1941-1945

Les camps nazis et le triangle de la mort

Dès leur prise de pouvoir en 1933, après l'incendie du Reichstag, les nazis ouvrent des camps de concentration à l'usage de leurs opposants politiques.

Après l'annexion de la Pologne, en septembre 1939, ils créent aussi des camps de travail forcé destinés aux Polonais ainsi qu'à des gêneurs de toutes sortes : Juifs en premier lieu, tziganes, homosexuels...

Suite à l'invasion de l'URSS, en juin 1941, ils vont multiplier ces camps à l'adresse des prisonniers de guerre soviétiques, lesquels vont endurer une mortalité sans équivalent (1,6 millions de survivants sur près de six millions de prisonniers). Par ailleurs, ils vont créer des camps d'extermination immédiate (par le gaz) pour les Juifs d'Europe occidentale et centrale.

André Larané
Des camps de concentration pour les opposants

Theodor Eicke (Hudingen, 17 octobre 1892 ; Kharkov, 26 février 1943)Un total de cinq camps sont construits dans les années 1930. Le premier de ces Konzentrazionslager ou KZ est Dachau, aux portes de Munich.

Ouvert après l'incendie du Reichstag, il est avant tout destiné aux opposants politiques. Theodor Eicke, placé à la tête des gardes SS du camp dès 1933, va forger une organisation impitoyable qui fera école. 

Viennent ensuite Orianienburg-Sachsenhausen, Buchenwald, Flossenbürg, Ravensbrück (réservé aux femmes) et Mauthausen, en Autriche. En 1939, l'ensemble de ces camps compte 25 000 détenus, essentiellement des opposants politiques.

Les camps sont placés sous l'autorité des SS, la garde prétorienne aux ordres de Heinrich Himmler. Le 10 avril 1934, celui-ci prend aussi le commandement de la sinistre Gestapo (abréviation de Geheime Staatspolizei, police secrète d'État). Par la loi du 25 janvier 1938, l'envoi dans les camps ne relève plus des tribunaux mais de la seule responsabilité des SS eux-mêmes.

Le Reichsführer des SS Himmler et son adjoint Reinhard Heydrich, chef des services de sécurité vont ainsi constituer un État dans l'État et étendre l'appareil répressif au-delà de l'imaginable, avec bien sûr l'aval de Hitler.

Avec la guerre et la multiplication des actes de résistance, les camps se multiplient dans les territoires occupés et sont transformés en camp de travail forcé. Le 7 décembre 1941, l'ordonnance « Nacht und Nebel » (Nuit et Brouillard) autorise la Gestapo à s'emparer de tout individu accusé d'atteinte à la sûreté de l'État et à le faire disparaître d'une façon ou d'une autre.

Les camps nazis

Cliquez pour agrandir
Les nazis ouvrent les premiers camps de concentration en 1933, dès leur prise de pouvoir, à l'intention de leurs opposants politiques. En 1940 apparaissent les ghettos et en 1941 les camps d'extermination. Ceux-là sont avant tout destinés aux Juifs...

Le triangle de la mort

Dans les premiers mois de 1942, la répression change de dimension et surtout se concentre sur les Juifs.

Les nazis ont décidé en effet en novembre 1941 d'exterminer les Juifs européens à défaut de pouvoir les chasser hors du Vieux Continent (le massacre a commencé de façon empirique dès 1940 en Pologne avant de s'intensifier en juin 1941, lors de l'invasion de l'URSS).

Ils aménagent dans ce but un gigantesque ensemble de camps de travail et de camps d'extermination en Pologne méridionale, dans un triangle constitué par Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka et Auschwitz.

- Opération Reinhardt : Belzec, Sobibor et Treblinka :

Le premier camp exclusivement dédié à l'extermination des Juifs est ouvert à Chelmno-Kulmhof, en décembre 1941, en vue de vider le ghetto de Lodz de ses occupants. Là sont menés dès l'automne 1941 les premiers essais de gazage, selon une technique de mort déjà employée avec les handicapés.

Ce camp est situé dans le Warthegau, une circonscription d'où les nazis veulent chasser les Polonais.  Les autres camps sont projetés dans le Gouvernement Général (Pologne centrale), une vaste circonscription placée sous la coupe du nazi Hans Frank et dont la population, encore très largement polonaise (et juive), est vouée à dépérir en vue de laisser la place à des colons allemands. 

Reinhardt Heydrich et Heinrich Himmler projettent de vider dans un premier temps les ghettos des grandes villes du Gouvernement Général. Cette entreprise d'extermination reçoit le nom de code Aktion Reinhardt, du nom du Secrétaire d'État aux Finances, Fritz Reihardt. Elle est placée sous la direction du général SS Odilo Globocnik.

Un premier camp d'extermination est ouvert à Belzec, près de Lvov, en mars 1942. Viennent ensuite Sobibor en mai 1942 et Treblinka II en juillet 1943, pour les Juifs du ghetto de Varsovie.

Treblinka : transport de billes de bois destinées aux bûchers de crémation Ces camps d'extermination occupent en pleine forêt un espace somme toute très restreint. Ils sont reliés au réseau ferré par des embranchements ferroviaires. À leur arrivée, les victimes sont entassées dans des chambres à gaz et asphyxiées au monoxyde de carbone, lequel est généré par des moteurs de camions. L'agonie est parfois très longue. Les cadavres sont au début enfouis dans des fosses communes. Ensuite, ils seront brûlés dans d'énormes bûchers. 600 000 Juifs sont ainsi morts à Belzec, 250 000 à Sobibor et près de 870 000 à Treblinka.

