Le Seigneur-Chat - Philippe Berthelot (1886-1934) - Herodote.net

Le Seigneur-Chat

Philippe Berthelot (1886-1934)

Jean-Luc Barré (Plon,  2009)

Cette biographie de Philippe Berthelot (Plon) a été publiée en 1988 par Jean-Luc Barré, qui s'est fait connaitre ensuite par son assistance à la rédaction des mémoires de Jacques Chirac.

Jean-Luc Barré s'est fait connaitre ensuite par son assistance à la rédaction des mémoires de Jacques Chirac.

Elle évoque un personnage aujourd'hui bien oublié, mais dont le nom apparaît dans tous les ouvrages qui traitent de la diplomatie française pendant et après la Première Guerre mondiale, qu'il s'agisse de la création de la Tchécoslovaquie et des autres États nés des décombres de l'Autriche-Hongrie avec le traité de Versailles, ou de la politique d'apaisement avec l'Allemagne menée par Aristide Briand et le ministre allemand Gustav Stresemann.

Anticonformiste et dilettante de génie

Philippe Berthelot est un anticonformiste de génie qui use et abuse du soutien familial pour s'épanouir au sein de la IIIe République triomphante. Son père, le chimiste Marcellin Berthelot, patriarche d'une famille aussi nombreuse et brillante que soudée, était avec Victor Hugo l'une des idoles intellectuelles des débuts de cette République, professeur au Collège de France et ministre de l'instruction publique.

Nommé ministre des affaires étrangères, il en profite pour donner un coup de pouce décisif à la carrière de son fils Philippe, élève intelligent mais dispersé dans des travaux littéraires amateurs et la bamboche au quartier latin.

Philippe essuie deux échecs successifs au concours des affaires étrangères où Claudel s'était classé premier. Qu'à cela ne tienne, son père le nomme tout benoîtement attaché d'ambassade au tour extérieur sans concours, bien que Raymond Poincaré se soit vainement opposé à cette marque de népotisme qui conduisait à reclasser le fils dans un grade plus élevé que celui de ses condisciples reçus au concours !

Après un passage à Lisbonne écourté par une tendance regrettable à confondre sa cassette personnelle avec celle de l'ambassade, Philippe Berthelot s'assagit.

Il fait un voyage de près de 2 ans en Extrême-Orient, où il se lie avec le consul de France à Fou-Tchéou Paul Claudel dont il sera par la suite l'indéfectible soutien. Il revient au Quai d'Orsay, où son intelligence remarquée et ses relations dans les milieux républicains, littéraires et artistiques parisiens lui valent une carrière rapide.

Le voici bientôt directeur de cabinet du ministre Aristide Briand pendant la Grande Guerre, puis quasi-inamovible Secrétaire Général du Quai d'Orsay, par qui passent toutes les dépêches et d'où partent toutes les instructions diplomatiques.
Il ne met jamais les pieds à l'Élysée pendant la guerre.

Ainsi se tient-il en lisière la présidence de la République dans cette période de quasi-cohabitation avec des gouvernements de gauche de Viviani à Clemenceau.

Le président Raymond Poincaré (de droite) lui en tiendra durablement rigueur et, en 1922, obtiendra sa révocation de la fonction publique pour 10 ans à la suite du soutien apporté dans le dos du ministre des affaires étrangères à la Banque Industrielle de Chine dirigée par son frère André Berthelot.

Philippe Berthelot n'attend que 3 ans et le retour de Briand aux Affaires étrangères pour obtenir sa réintégration au Quai d'Orsay puis à son Secrétariat Général.

Il y reprend ses activités avec son abattage habituel, mais le ver est déjà dans le fruit en la personne d'Alexis Léger, jeune attaché de grand avenir dont il a favorisé le recrutement.

Alexis Léger devient directeur de cabinet de Briand, puis parvient peu à peu à supplanter le Secrétaire Général comme l'avait fait ce dernier 20 ans plus tôt lorsqu'il était lui-même directeur d'un cabinet au sein duquel officiait Paul Morand.

L'histoire s'achève avec la mort de Philippe Berthelot en 1934, puis le refus d'Alexis Léger de suivre le général de Gaulle en 1940 et son installation aux États-Unis où il obtiendra le prix Nobel de littérature en 1960 sous le nom de Saint John Perse, ce qui ne lui vaudra aucun envoi de félicitations de De Gaulle, président de la Ve République à la mémoire d'éléphant.

Le roman Bella de Jean Giraudoux relate, sous les pseudonymes de Dubardeau et Rebendart, la constante inimitié entre les familles Berthelot et Poincaré sous la IIIe République.

Tous ces épisodes sont désormais bien oubliés mais avaient frappé les contemporains, à l'image du diplomate et écrivain espagnol Salvador de Madariaga qui, observant Philippe Berthelot et Alexis Léger dans un bureau du Quay d'Orsay, «placés par le hasard comme deux cariatides à chaque bout d'un long manteau de cheminée», notait : «Berthelot était d'une intelligence éblouissante qui fusait à chaque instant dans ses propos... et hors de propos : point du tout la vivacité d'un simple causeur, mais la force d'un esprit dont les idées révélaient sous leur surface étincelante une pensée substantielle inspirant le respect ; alors que Léger ne disait jamais rien de frappant, rien qui vous forçât à vous laisser distraire du sujet pour admirer le fin mot de la pensée profonde. Il souriait aux mots de l'aîné, peut-être avec plus d'affection que d'admiration, mais n'apportait aux débats que des pensées d'allure courante et qui semblaient s'y inscrire sans effort».

Michel Psellos

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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