8 juillet 2026. Voilà plusieurs années que la France est figée dans l'attente des présidentielles (18 avril et 2 mai 2027). L'enjeu paraît crucial. La candidate du Rassemblement National fait figure de favorite mais rien n'est à exclure, y compris du côté de La France Insoumise, à l'autre extrémité du spectre politique. Gardons-nous de trop rapides analogies avec la France des années 1930. Tournons-nous plutôt vers l’Allemagne de la même époque : nous découvrirons dans ce miroir le reflet inversé de nos croyances…
Électron libre de la présidentielle de 2017, Emmanuel Macron a été élu par la coalition des modérés de droite, de gauche et du centre sur la promesse de dépasser le clivage droite-gauche. La promesse a été tenue… mais pas de la façon escomptée : le clivage droite-gauche a disparu au profit d’un clivage entre droite radicale et gauche radicale !
Les intentions de vote au premier tour des présidentielles de 2027, publiées par IPSOS (source), donnent un reflet de l’éventail politique au moment présent : - Les sympathisants de la gauche radicale (La France Insoumise et ses alliés communistes et écologistes) comptent pour environ 22% du total,
• Les sympathisants de la droite radicale (Le Rassemblement National et ses alliés) comptent pour environ 38%, soit au total 60%,
• Entre les deux, la gauche social-démocrate, le centre (Édouard Philippe et Gabriel Attal) et la droite se partagent les 40% restants.
Songeons qu’au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, les trois candidats de droite (Sarkozy), de gauche (Hollande) et du centre (Bayrou) avaient réuni à eux trois 64% des voix. Au premier tour des présidentielles de 2017, la droite (Fillon), la gauche (Hamon) et le centre (Macron) n'avaient déjà plus réuni que 52% des suffrages exprimés.
Tout cela ne nous dit rien du candidat qui sortira vainqueur du second tour le 2 mai 2027 mais nous donne la mesure des divisions françaises au terme d’une décennie qui restera dans les mémoires comme un decennium horribile.
En 2017, les législatives qui ont suivi les présidentielles ont donné au nouveau président une majorité étriquée, l'obligeant à courtiser la droite conventionnelle. En 2024, n'ayant plus de majorité du tout, il a dû composer avec la gauche, les écologistes et l'extrême-gauche, jusqu'à détricoter sa loi sur les retraites. Le prochain président a encore moins de chance d'obtenir une majorité pour gouverner. Si la candidate du RN est élue à la tête de l'exécutif, sans doute devra-t-elle composer avec les droites... comme son homologue italienne Giorgia Meloni. Si l'élu est un candidat issu du centre, il devra comme l'actuel président composer avec la gauche et l'extrême-gauche et naviguer à la godille...
Singularités françaises
L'effondrement des partis conventionnels est tout à fait inhabituel en France comme ailleurs. Ainsi aux élections législatives de mai 1936 qui avaient vu la victoire du Front populaire, les partis de gouvernement, hors parti communiste, rassemblaient environ les quatre-cinquièmes des suffrages exprimés. Il est vrai qu'il n'y avait pas de parti significatif à l'extrême-droite.
La situation électorale de la France, au terme de la décennie Macron, se compare bien plus sûrement à celle de l'Allemagne de 1932, laquelle vivait encore sous le régime très démocratique issu de la Constitution de Weimar, avec un chancelier du centre droit, Heinrich Brüning. Celui-ci ayant dû remettre sa démission le 1er juin 1932, des élections législatives sont organisées le 31 juillet suivant puis à nouveau le 6 novembre 1932.
Aux élections de juillet 1932, l'extrême-droite nationaliste, à savoir le NSDAP (nationaux-socialistes) et le DNVP, rassemblent 43% des voix et, à l'autre bout du spectre, le KPD (parti communiste) 14%, soit au total 57% ; les partis conventionnels totalisent un peu plus de 40% des suffrages exprimés (comme en France aujourd'hui).
Aux élections de novembre 1932, le parti nazi régresse de 37 à 33% des suffrages et les communistes progressent de 14 à 17%. La répartition entre partis conventionnels et partis extrémistes reste globalement stable : 40% pour les premiers, 60% pour les autres.
