Patrimoine

Le monde selon l'UNESCO

Les premières œuvres d’art de l’humanité apparaissent au cours de l’aurignacien vers 33000 av. J.-C. La grotte Chauvet montre des œuvres déjà très abouties qui n’ont rien à envier à celles de Lascaux et d’Altamira qui datent du Magdalénien vers 15000 av. J.-C.

Vincent Boqueho
 

Tout commence  en Afrique

Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’il y a plus d’écart temporel entre Chauvet et Lascaux qu’entre Lascaux et l’époque actuelle ! Cela contredit l’idée d’un perfectionnement progressif de l’art qu’on se faisait avant la découverte de Chauvet en 1994. Les vestiges retrouvés au sud de l’Allemagne sont tout aussi remarquables avec des flûtes qui attestent de l’avènement d’un art musical, et des statuettes qui n’ont rien à envier à celles du néolithique.

Dernier constat remarquable : toutes les premières œuvres d’art répertoriées par l’UNESCO sont circonscrites dans une région réduite de l’Europe Occidentale. Les œuvres pariétales retrouvées en Azerbaïdjan couvrent une période plus tardive.

Sculpture de sanglier et tête animalière, site Göbekli Tepe (Turquie). La révolution suivante est celle de la sédentarisation qui survient à la fin de la dernière glaciation vers 10000 av. J.-C. et qui va permettre l’érection des premières œuvres d’architecture. Le site de Gobekli Tepe à l’extrême nord du Croissant Fertile est particulièrement précoce : il confirme que cet endroit qui voit la domestication du blé, de l’orge, de la chèvre, du mouton et du bœuf est devenu le premier pôle de vitalité dans le Monde. La formation des premiers villages se diffuse ensuite vers Chypre et vers l’Anatolie.

Pendant ce temps-là, l’art pariétal commence à sortir d’Europe pour émerger en différents endroits du Monde : il apparaît comme une manifestation naturelle de toutes les cultures nomades jusqu’à des époques très récentes, et je le mettrai de côté dans la suite de mes commentaires pour me focaliser sur les nouveautés.

Momie Moche andine (Pérou). Agrandissement : Momies Chinchorro, parmi les plus anciennes conservées au monde, au musée de San Miguel de Azapa (Chili).En 4000 av. J.-C. apparaissent les premières momies artificielles dans le désert d’Atacama. Ça met d’ailleurs en évidence un biais climatique essentiel : la sècheresse favorise considérablement la conservation des vestiges.

Voici maintenant venir l’entrée dans l’Histoire : vers 3300 av. J.-C.  émergent les premières traces d’écriture à Uruk qui est la première ville du Monde et atteint rapidement les 30 000 habitants. L’apparition d’une élite militaire et religieuse favorise la multiplication des palais et des temples. La civilisation élamite prend son essor à ce contact, notamment à Suse.

C’est au même moment que se développent  des constructions mégalithiques à Malte qui révolutionnent complètement ce style d’architecture et relèvent clairement de sociétés elles aussi très hiérarchisées.

La révolution suivante survient en Egypte à partir de 2700 av. J.-C. avec l’érection de la pyramide de Djoser, puis celles de Snefrou, puis celles de Kheops, Khephren et Mykerinos. On est à nouveau sur un changement complet d’échelle qui continue de fasciner encore aujourd’hui. La pyramide de Kheops restera le plus haut monument du Monde pendant près de 3800 ans. Là encore, on peut faire un constat révélateur : il y a plus d’écart temporel entre Kheops et Cléopâtre qu’entre Cléopâtre et nous.

Complexe funéraire de Djéser. Agrandissement : La pyramide de Mykérinos et les trois pyramides de reines vues depuis le nord-ouest du complexe.

Les sites de l’unesco témoignent ensuite de l’émergence d’autres civilisations : celle de l’Indus à partir de 2600 av. J.-C., et celle de Caral au Pérou vers la même époque mais dont la superficie est beaucoup plus limitée. Pendant ce temps-là, l’art mégalithique atteint son apogée en Europe, notamment avec la construction de Stonehenge qui s’échelonne sur 1700 ans. Les vestiges en Chine et au Japon sont moins monumentaux mais témoignent de savoir-faire déjà très aboutis.

Entre 1500 et 1200 av. J.-C., on constate une explosion des civilisations héritières du Croissant Fertile : c’est l’apogée de l’Egypte antique au Nouvel Empire, une période faste pour la Mésopotamie avec le Moyen Empire assyrien et la Babylonie, l’apogée des civilisations mycénienne et hittite qui relèvent toutes deux des migrations indo-européennes survenues en 2000 av. J.-C.. On notera l’absence de la civilisation minoenne en Crète. Il faut dire que les procédés de mise en valeur de ses vestiges ont sérieusement altéré leur authenticité. Enfin c’est aussi le premier apogée de la civilisation chinoise sous la dynastie Shang dont les premiers écrits remontent à 1200 av. J.-C.. D’autres sites émergent à cette époque, mais ils relèvent de l’art pariétal ou protohistorique.

