« Tout a été attaché et bien attaché. » Cette phrase a été prononcée par le général Francisco Franco, le dernier dictateur espagnol, en décembre 1969. Il venait de désigner Juan Carlos de Borbón, petit-fils de l’ancien roi Alphonse XIII, comme son successeur à la tête de l’État espagnol.
Le Caudillo (« guide ») était convaincu qu’en restaurant ainsi la monarchie, il assurerait la continuité, au-delà de sa mort, du régime né après sa victoire dans la guerre civile espagnole de 1936-39. Mais l’Histoire, souvent facétieuse, allait prendre une tournure très différente…
Une « Transition » démocratique et sociale inespérée
« En 1975, l’Espagne était un pays avec une faible projection internationale, entravé par la dictature franquiste et isolé des principales institutions politiques et économiques occidentales », commente Carlos Sanz Díaz, professeur d’Histoire à l’Université Complutense de Madrid et à l’École diplomatiqueSanz Díaz. « Bien qu'elle ait obtenu un certain degré de reconnaissance internationale dans les décennies précédentes, elle était toujours considérée comme une anomalie en tant que dernier régime autoritaire en Europe occidentale. Malgré son alliance avec les États-Unis pendant la Guerre froide, sa participation à l’ONU (depuis 1955) et au FMI (depuis 1958), l’Espagne ne faisait partie de la CEE ni de l’OTAN, et son régime politique la maintenait à l’écart des démocraties du Vieux Continent. Sa politique étrangère était marquée par le pragmatisme économique et les relations avec l’Amérique latine, le monde arabe et certains pays du bloc anticommuniste ».
Mais la mort de Franco, le 20 novembre 1975, et le couronnement du roi Juan Carlos Ier, le 27 novembre 1975, vont conduire le pays à des transformations sans précédent dans tous les domaines, économique, politique et social. « La société espagnole et ses valeurs changent alors à un rythme vertigineux, avec la sécularisation (53,6% de catholiques en 2024 contre 88% en 1975), l’ouverture vers l’extérieur et la configuration d’une société plus pluraliste et diverse, » note le professeur Sanz Díaz.
Sans attendre, le jeune roi fait voter une nouvelle Constitution qui se veut très démocratique, en rupture avec la dictature franquiste. La censure et la justice d’exception disparaissent, l’ancien ordre moral semble s'effondrer d'un coup. Ces années festives, baptisées Movida, sont un moment de grâce et d'euphorie pour l'Espagne. En marge des nostalgiques de l'ordre ancien, la jeunesse se déchaîne de toutes les manières...
Au terme d’une « Transition » de 50 ans, l’Espagne fait figure de « démocratie intégrale » dans les évaluations internationales, avec un haut degré de décentralisation administrative et la plus grande décentralisation fiscale en Europe puisque les Communautés autonomes (régions ou provinces) peuvent gérer et percevoir certains impôts pour fournir des services publics essentiels.
Selon l’indice de démocratie de The Economist de 2024, qui évalue des aspects tels que les processus électoraux, le pluralisme, les libertés civiles et la participation politique, l’Espagne occupe la 21e place mondiale en termes de qualité démocratique, avec un score de 8,07 sur 10 (à égalité avec la France).
Ce n'est pas tout. D’une économie centrée sur l’agriculture et le tourisme en 1975, l’Espagne est passée à une économie diversifiée et moderne, avec une industrie manufacturière performante à l’exportation et un PIB (Produit intérieur brut) qui progresse de 36 126 millions d’euros en 1975 à 1 244 757 millions en 2019. Le niveau de vie augmente de 1 107 euros (PIB par habitant) en 1975 à 30 990 euros en 2023 (montant ajusté pour l’inflation).
En 1986, l’entrée de l’Espagne dans la CEE a stimulé les exportations et attiré les investissements étrangers. D’une inflation de plus de 20 % en 1975, on est retombé à 3,5% en 2024. En ce qui concerne la dette publique, en 1975, elle représentait 16,6% du PIB, et en 2024, elle atteignait 105,6% du PIB, reflétant les défis fiscaux après la crise financière et la pandémie de COVID-19.
