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Présidentielle 2027

Le Pen-Hitler et Macron-von Papen : des rapprochements hasardeux

4 octobre 2026. Pauvre Clio ! Notre muse doit être consternée par l’usage qui est fait de l’Histoire. Hitler, le fascisme, le racisme et l’antisémitisme en viennent à occulter les grands enjeux du moment, le déclassement de la France et ses causes profondes que les candidats à la présidence se gardent d'aborder. Comment s'étonner que nombre d'électeurs, par dépit, se tournent vers les extrêmes ?...

L’universitaire Johann Chapoutot, devenu en France depuis quelques années l’historien de référence sur le nazisme, surfe à loisir sur cette vague. Depuis 2024, il se répand dans les médias pour développer ses comparaisons entre l’Allemagne d’avant la prise de pouvoir par Adolf Hitler en 1933 et la France d’avant la supposée prise de pouvoir en 2027 par Marine Le Pen et le Rassemblement National, un parti situé à l'extrême-droite de l'hémicycle parlementaire, comme l'ancien parti nazi... ou comme les royalistes il y a un siècle.

Dans ses derniers essais (La Bascule, Les Irresponsables) et dans ses interventions dans les médias (La Vanguardia, 26 avril 2026, France Inter, 11 septembre 2026, etc.), l'historien fait le rapprochement entre l’« extrême-centre » qui domine la politique française depuis plusieurs décennies et les cabinets présidentiels de centre droit qui ont dirigé l’Allemagne avant les nazis, sous l’égide de Brüning et von Papen.

« En France, l'extrême-droite et l’extrême-centre ont le même ennemi : la gauche, et pas seulement l'extrême-gauche, mais aussi les sociaux-démocrates et les syndicalistes chrétiens. Ils partagent le même électorat, la petite bourgeoisie, les mêmes protecteurs, » affirme-t-il dans La Vanguardia sans souci de contredire toutes les enquêtes électorales qui voient l’électorat du RN plutôt populaire et ouvrier.

De cette prémisse, il tire la conclusion que le président Macron jouerait le rôle du chancelier Franz von Papen convainquit le Reichspräsident Hindenburg d’appeler Hitler à la chancellerie : « Son mandat était de faire barrage à l'extrême droite, et il a fait exactement le contraire. Il joue en réalité le même rôle que Von Papen dans l'histoire. Von Papen était un libéral autoritaire qui a mené des politiques de l'offre, favorisant les employeurs, démantelant l'État-providence et déréglementant le marché du travail ».

Macron, suppute aussi Johann Chapoutot dans le même entretien, aurait envisagé d’appeler Bardella (RN) à Matignon après les législatives de 2024 : « En France et en Europe, certains jouent avec l'extrême droite, comme en témoigne la manœuvre brillante et calculée de Macron visant à nommer Jordan Bardella (président du Rassemblement national) Premier ministre. Il a œuvré pour cela, il a passé des coups de fil. Oui, les situations sont comparables ».

Par précaution, je préviens de suite le lecteur qu’il n’est pas question pour moi de prendre parti pour un candidat (ou une candidate) aux prochaines présidentielles, les 18 avril et 2 mai 2027. Je regrette seulement qu’un universitaire se serve ici de sa caution scientifique pour accréditer une thèse aussi éloignée des faits historiques.

L’Histoire ne se répète pas !

La séduction de Clio vient de ce qu’elle nous fait dialoguer avec nos aïeux. Elle nous rappelle que nous sommes un maillon dans la chaîne des générations, tout l’inverse d’individus livrés à eux-mêmes, sans passé ni avenir.

C’est assez lui demander. N’attendons pas d’elle qu’elle dicte nos choix présents car l’Histoire ne se répète pas. Et quand des acteurs s’avisent de reproduire les modèles du passé, tels les républicains en février 1848 ou Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851, cela vire à la farce selon le mot de Karl Marx.

Dresser un parallèle entre l’Allemagne de 1932 et la France de 2026 ? Pourquoi pas ? À condition de recenser tout à la fois les similitudes et les divergences, celles-ci étant bien plus nombreuses que celles-là.

Hitler prend le pouvoir dans une Allemagne qui est restée une grande puissance industrielle et commence à sortir de la crise de 1929. Son antisémitisme pathologique, son nationalisme outrancier et sa haine de la démocratie dérivent de la défaite dans la Première Guerre mondiale, moins de quinze ans plus tôt. Beaucoup de laissés-pour-compte en conservent un sentiment très vif d’humiliation et aspirent à la revanche.