Gardons-nous toutefois de prolonger le parallèle. Il n'y a rien de très comparable entre la société française de 2026 et la société allemande de 1932. Surtout, les programmes et les pratiques des partis extrémistes n'ont eux-mêmes rien de comparable. La France Insoumise ne saurait se comparer au parti communiste allemand (KPD) inféodé à Staline, pas plus que le Rassemblement National au NSDAP de Hitler ! Notons aussi que le KPD, le NSDAP et quelques autres partis allemands de cette époque disposaient de milices paramilitaires redoutables, ce qui n'est heureusement pas le cas aujourd'hui en France.
Une précision historique s'impose enfin : aucun parti d'extrême-droite ou d'extrême-gauche n'est arrivé au pouvoir dans une élection libre au suffrage universel. Mussolini et Hitler ont pu s'imposer grâce aux jeux d'alliances tortueux des partis dits modérés. Le respect scrupuleux du suffrage universel reste la meilleure garantie contre les aventures malheureuses.
Le NSDAP (Parti nazi) comme grille de comparaison
Les tableaux ci-dessous proposent de confronter trois mouvements politiques appartenant à des époques et à des contextes radicalement différents : le NSDAP (le parti national-socialiste allemand de l'époque de Weimar), La France insoumise et le Rassemblement national. La comparaison porte sur des critères identiques : style politique, rapport aux institutions, organisation, idéologie et sociologie électorale.
Une ressemblance sur un critère particulier ne signifie pas une équivalence historique. Il appartient au lecteur d'apprécier les ressemblances, les différences et surtout les limites de toute comparaison historique.
| Critère | NSDAP (années 1920-1933) | La France Insoumise | Rassemblement national |
| Rapport aux élites | Très hostile | Très hostile | Très hostile |
| Leadership | Culte du chef | Leadership très personnalisé autour de Jean-Luc Mélenchon | Leadership personnalisé autour de Marine Le Pen et de Jordan Bardella |
| Critique des institutions | Rejet de la démocratie parlementaire | Rejet de la Ve République, proposition d'une VIe République | Critique des institutions européennes, acceptation du cadre constitutionnel français |
| Usage de la rue | Oui | Oui (manifestations, mobilisation sociale) | Priorité au terrain électoral |
| Violence organisée | Oui (SA) | Pas d'organisation paramilitaire | Pas d'organisation paramilitaire |
| Nationalisme | Extrême, racial | Faible | Fort, civique et identitaire |
| Antisémitisme | Élément doctrinal central | Non doctrinal mais polémiques récurrentes sur les déclarations de Jean-Luc Mélenchon | Héritage historique du Front national, mais rejet officiel depuis plusieurs années |
| Rapport au suffrage universel | Instrument pour accéder au pouvoir puis l'abolir | Participation pleine au jeu électoral | Participation pleine au jeu électoral |
| Aspect | NSDAP (fin des années 1920) | LFI | RN |
| Implantation | Villes moyennes, petites villes, puis campagnes protestantes | Grandes métropoles, banlieues populaires et musulmanes | Villes petites et moyennes, cités ouvrières, espaces ruraux et périurbains, outre-mer |
| Ouvriers | Progression tardive | Importants | Très importants |
| Employés | Oui | Oui | Oui |
| Classes moyennes | Très importantes | Plutôt diplômées du secteur public et des services | Plutôt classes moyennes inférieures et indépendants |
| Jeunes | Oui | Très forte présence chez les étudiants et les inactifs | Forte présence chez les jeunes travailleurs |
| Diplômés du supérieur | Présence d'étudiants et d'intellectuels, mais électorat global peu diplômé | Surreprésentés par rapport à la moyenne nationale | Sous-représentés par rapport à la moyenne nationale |
| Vote populaire | Important à partir de 1930 | Important | Très important |















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Voir les 10 commentaires sur cet article
Christian (16-07-2026 08:31:28)
Je partage en grande partie l’analyse de Gemo10 sur la colère ressentie par de nombreux électeurs à la suite des abandons de souveraineté qui ont rendu les partis de droite et de gauche traditio... Lire la suite
Gemo10 (13-07-2026 17:00:11)
Quand j'entends certaines personnes pousser des cris d'orfraie à l'annonce de la prochaine affiche électorale, je leur réponds: " A qui la faute?" Pour ma part, j'ai compris depuis longtemps que l... Lire la suite
Coche (12-07-2026 17:43:17)
Comparaison n'est pas raison. L'effondrement des partis conventionnels en France, comme ailleurs, provient de l'abandon, par cette dernière, de ses pouvoirs régaliens et économiques à l'Union eur... Lire la suite