Journal d'un attaché d'ambassade

1916-1917

Paul Morand (Gallimard, 444 pages,  1917)

Journal d'un attaché d'ambassade

Réédité par Gallimard, le Journal d'un attaché d'ambassade du romancier Paul Morand est une mine d'informations sur le tout-Paris au plus fort de la Première Guerre mondiale, en 1916-1917.

Paul Morand, lauréat du concours des Affaires étrangères, est d'abord affecté au service du protocole pour s'initier aux us et coutumes d'un Quai d'Orsay dans lequel la moitié des agents portent encore un nom à particule.

Il part ensuite à Londres pour apprendre le métier auprès du célèbre ambassadeur Paul Cambon, puis revient à Paris en août 1916, appelé au cabinet du ministre Aristide Briand par son directeur Philippe Berthelot, esthète qui aimait s'entourer d'écrivains et favorisera la carrière d'Alexis Léger (alias Saint-John Perse sous son nom de poète et futur Prix Nobel de littérature), Paul Claudel et Jean Giraudoux.

Fasciné par le brio de son directeur de cabinet, Paul Morand voit passer dans l'antichambre du ministre tous les hommes politiques et chefs militaires importants de l'époque, assiste aux tentatives avortées de reprise des discussions diplomatiques par l'Autriche-Hongrie et voit la Russie bolchévique s'orienter vers une paix séparée avec l'Allemagne.

Le tout-Paris

Il fréquente des artistes célèbres comme Proust ou Cocteau, des journalistes comme Joseph Reinach qui signait ses articles signés Polybe, et mène une vie sociale brillante en compagnie de la princesse roumaine Hélène Soutzo qu'il épousera plus tard.

Le changement de ministre des affaires étrangères conduit au remplacement du directeur du cabinet par Jules Cambon, ancien ambassadeur rentré d'Allemagne à la déclaration de guerre en 1914, et au départ de Morand pour l'ambassade à Rome.

Malgré ces débuts prometteurs, la suite de la carrière de Morand marquera le pas à cause de son dilettantisme snob et de son tropisme anti-républicain, tandis que ses collègues littérateurs parviendront aux plus hauts postes du Quai d'Orsay.

Mauvaise pioche

Le romancier et diplomate réalise l'exploit discutable de quitter proprio motu son poste de chef de mission à Londres pour rejoindre Vichy lors de l'arrivée du général de Gaulle en juin 1940, traversant ainsi la Manche en sens inverse des premiers résistants. Cela lui vaudra d'être mis à la retraite d'office, avant d'être réintégré comme ambassadeur de Vichy en Roumanie puis en Suisse.

Selon un commentaire du général de Gaulle, «Laval ne lui demandait même pas de rentrer. On ne voulait pas de lui à Vichy et on lui a tenu rigueur de son abandon de poste. Il était victime des richesses de sa femme. Pour les récupérer, il s'est fait nommer ministre de Vichy à Bucarest. Puis, quand les troupes russes se sont approchées, il a chargé un train entier de tableaux et d'objets d'art et l'a envoyé en Suisse. Il s'est fait ensuite nommer à Berne, pour s'occuper du déchargement».

Il sera révoqué du Quai d'Orsay sans pension ni indemnités et restera terré en Suisse après la Libération. De Gaulle ne lèvera l'exclusive contre son élection à l'Académie française qu'en 1968, assez tard pour ne jamais avoir eu à recevoir le nouvel académicien avant son départ de l'Élysée en avril 1969.

Michel Psellos

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 07:42:47

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