Vivant Denon (1747 - 1825)

Libertin, talentueux et collectionneur sans scrupules !

Vivant Denon (autoportrait)« Un je-ne-sais-quoi-de-malicieux », c'est en ces mots qu'une de ses admiratrices décrivait Dominique-Vivant Denon, séducteur sans beauté, collectionneur sans scrupules et touche-à-tout sans limites.

Celui que ses contemporains qualifiaient d'« un des phénomènes les plus vivants de notre époque » est surtout resté dans les mémoires comme « l'œil de Napoléon » : c'est en effet grâce à lui que le Louvre s'enrichit, pour quelques années, des plus belles œuvres d'art de l'Europe, le temps d'acquérir une légitimité et une ambition qui depuis n'ont pas faibli.

Isabelle Grégor
Un destin dans les étoiles

Robert Lefèvre, Dominique-Vivant Denon avec l'Oeuvre de Poussin. Musée National du Château de VersaillesDominique-Vivant Denon (Vivant est un vieux prénom bourguignon) sera aussi appelé Vivant-Denon ou baron Denon, d'après le titre à lui conféré par Napoléon. Il naît en 1747 à Chalon-sur-Saône sous une bonne étoile : c'est du moins ce que lui affirme une bohémienne, précisant qu'« il serait aimé des femmes, qu'il irait à la cour dans toute l'Europe et qu'une constellation lumineuse comblerait un jour ses voeux ».

Et cette prédiction finit par se réaliser : séducteur, auteur d'un roman libertin à succès (Point de lendemain), il collectionne les conquêtes féminines. Grand voyageur, il effectue des missions en Italie, en Russie et en Suisse où il rencontre Voltaire avant de parcourir l'Europe à la suite des troupes napoléoniennes.

Ses bonnes relations avec une certaine Joséphine de Beauharnais, épouse du ci-devant général Bonaparte, lui valent d'être nommé par ce dernier à la tête de l'équipe scientifique destinée à l'accompagner en Égypte.

Doyen à 51 ans des savants de l'expédition d'Égypte, il ne s'en montre pas moins courageux et infatigable, multipliant les excursions dans la plupart des grandes sites, jusqu'à Philae. Dessinateur et graveur talentueux, il publie en 1802 le recueil de son travail, soit pas moins de 300 dessins et croquis, sous l'intitulé : Voyage en basse et haute-Égypte. Bien évidemment dédicacé au Premier Consul, l'ouvrage recueille un immense succès. Il répand dans les cercles cultivés la passion de l'égyptologie et vaut à son auteur d'être nommé directeur général du Musée central des Arts (futur musée Napoléon puis musée royal, aujourd'hui musée du Louvre).

Tableaux et sculptures... en route pour Paris !

Dans cette fonction, le baron Denon va mener à son terme le grand projet muséographique entamé sous Louis XVI et poursuivi par les révolutionnaires de la Convention. Zélé gestionnaire, il amasse les œuvres d'art pour nourrir ce qu'il veut être « le plus beau musée de l'univers ». Et il y parvient, tout en s'opposant aux architectes du musée Percier et Fontaine ainsi qu'au peintre officiel Louis David.

Encouragé par Napoléon, il moissonne les Rubens en Allemagne, fait venir en grande pompe les antiques italiens, choisit parmi les tableaux toscans et vénitiens matière à organiser une collection de « primitifs ». Fra Angelico et Mantegna ainsi rejoignent les œuvres égyptiennes auxquelles il souhaite consacrer une partie de son Louvre. Il fait pour cela en sorte de pousser les murs du vieux palais d'où sont expulsés courtisans et artistes pour laisser place aux restaurateurs et autres mouleurs.

Benjamin Zix, Denon visitant une galerie d'antiques (collection particulière)

« Il ne sera bientôt plus question de moi »

La chute de Napoléon, après la folle équipée des Cent-Jours, marque la fin de l'aventure : les Alliés, qui n'ont guère apprécié le retour de l'île d'Elbe, se vengent en reprenant au musée nombre d'œuvres d'art cédées précédemment à la France par traités. Les marbres de la collection Borghèse comme les chevaux de la place Saint-Marc sont restitués aux vainqueurs. Denon n'a plus qu'à se retirer à son tour pour se consacrer à ses deux grandes passions, le dessin et la collection. « Il ne sera bientôt plus question de moi, mais je n'en serai point étonné », confie-t-il sans illusion.

Les curieux ne cessent pas moins de visiter le 5, quai Voltaire, à Paris, pour admirer les oeuvres d'art rassemblées à titre personnel par l'ancien courtisan. Célèbre tant pour son abondance que pour son originalité, cette collection, qui inclut les peintures de la collection Borghèse, sera dispersée par les successeurs de notre amateur d'art après sa disparition, en 1825. Mais l'œuvre de Dominique-Vivant Denon reste bien vivante, comme le prouvent les milliers de visiteurs qui entrent chaque jour dans l'aile du Louvre qui porte son nom.


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Eugène Viollet-le-Duc
Publié ou mis à jour le : 2019-06-11 16:00:10

 
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