Un autre classement de The Economist place la performance économique de l’Espagne en tête des 37 pays de l’OCDE (décembre 2024). La croissance du PIB espagnol en 2024 a atteint 3,2 % (quatre fois plus que la moyenne de la zone euro, qui était de 0,8 %). De plus, en tant que locomotive de l’Europe, l’Espagne représente 40 % de la croissance économique de la zone euro, dépassant significativement l’Allemagne et la France.
Les gouvernants de tous bords à l’œuvre
La modernisation socio-économique de l’Espagne ne s'est pas réalisée du jour au lendemain. Elle est le fait d’une volonté politique consensuelle, à droite comme à gauche, ainsi que le montre la succession rapide des présidents du gouvernement au palais de la Moncloa : Suárez, González, Aznar, Rodríguez Zapatero, etc. Chacun d'eux a laissé son empreinte sur le pays, affrontant des défis et promouvant des réformes qui ont transformé la société espagnole.
- Carlos Arias Navarro (novembre 1975-juillet 1976) : « Franco est mort »
Nommé par le général Franco, Carlos Arias Navarro n'a pas été capable de répondre aux attentes de changement immédiat des citoyens ; diverses protestations et manifestations ont eu lieu dans les rues, et son désaccord avec la Couronne a conduit à sa démission. Le roi Juan Carlos I a nommé Adolfo Suárez président du gouvernement en juillet 1976.
- Adolfo Suárez : « Je peux promettre et je promets »
Ancien secrétaire général du Movimiento (l'appareil d'État de l'Espagne franquiste entre 1937 et 1977), Adolfo Suárez a été déterminant dans le saut vers la modernisation du pays. Il a remporté les élections de 1977 à la tête de l'UCD centriste, et a de nouveau triomphé en 1979. Il a obtenu la bienveillance et le soutien de la gauche, de la droite et même de l'ancien régime.
Sous son mandat, dès 1977, l'Espagne a adhéré au Conseil de l'Europe, le club des démocraties européennes. C’était un an avant que soit approuvée par référendum une Constitution démocratique. C’est aussi sous son gouvernement que tous les partis politiques ont été légalisés, y compris le Parti communiste espagnol.
Les premières élections démocratiques depuis la guerre civile ont pu avoir lieu, et en point d'orgue, la Constitution de 1978 a été rédigée, marquant un grand exercice de concorde sociale où les deux camps de la guerre faisaient table rase et regardaient vers l'avenir : le résultat a été la consolidation de la démocratie et la stabilité nationale après la dictature franquiste.
Suárez a vécu une époque de grands changements qui a coïncidé avec le premier choc pétrolier. En 1975, selon les données de l'ONU, l'Espagne occupait la 10e place (11 431 millions de dollars) des pays par leur PIB (la France se trouvait à la 5e place du classement, avec 357 042 millions de dollars). L'inflation en 1976 était de 20 %.
Avec son parti en chute libre, il a dû démissionner en 1981 et s'est retiré de la politique. Il a été remplacé par Leopoldo Calvo-Sotelo (UCD, février 1981-décembre 1982), sous le gouvernement duquel l'Espagne a adhéré à l'OTAN (mai 1982), l'armée a été démocratisée (après le coup d'État manqué du 23 février 1981) et la loi sur le divorce (1981) a été approuvée, créant une certaine controverse au sein des rangs centristes.
- Felipe González (PSOE) : « Qu’il soit blanc ou noir, l'important est que le chat attrape des souris »
González a gouverné pendant trois législatures, de 1982 (avec la majorité absolue) à 1993 (en pactisant avec les nationalistes catalans et basques). Sa vocation européiste et son esprit modernisateur n'ont été contrariés que par l'augmentation du chômage et la corruption du gouvernement.