A partir de 1200 av. J.-C., on constate un grand passage à vide : l’Egypte connaît un dernier sursaut vers 700 av. J.-C. tandis que la Mésopotamie atteint son apogée juste avant de s’évanouir avec les empires assyrien et babylonien. Ce sont les Perses qui mettent fin à cette civilisation en 539 av. J.-C. et en fondent une nouvelle qui n’est pas moins brillante. Mais cette époque est surtout marquée par l’expansion remarquable d’une nouvelle civilisation : celle des Grecs. C’est une véritable flambée de monuments qui couvrent toutes les rives de la Mer Egée et s’étend jusqu’aux colonies d’Afrique et d’Italie.

Céramique de la culture Chavín (Pérou).En l’espace de 2 siècles, les Grecs donnent naissance à douze sites remarquables reconnus par l’unesco, au premier rang desquels se trouve l’acropole d’Athènes. Même les civilisations voisines comme celle des Puniques centrée sur Carthage, des Etrusques en Italie, et des Thraces dans l’actuelle Bulgarie, sont fortement influencées par le dynamisme grec.

Pendant ce temps-là, c’est la culture de Chavin qui domine au Pérou. Il faut aussi évoquer la civilisation olmèque au Mexique qui est absente du palmarès alors qu’elle livre de nombreux vestiges. Ça montre que le catalogage de l’UNESCO dépend aussi de la volonté des états de mettre en avant le patrimoine historique.

L'Acropole vue de l'Aréopage. Agrandissement : le Parthénon.

Quoiqu’il en soit, on voit que les Grecs ont fait de la Méditerranée le nouveau pôle de vitalité dans le Monde. L’Asie tente de rattraper son retard après ça, avec la fondation du premier empire chinois en 221 av. J.-C., et l’expansion de l’empire indien des Maurya sous Ashoka qui favorise une première diffusion du bouddhisme. L’Asie continue également de bénéficier des apports hellénistiques liées aux conquêtes d’Alexandre le Grand : les Parthes eux-mêmes sont fortement hellénisés avant d’acquérir une identité plus marquée. Enfin la civilisation égyptienne connaît un dernier sursaut avec le site de Méroé dans l’actuel Soudan qui voit la construction des dernières pyramides.

Pétra, la capitale de la Nabatène. Agrandissement : site de Mérida (Espagne).On en arrive ainsi à la fin du 1er millénaire av. J.-C. qui voit l’explosion d’une nouvelle civilisation héritière des Grecs qui va écraser toutes les précédentes : celle des Romains. En l’espace de quatre siècles, ils vont donner naissance à 41 sites de l’UNESCO, tous concentrés sur le voisinage de la Méditerranée. Temples, théâtres, arènes, aqueducs, thermes, villas... En 3 siècles, le paysage de la Méditerranée s’en trouve complètement transformé.

À cela, il faut ajouter les civilisations profondément influencées par les Romains, comme celle des Nabatéens incarnée par le site remarquable de Pétra. Dans le reste du Monde, seule une poignée de sites relèvent de l’UNESCO : en Amérique il y a celui de Nazca au Pérou avec ses géoglyphes énigmatiques, celui de San Agustin en Colombie plus confidentiel, et surtout celui de Teotihuacan qui est le premier site de la Mésoamérique retenu par l’UNESCO. On recense par ailleurs un site indo-parthe dans le nord de l’actuel Pakistan, et enfin le site d’Aksoum en Ethiopie qui connaît alors un premier apogée.

Statues, parc archéologique de San Agustín (Colombie). Agrandissement : Femme enceinte au site Alto de las Piedras (à l'extérieur du parc).

Le bilan de l’époque antique jusqu’en l’an 400 est spectaculaire : même s’il y a de nombreux biais qu’on a relevés, on constate à quel point la Méditerranée écrase le reste du Monde par le nombre de ses vestiges relevant de l’UNESCO. En fait, on peut identifier trois centres de vitalité précurseurs dans l’Histoire de l’art et de l’architecture : l’Europe Occidentale au Paléolithique, le Croissant Fertile au néolithique et sous la Haute Antiquité, et la Méditerranée à l’époque gréco-romaine. D’autres centres de prospérité ont existé, mais leurs vestiges apparaissent plus clairsemés sur le planisphère.

Cela dit, l’Histoire n’est pas terminée : l’avènement des quatre plus grandes religions modernes en nombre de croyants, le bouddhisme, l’hindouisme, le christianisme et l’islam, va contribuer à modifier cette physionomie dans les siècles suivants…


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Archéologie sous-marine
Publié ou mis à jour le : 2023-12-15 18:50:49

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