À l'automne 1943, les Juifs affectés aux travaux forcés à Treblinka ont pris conscience de leur mort prochaine, les nazis s'apprêtant à supprimer le camp. S'étant procurés des armes, ils tentent une évasion de masse le 2 août sous la conduite de Marcel Galewski et Zelo Bloch. Sur une centaine d'évadés, la moitié arrivent de fait à s'échapper.

À Sobibor, de même, les détenus organisent une évasion de masse sous la conduite de Léon Feldhendler et d'un jeune lieutenant soviétique, Alexander Petcherski. Le 14 octobre 1943, ils éliminent par surprise douze des vingt SS affectés à la garde du camp puis se ruent en masse sur les barbelés. Sur un total de 300 évadés, une cinquantaine ont en définitive  franchi les barbelés et le champ de mines et survécu à la guerre.

À ces exception près, très peu de déportés ont échappé à la mort et aux flammes dans ces camps de sorte qu'il n'en reste quasiment aucun témoignage, tant oral que physique. La forêt a réoccupé ces espaces après la fuite des nazis.

- Auschwitz-Birkenau :

Situé en Haute-Silésie, autrement dit dans une région polonaise annexée au Reich allemand, Auschwitz, à la différence des autres, a d'abord été créé en 1940 pour servir de camp de concentration classique avant de devenir un camp de travail forcé puis un camp d'extermination immédiate essentiellement destiné aux Juifs.

Il va accomplir son oeuvre de mort essentiellement à partir de l'automne 1942. Tirant parti de l'expérience acquise dans les précédents camps d'extermination, les nazis vont à ce moment-là l'équiper de chambres à gaz alimentées au Zyklon B et de fours crématoires de dimensions proprement industrielles.

Environ un million cent mille Juifs sont ainsi morts à Auschwitz-Birkenau, auxquels s'ajoutent environ 300 000 non-Juifs. Vingt-cinq mille déportés ont heureusement pu survivre et témoigner. Destination principale des juifs de France, Auschwitz a ainsi pris une place centrale dans l'histoire de la Shoah, au point de fausser la vision que l'on peut en avoir en faisant oublier les autres formes d'extermination, la famine dans les ghettos, les mauvais traitements et les fusillades de masse.

D'une manière générale, les victimes des camps proviennent principalement de l'Europe occidentale et centrale occupée par les Allemands, soit qu'elles ont été « raflées » dans les pays de l'Ouest (dont la France), soit qu'elles ont échappé à la famine dans les ghettos d'Europe centrale. En URSS, au-delà de Minsk, les Juifs sont fusillés sur place par les Einsatzgruppen.

Les victimes étaient d'abord internées dans des camps de transit, comme Drancy, au nord de Paris, puis transportées par voie ferrée vers les camps de la mort. Sur place, elles sont triées. D'un côté celles qui sont en état de travailler, de l'autre celles qui n'en sont plus capables.

Celles-là sont contraintes de se dévêtir et immédiatement dirigées vers des douches collectives sous prétexte de désinfection. En fait de douches, il s'agit de chambres à gaz où les malheureux périssent en quelques minutes sous l'effet d'un gaz mortel, le Zyklon B. Les cadavres sont ensuite incinérés dans des fours crématoires, voire à l'air libre lorsque les fours sont saturés.

Pour toutes les opérations de contact avec les déportés, les SS recourent à des Kapos, criminels de droit commun, et à des commandos de Juifs, les Sonderkommandos, auxquels est accordé un sursis. De la sorte, à l'exemple du Struthof, en Alsace, les camps de travail et d'extermination n'immobilisent qu'un très petit nombre de SS et de soldats allemands, en regard du nombre de détenus.

Arrivée d'un convoi de juifs hongrois à Birkenau

Amère délivrance

Dans les camps, les nazis font en sorte d'éviter les révoltes en berçant leurs victimes d'illusions sur leur sort futur, jusqu'à l'entrée des chambres à gaz ou jusqu'au bord des fosses. On a toutefois gardé le souvenir de plusieurs révoltes de désespoir...

Le 2 août 1943, les détenus juifs du camp de Treblinka, craignant d'être assassinés avant le démantèlement du camp, se révoltent et incendient le camp. 300 s'échappent. La plupart sont repris et fusillés. Le 14 octobre 1943, les 600 prisonniers juifs du camp de travail de Sobibor réalisent qu'ils vont être gazés. Ils se révoltent et tuent de nombreux gardes allemands et ukrainiens. Sur 300 qui réussissent à s'échapper, plus de 100 sont repris et fusillés.

Deux juifs slovaques, Rudolf Urba et Alfred Wetzler, s'évadent de Birkenau le 7 avril 1944. À Brastislava, ils font un rapport détaillé sur le processus d'extermination. Malgré ces informations et d'autres, plus éparses, plus anciennes, l'opinion mondiale demeure aveugle sur le drame qui se joue en Europe centrale.

La surprise est totale quand, le 27 janvier 1945, poussant devant elle la Wehrmacht, l'avant-garde de l'Armée rouge soviétique entre dans les camps d'Auschwitz-Birkenau. Elle découvre 7 000 détenus survivants et la réalité de l'Holocauste.

Les journaux du lendemain restent néanmoins muets sur cet événement. Les Soviétiques eux-mêmes, dans leur films d'actualités, se gardent de mettre en lumière le caractère juif de la plupart des condamnés... Dans la plus grande partie de l'Europe, les gens sont encore tout à la joie d'avoir été débarrassés du nazisme. L'opinion publique mondiale ne prendra la mesure de la tragédie que bien plus tard, après la fin de la Seconde Guerre mondiale...


Les bourreaux et les victimes (Cinq colonnes à la une - ORTF - 08/05/1964),   source : INA
Publié ou mis à jour le : 2020-03-01 22:12:57

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net