Le cabinet a dévalué la peseta, contrôlé le déficit et mené l'Espagne à une reconversion industrielle qui a touché les industries sidérurgique, textile, navale et le secteur bancaire, très affectés par le deuxième choc pétrolier. Cela a généré de nombreux licenciements : en 1985, le taux de chômage a atteint 22 %.
Le 14 janvier 1986, l’Espagne est entrée dans la Communauté économique européenne (CEE, aujourd’hui Union européenne), en même temps que le Portugal. Son isolement séculaire a été rompu et son économie a enregistré dès lors des croissances annuelles de 5 %.
Les relations avec la France se sont améliorées et une étroite collaboration a été établie pour mettre fin à l'impunité du groupe terroriste ETA dans son sanctuaire français. En 1982, la frontière avec la colonie britannique de Gibraltar, fermée depuis 1969, a été ouverte. Un autre pas important a été la reconnaissance de l'État d'Israël en 1986.
L'avortement a été dépénalisé en 1985, soit dix ans après la France, dans trois cas : viol, malformation du fœtus et risque pour la santé physique ou mentale de la mère, et en 2010 (sous Zapatero), une loi a légalisé l'avortement jusqu'à la 14e semaine de grossesse.
En 1992, trois événements ont symbolisé la renaissance de l'Espagne sur la scène mondiale et son intégration dans la communauté internationale : les Jeux Olympiques de Barcelone (un immense succès planétaire), l'Exposition Universelle de Séville et la célébration du cinquième centenaire de la Découverte de l'Amérique.
L’économie n’en était pas moins à la peine avec, en 1993, trois millions de chômeurs (24 % de la population active), 5% d'inflation et un déficit public de 6 % du PIB…
- José María Aznar (1996-2004) : « L’Espagne va bien »
Sous Aznar (PP), l'économie redémarre et connaît une croissance exponentielle, le chômage chute et l'inflation est réduite à des niveaux historiques.
Un programme de mesures a été mis en œuvre pour répondre aux exigences imposées par l'UE afin de pouvoir adopter l'euro comme monnaie commune : ainsi, l'Espagne a fait partie du groupe des onze pays de l'UE qui ont adopté la monnaie unique.
Aznar s'est appuyé sur une politique de privatisations de grandes entreprises publiques (Telefónica, Repsol...) qui s'est traduite par l'entrée de revenus extraordinaires dans les caisses de l'État. Cela a permis de réduire la dette publique et le déficit.
La croissance économique a amené une « bulle immobilière » et la construction de logements est devenue le principal moteur de l'économie.
En 1997, Aznar a décidé d'incorporer le pays à la structure militaire de l'OTAN et, face à la multiplication des objecteurs de conscience, il a mis fin au service militaire obligatoire.
Après les attentats contre les Twin Towers le 11 septembre 2001, Aznar a aussi soutenu les actions militaires américaines en Afghanistan et en Irak (2021).
- José Luis Rodríguez Zapatero (2004-2011) : « Je ferai tout ce que je peux et un peu plus que ce que je peux, si cela est possible. Et je ferai tout ce qui est possible et même l'impossible, si l'impossible est possible »
Zapatero (PSOE) a impulsé plusieurs réformes sociétales : le mariage entre personnes de même sexe en 2005 (soit huit ans avant la France) ; la loi sur l'égalité des sexes (2007, avant la Loi Copé-Zimmermann de 2011) ; la loi contre la violence de genre ; la réforme du travail avec l'assouplissement des licenciements ; le report de l'âge de la retraite à 67 ans et l'augmentation du temps de cotisation requis ; la « Loi Sinde » (équivalent de la loi Hadopi pour la protection des œuvres sur internet) ; une loi sur la dépendance (2006), avec un financement étatique et des normes plus structurées que la législation française dans ce domaine, et une loi mémorielle (2007) qui reconnaît les victimes républicaines de la guerre civile, encourage l'exhumation de leurs fosses et condamne le régime de Franco.
