que la fille de l'ambassadeur koweïtien à Washington.

Last but not least, en avril 2003, Washington et Londres sont entrés à nouveau en guerre contre l'Irak au motif que le régime de Saddam Hussein aurait détenu des « armes de destruction massive » dangereuses pour la paix du monde. Le Secrétaire d'État Colin Powell s'est prêté au jeu en montrant au Conseil de Sécurité de l'ONU, le 5 février 2003, une ampoule de poudre blanche supposée être de l'anthrax (dangereux poison) comme preuve de l'existence de ces armes.

La suite a prouvé de façon certaine que ces armes n'existaient pas ou avaient été détruites depuis belle lurette. De ce grossier mensonge d'État a résulté la ruine de tout le Moyen-Orient, du Pakistan à l'Égypte, et le réveil de la guerre séculaire entre chiites et sunnites.

Raison garder

L'Histoire et l'actualité montrent que la liberté d'expression et la vérité sont davantage menacés par les dirigeants de certains États, fussent-ils démocratiques, que par les bobards qui circulent sur internet et ailleurs.

Quel crédit accorder à la Maison Blanche quand, tant de fois, les présidents américains ont été pris en flagrant délit de mensonge sur des questions stratégiques ? On peut souhaiter que les dirigeants américains comprennent un jour le caractère contre-productif du mensonge. Mais leurs réactions disproportionnées aux révélations de Wikileaks, en 2010-2012, sur les exactions commises en Irak n'augurent rien de bon, tout comme leur attitude vengeresse à l'égard d'Edward Snowden, le jeune informaticien qui a révélé à partir du 6 juin 2013 l'espionnage à grande échelle pratiqué par la NSA (National Security Agency), y compris sur les communications privées des dirigeants européens alliés de Washington !

En matière de commerce et de finance (négociations sur le CETA par exemple), quelle confiance accorder à l'Union européenne, adepte de l'omerta et des manœuvres de couloir ? Ces mensonges d'État et ces silences contribuent aux rumeurs de complots et nourrissent les « fake news ». L'antidote pourrait se trouver dans une absolue liberté d'expression (hormis la diffamation et l'insulte).

Si les médias se montraient ouverts au débat et à la critique, s'ils acceptaient d'aborder les sujets qui fâchent, s'ils se gardaient de diaboliser les opposants à la ligne officielle, on peut penser qu'il n'y aurait plus d'espace pour les « fake news ». Mais nous en sommes encore loin. Un exemple parmi d'autres, qui nous a particulièrement frappé : Le Monde du 20 mars 2017 a pu consacrer un dossier très étoffé sur l'antisémitisme dans la France d'aujourd'hui sans écrire une seule fois les mots islamiste, islamisme, islam, musulman, etc. Troublant déni de réalité, sachant que le nouvel antisémitisme est massivement le fait de certains musulmans.

Mais les protestations de bonne foi de la presse institutionnelle sont de peu d'effet face aux a-priori idéologiques. À preuve, en octobre 2023, la publication sans retenue, dans le New York Times comme dans Le Monde, d'un communiqué outrancièrement mensonger du mouvement terroriste Hamas sur le prétendu bombardement d'un hôpital de Gaza par les Israéliens. Il s'en est suivi immédiatement une vague de manifestations haineuses et entachées d'antisémitisme dans le monde musulman comme en Occident.

Il n'y a pas de vérité factuelle !

Il est illusoire de croire comme la rédaction du Monde en l'existence d'une vérité factuelle (fact news en américain). L'important dans une information n'est pas l'exactitude du fait mais l'interprétation qu'on en fait. Exemple :
Le fait : en 2016, il y a eu en France trois mille cinq cents morts sur les routes du fait d'accidents de la circulation.
• Selon les relevés officiels du ministère de l'Intérieur, le chiffre exact est de 3 569 ; la donnée ci-dessus est donc formellement erronée !
• C'est un chiffre cinq fois plus bas que celui de 1974, alors que la circulation était bien moindre qu'aujourd'hui et la population moins nombreuse. Il traduit une prodigieuse amélioration de nos conditions de vie même s'il demeure toujours trop élevé.
• Il est encore nettement plus élevé qu'en Grande-Bretagne, à conditions comparables. Il traduit le manque de courage de nos différents gouvernements depuis un demi-siècle face aux lobbies de l'automobile.
• C'est un chiffre en augmentation quasi-constante depuis 5 ans, après une baisse quasi-régulière pendant quatre décennies. Il signe l'échec du quinquennat de François Hollande.

Voilà comment on peut émettre quatre avis radicalement différents et aussi « objectifs » les uns que les autres à partir d'un même énoncé factuel.

Publié ou mis à jour le : 2023-12-05 10:24:11
anibal (30-04-2023 12:21:53)

Merci pour cette excellente démonstration "factuelle" à propos des accidents de la route, qui illustre admirablement les propos de Gaston Bachelard (in "La formation de l'esprit scientifique") : "Rien... Lire la suite

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