Fort de ses milices paramilitaires, le parti nazi se présente en rempart face aux communistes du KDP. La démocratie née à Weimar craint ceux-ci plus que tout. Elle garde le souvenir des dictatures féroces qu’ils ont installées en Bavière et en Hongrie. Plus encore, elle s’effraie de leur mentor Staline qui a mis en place en Union soviétique un système concentrationnaire et répressif qui n’a pas encore connu d’équivalent en Europe.

Les communistes eux-mêmes refusent le jeu démocratique à la différence des socialistes du SPD, qualifiés de « sociaux-fascistes » ! En août 1931, ils ont joint leurs voix aux nazis pour faire tomber le gouvernement socialiste du Land de Prusse ! Leur milice paramilitaire s'affronte dans la rue à la milice nazie (les SA). L'une et l'autre recensent plus de cent mille membres et les morts se comptent par dizaines, voire plus.

On est en novembre 1932. Aux élections législatives, le parti nazi entame son recul électoral du fait du retour d’un semblant de prospérité. Hitler comprend qu'il n'a plus aucune chance d'arriver au pouvoir par le suffrage universel. Il fait profil bas. Les dirigeants du centre droit jugent habile de se le concilier pour calmer ses sbires, les SA, et contenir la menace communiste.

Le chancelier Adolf Hitler et le vice-chancelier Franz von Papen procèdent à l'ouverture du Reichstag le 21 mars 1933Franz von Papen, chancelier jusqu’au 3 décembre 1932, là-dessus remplacé par le général Kurt von Schleicher, convainc donc le président Hindenburg d’appeler Hitler à la chancellerie le 30 janvier 1933 et d’offrir trois strapontins aux nazis dans le gouvernement.

On connaît la suite. Hitler prend prétexte de l’incendie du Reichstag, le 27 février 1933, pour installer la terreur et truquer à l’avantage de son parti les élections du 5 mars suivant. La dictature est dès lors en place.

Soulignons à ce propos qu’aucun parti d’extrême-droite n’est arrivé au pouvoir par le suffrage universel. Pas plus les nazis que les fascistes (Italie), les franquistes (Espagne), etc.

Ce rappel montre tout ce qui sépare l’Allemagne de 1932 de la France d’aujourd’hui, sans compter les divergences profondes en matière d’Histoire longue, d’anthropologie, d’économie, de culture, etc.

En Allemagne même, il est permis de s’inquiéter de la montée d’un parti, Alternativ für Deutschland (AFD), dont les dirigeants relativisent les méfaits du nazisme, d'autant que dans le même temps, le chancelier Friedrich Merz s’emploie à reconvertir les usines d’automobile en usines d’armement.

Rien de tel en France. Si l’on doit chercher des points de comparaison pour notre pays, qui n’a jamais assassiné de juifs (sauf sous l’Occupation) ni institutionnalisé le racisme (comme les États-Unis), tournons nos regards vers le pays le plus proche d’elle par la culture et l’anthropologie, à savoir l’Italie !

En 2022, l’Italie était dans une situation sociale et économique aussi critique que la France de 2026, avec une dette publique équivalente à 134% du PIB ! Les législatives de cette année-là ont porté à la tête du gouvernement Giorgia Meloni, présidente de Fratteli d’Italia, un parti d’extrême-droite fondé en 2012 qui se présente ouvertement comme l’héritier du parti néofasciste MSI, avec un électorat similaire à celui du RN. Quatre ans après, Meloni est toujours au pouvoir sans que l’Italie ait vu sa situation s’améliorer… ni sombrer dans le chaos.

Plutôt que tout ramener à Hitler selon un point Godwin obsessionnel, sans doute serait-il donc plus judicieux de comparer la France à l’Italie. Ici comme là, la montée des extrêmes puise aux mêmes souffrances et aux mêmes inquiétudes face un déclin économique et social qui paraît irrésistible. Freiner cette montée impliquerait de combattre ce déclin avec un projet politique cohérent et ambitieux. On en est loin.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2026-10-14 11:03:09

Voir les 17 commentaires sur cet article

jean-louis (11-10-2026 19:05:43)

Bonjour à toutes et tous, il ne faut pas oublier que M. Chapoutot est un historien engagé et "classé" comme LFIste, parti qui soutien le Hamas malgré les 1200morts et 3000blessée sans compter le... Lire la suite

Paul (05-10-2026 18:28:46)

Sans pouvoir émettre un avis consistant sur l'Allemagne des années 30, que je connais mal, je rejoindrai volontiers André Larané, pour dire que la référence obsessionnelle au nazisme, quelque so... Lire la suite

Marc Blasband (05-10-2026 15:03:34)

S'il faut parler de l'histoire qui se répète, je comparerais Trump à Hitler. Les Latinos au lieu des Juifs. Le soutien aux grands industriels. Une rhétorique outrancière. Le rejet de la science.

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