- Mariano Rajoy (PP, 2011-2018) : « Vive le vin »
Rajoy a pu réaliser une série de réformes structurelles pour combattre la crise économique : réforme du travail assouplissant les licenciements, fusions bancaires, réduction du déficit public (8 % du PIB) incluant des coupes dans les services et les dépenses publics, et augmentation de la TVA. Il n’a pu aller plus loin du fait d’une motion de censure consécutive à la corruption dans son parti.
- Pedro Sánchez (PSOE, 2018-…) : « Je suis un politicien propre »
Sánchez est arrivé au pouvoir en coalition avec une plateforme de groupes à la gauche du socialisme, mais n'a pas non plus échappé à la stigmatisation de la corruption (qui a éclaboussé son entourage familial et son équipe gouvernementale).
Sánchez développe des politiques qui se veulent progressistes : légalisation de l'euthanasie (2021, l’Espagne étant l'un des rares pays au monde à le faire ; réduction de la semaine de travail de 40 à 37,5 heures d'ici la fin de 2025 ; augmentation du salaire minimum interprofessionnel de 750 euros (2019) à 1 200 euros (2024).
D'autres initiatives du gouvernement Sánchez incluent la loi de mémoire démocratique (2022) et la loi sur le changement climatique et la transition énergétique (l'Espagne s'est positionnée comme une destination attractive pour l'investissement dans les énergies renouvelables.
Dans ce domaine, l'Espagne a réussi à diriger des projets d'hydrogène vert en Europe, avec un portefeuille de projets représentant 22,6 % de la capacité totale de ce type d'initiatives en Europe. Elle a également réussi à attirer les investissements étrangers, doubles de ceux de l'Allemagne, de l'Italie et de la France, atteignant 3 % du PIB en 2023 et 2024.
Entre 1957 et 1960, le régime franquiste avait ouvert l'Espagne au tourisme international avec le slogan Spain is different ! Ce message est plus que jamais d'actualité. Et cette fois-ci, sans aucune fioriture publicitaire.
« D’un pays isolé et avec peu d'influence mondiale en 1975 », se félicite le professeur Sanz Díaz, « l'Espagne est devenue un partenaire clé dans les institutions internationales, contribuant à la gouvernance mondiale et défendant les valeurs démocratiques sur la scène internationale. Aujourd'hui, elle est un acteur important sur la scène internationale, invité permanent du G20, membre éminent de l'UE, de l'OTAN et d'autres organisations multilatérales comme l'OCDE et l'OMC. Sa diplomatie est alignée sur les priorités européennes et atlantiques, mais elle maintient une relation forte avec l'Amérique latine, la Méditerranée et le monde arabe. De plus, elle a renforcé son rôle dans les missions de paix et de sécurité, mettant en avant sa contribution aux opérations de l'ONU et de l'OTAN. »
Depuis la fin du franquisme, la France a régulièrement soutenu sa voisine. À partir de 1984, la coopération policière et judiciaire a permis de traquer l’ETA, organisation terroriste basque, dans ses sanctuaires français, et en 1992, un coup fatal a été porté à la direction du groupe terroriste à Bidart.
La France a aussi parrainé l’entrée de l’Espagne dans la CEE en 1986… après s’y être longtemps opposée par crainte de la concurrence dans le secteur agricole.
Les relations économiques entre les deux pays se sont depuis lors considérablement renforcées : en 2021, la France était le premier client de l’Espagne et son troisième fournisseur). Elle est aussi le troisième investisseur étranger en Espagne, avec 2 900 filiales françaises employant 380 000 personnes.
Le « miracle économique » espagnol
En termes de volume, le PIB de l’Espagne se montait en 2024 à 10 % du total de la zone euro, dépassé seulement par l’Italie (14,5 %), la France (19 %) et l’Allemagne (29 %) ; mais l’écart avec ses devanciers tendrait à se réduire depuis trois ans (2022-2024), selon les chiffres d’Eurostat.
