4 octobre 2017 - Le CETA, ultime avatar du libre-échange - Herodote.net

4 octobre 2017

Le CETA, ultime avatar du libre-échange

Dénommé CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), le traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne a été mis en oeuvre « à titre provisoire » le 21 septembre 2017 avant d'avoir été validé ni même lu par les parlementaires des États européens.

Sous couvert de promouvoir le « doux commerce », c'est avant tout une arme à usage interne destinée à détruire les dernières protections des États nationaux. Démonstration...

Comme pour tout ce qui se rapporte à l'idéologie du libre-échange, les promoteurs du CETA disent voir dans celui-ci l'assurance de plus de paix et de prospérité...

Le traité n'insiste pas sur la levée des barrières douanières dont on a vu qu'elles ont perdu leur raison d'être avec les changes flottants. Mais il innove en cassant les normes nationales accusées de freiner les échanges transnationaux et donc de priver les consommateurs des généreuses baisses de prix promises par les sempiternelles économies d'échelle.

On a vu le caractère illusoire de ces « économies d'échelle » et leur ridicule apparaît dans la reprise en boucle du quota supplémentaire de fromages que les Européens pourront écouler au Canada : 16000 tonnes/an. Cela représente au mieux une centaine de millions d'euros, une goutte d'eau par rapport aux soixante milliards d'euros de biens que le Canada et l'Union s'échangent chaque année.

Dans les faits, de l'aveu même de ses concepteurs du Berlaymont (l'immeuble de la Commission européenne à Bruxelles) qui le qualifient de « traité de nouvelle génération », le CETA ne vise pas à abaisser les barrières douanières mais à bouter les États-nations réputés gêner les grandes entreprises et les priver de profits potentiels. Son véritable objectif, sous prétexte de « doux commerce », est la destruction de ce qui reste des réglementations nationales afin qu'après avoir réduit leurs coûts par les délocalisations, les grandes entreprises se libèrent des contraintes en tous genres qui freinent leurs profits.

Tout indique que cet objectif sera atteint, aucune force démocratique n'étant plus en état de l'empêcher en Europe continentale.

Comme en Union soviétique au temps de Brejnev, quand personne ne croyait plus au marxisme-léninisme mais que le premier à émettre publiquement des doutes encourait la mort civile, les grands médias européens relaient la doctrine officielle sans tiquer, même si de grandes voix comme François Lenglet et Jean Quatremer se permettent en catimini d'exprimer des convictions radicalement opposées.

Tout cela se fait au détriment de la démocratie, un concept aujourd'hui vide de sens comme le montre l'élection à la présidence de la République française, avec seulement 24% des suffrages exprimés au premier tour, du seul candidat qui approuvât le CETA. Les trois-quarts des citoyens ayant exprimé d'une façon ou d'une autre leur défiance à l'égard du CETA, que croyez-vous qu'il arrivât ? Le CETA sans vote et sans débat.

Après la décision de la chancelière allemande d'accueillir un million de migrants en août 2015 sans en référer à ses partenaires, la mise en oeuvre du CETA « à titre provisoire » est un nouveau pas vers l'empire « mou » qu'entrevoit l'historien Gabriel Martinez-Gros ; un régime autoritaire dans lequel les masses corvéables à merci supporteront docilement leur sort par crainte de réveiller les antagonismes de toutes sortes, pour le plus grand profit de l'oligarchie financière.

Joseph Savès
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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