Sexe et violence

Le viol, aussi ancien que l'humanité

Le viol est un crime  dont s'accommodaient les sociétés antiques. Il frappait impunément les femmes de condition servile et était admis au titre de butin de guerre.

De nos jours, il est devenu une arme de guerre sciemment utilisée par les états-majors pour humilier les populations ennemies. Cette pratique planifiée du viol a été utilisée pour la première fois sans doute dans l'histoire de l'humanité par l'armée pakistanaise au Bangladesh en 1971-1972, avant d'être reprise en Yougoslavie, au Congo, au Tigré, en Ukraine, etc.

C'est seulement dans la chrétienté médiévale que le viol a été formellement condamné et que cette condamnation a été étendue aux guerriers. De ce fait, en Occident, il est longtemps resté caché ou honteux. La morale religieuse, la surveillance de la communauté villageoise et l'obligation du « mariage réparateur » en cas de grossesse freinaient les pulsions des jeunes hommes.

Slogans de Mai-68

« Jouir sans entraves »

Le recul de la foi catholique après Vatican II et surtout la contraception ont levé ces ultimes obstacles. Dans son essai L’autre héritage de 68. La face cachée de la révolution sexuelle (Albin Michel, 2018), l'historienne Malka Markovitch souligne le caractère déséquilibré de la révolution sexuelle des années 1970, toute entière orientée vers la satisfaction des jeunes mâles, en France comme dans le reste de l'Occident. Ce comportement outrageusement sexiste s'est retrouvé encore cinquante ans plus tard chez certains vieux « soixante-huitards » comme le sociologue Olivier Duhamel (source).  

C'est encore dans les années 1970 que le cinéma hollywoodien a tourné le dos à la censure et au fameux code Hays. Ce fut là encore pour légitimer une approche dominatrice et violente de la sexualité masculine. « Les films à l’affiche qui font grand bruit mettent en scène l’esclavage sexuel des femmes comme l’expérience absolue de l’émancipation : 'Portier de nuit', 'Histoire d’O.', 'Le Dernier Tango à Paris' demeurent les références cinématographiques par excellence. L’actrice Maria Schneider, âgée de 19 ans lors du tournage, racontera plus tard le vrai viol par surprise filmé en direct qui restera durant de longues années la séquence mythique du film, » écrit-elle. « Être jeune, c’est trouver "chouette" et "vachement sympa" le film 'Les Valseuses' de Bertrand Blier qui rend romanesque le viol. »

C'est ainsi que le viol devint un objet esthétique, tout comme la pédérastie (note) ! À ce propos, l'historienne Catherine Valenti note avec une pointe d'amertume qu'après avoir soutenu les mouvements féministes dans les combats pour la contraception et l'avortement, les acteurs de Mai 68 se sont mis aux abonnés absents quand il s'est agi d'obtenir la criminalisation du viol. Preuve que cet enjeu leur était indifférent...

André Larané

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Homosexualité
Publié ou mis à jour le : 2025-10-30 17:57:06

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