Ainsi, en 2023, le PIB de l’Espagne avait crû de 2,7% contre 0,4% seulement pour l’ensemble de la zone euro. La prévision d’Eurostat pour 2025 confirme les bons augures : zone euro, + 1,3% ; France, + 0,8% ; Espagne, +2,3 %.
Aujourd’hui, la patrie de Cervantès est la cinquième puissance mondiale en données ouvertes, utiles et réutilisables selon le dernier rapport OURdata de l’OCDE (la France est à la deuxième place). Selon UN Tourisme (anciennement connue sous le nom de UNWTO), l’Espagne est enfin le deuxième pays du monde en nombre de nuitées (la France est le premier).
« L’Espagne est un miracle économique européen », fait remarquer Javier Morillas, professeur d’économie appliquée titulaire à l’Université CEU San Pablo et conseiller du Tribunal des Comptes du Royaume d’Espagne. « Et cela, malgré le fait que nous disposons d’un niveau d’eau plus bas par mètre carré et d’un plus grand volume de chaînes montagneuses que le reste du continent. Les infrastructures nous coûtent plus cher qu’à nos voisins. »
La population de l’Espagne a crû de 35,9 millions d’habitants en 1976 à plus de 48,5 millions en 2024 mais cette population vieillit vite. Les causes ? Une natalité divisée par deux en cinquante ans, de 669 378 naissances en 1975 à 322 000 en 2023, en lien avec un indice de fécondité qui était encore en 1975 parmi les plus élevés d’Europe (2,79 enfants par femme) et est aujourd’hui parmi les plus faibles du monde (1,19), avec un premier enfant à 31,6 ans en moyenne.
L’amélioration des conditions d’existence se lit dans l’espérance de vie moyenne, passée de 73,3 ans en 1975 à 84 ans en 2024, soit la plus haute de l’UE selon Eurostat (France : 83,1 ans).
Cherchez l’immigrant
Depuis l’Antiquité, la société hispanique se caractérise par le brassage de différentes cultures, dans un mélange historique de diverses civilisations. Mais alors que l’Espagne a été pendant près de cinq siècles un grand pays d’émigration (vers l’Amérique latine comme vers la France), elle est devenue depuis la fin du XXe siècle un pays d’accueil et, maintenant, reçoit des immigrants tant d’Amérique latine que du Maroc et d’ailleurs (ne dit-on pas aussi que certains Français seraient maintenant tentés par l’Eldorado espagnol ?).
Cette immigration, encouragée par les autorités, tempère le déclin de la population. Divers observateurs s’accordent à dire qu’elle est aussi essentielle à la croissance économique de l’Espagne. Ainsi, écrit le cabinet Freemarket Corporate Intelligence (octobre 2024), les immigrants contribuent à la croissance économique espagnole en renforçant la population active, en couvrant les déficits dans des secteurs clés tels que l’hôtellerie et l’agriculture, et en augmentant la demande interne.
Le boom migratoire a débuté à la fin du XXe siècle. Le rebond de l’économie a alors fait de l’Espagne une destination attrayante, faisant passer la population étrangère de moins de 2 % de la population totale en 1998 à plus de 12 % en 2010.
La récession économique de 2008 a ralenti les flux et provoqué le départ de certains immigrants ; mais depuis 2015, la reprise économique a revitalisé l’immigration. Au 1er janvier 2025, la population de nationalité étrangère en Espagne était de 6 853 348 personnes (14 % du total), et la population née à l’étranger atteignait 9 379 972 (19,1 % du total).
Selon l’Office Statistique Communautaire (Eurostat), l’Espagne a été ainsi en 2023 le pays de l’UE qui a le plus naturalisé d’étrangers (240 208 citoyens). Le pays de Cervantès avait déjà été en tête de ce classement en 2011, 2013, 2014 et 2021 (la France l’a été entre 2008 et 2010).
Cette politique d’ouverture a aussi son revers avec une importante immigration irrégulière qui peine à s’incorporer à la population active (selon des sources policières, en janvier 2025, l’Espagne représentait près de 65 % du total de l’immigration illégale en Europe).
Zones d’ombre
L’Espagne a effacé en un demi-siècle une grande partie de son retard sur le reste du continent, mais son parcours comporte encore bien des zones d’ombre.
26 % des Espagnols se classent ainsi sous le seuil de pauvreté ; de plus, le revenu disponible des familles demeure inférieur à celui de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et du reste de la zone euro. À cela s’ajoutent la difficulté d’accéder à l’achat d’un logement et surtout le chômage : 10,4% de la population active en janvier 2025, soit le taux le plus élevé de l’UE (7,5 % en France).
Ce taux élevé est dû à la volatilité de l’emploi face à des crises comme celle de 2007-2013, qui a conduit à la perte de 3,6 millions d’emplois (dans la même période, la France en a créé 83 000 !). Entre 2004 et 2007, l’Espagne était la huitième économie mondiale, puis vinrent les crises financières, la crise de la dette souveraine et la récession provoquée par la pandémie, de sorte qu’aujourd’hui, elle n’est plus que la quinzième économie mondiale en volume du PIB.
Les autres zones d’ombre sont la productivité du travail (8 % en-dessous de la moyenne européenne) et le niveau relativement faible des salaires. En 2025, le salaire moyen espagnol est de 32 500 euros contre 42 800 en France, tandis que le salaire minimum espagnol représente 1 184 euros par mois et le français, 1 766.
Restent les lourdeurs administratives. « Le cadre institutionnel, qui s'est détérioré au cours des sept dernières années, doit être amélioré », déclare le professeur Javier Morillas. « Nous devons réduire le pouvoir discrétionnaire du gouvernement dans l'attribution des fonds européens Next Generation. Il est également nécessaire d'éliminer de nombreuses subventions qui sont utilisées pour générer des réseaux clientélistes, et de réduire le déficit et la dette publique qui soutiennent largement la croissance assistée de notre économie. Il est également nécessaire d'alléger la charge du secteur public et des entreprises et fondations publiques en actualisant le programme CORA (Commission pour la Réforme de l'Administration publique). Un nouveau plan est nécessaire pour dynamiser les infrastructures, notamment le fret ferroviaire. Il serait également nécessaire d'entreprendre un nouveau plan hydrologique national, de stimuler l'esprit d'entreprise et l'image de l'entrepreneur en tant que générateur de richesse et d'emploi, ainsi que de réorienter l'Espagne sur la scène internationale, en prenant ses distances avec les populismes latino-américains et les narco-états. Une lutte frontale contre le trafic de drogue est également nécessaire, en commençant par déclarer une zone d'intervention spéciale à Cadix, dans le détroit de Gibraltar et dans le Guadalquivir. En outre, l'Espagne a besoin d'une lutte déterminée pour le contrôle des frontières contre l'immigration illégale ; l'élimination des aspects juridiques qui favorisent les squatters ; et elle a également besoin de récupérer l'esprit constitutionnel et de la Transition, en abrogeant la loi corrosive et diviseuse de la mémoire démocratique ».










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Voir les 6 commentaires sur cet article
Gallus (28-04-2025 19:55:45)
Petite précision……. la citation sur les chats blancs ou noirs est de Deng Xiaoping…pas de Felipe Gonzalez
Gallus (28-04-2025 15:41:51)
Dernière minute….la juge de Badajoz vient de prendre un acte d’inculpation pour prévarication et trafic d’influence contre le Frère de P. Sanchez. Les prochains seront l’épouse de Sanch... Lire la suite
Bernard (28-04-2025 12:27:20)
Article passionnant sur cette remarquable évolution de notre voisine et amie. Cependant, serait-il possible à Herodote.net d'éviter de copier/coller des pans entiers du bréviaire ultra-libéral du... Lire la suite