Geoffrey Parker (Folio Histoire, 448 pages, 11,70 euros, 2013)
Cette réédition en septembre 2013 dans la collection de poche Folio Histoire d’un livre paru il y a 21 ans chez Gallimard est une heureuse surprise pour l’amateur d’Histoire, qui se contente en général de quelques remarques éparses à l’occasion de ses lectures sur les techniques et stratégies militaires employées, mais qui est peu habitué aux études systématiques accessibles à des non-spécialistes du sujet.
Geoffrey Parker fait remarquer à juste titre que l’hégémonie européenne sur une grande partie de la planète entre 1500 et 1800 tient non seulement à sa révolution industrielle, thème bien connu, mais aussi à une révolution dans l’art militaire, thème plus méconnu. La généralisation de l’usage des armes à feu et de l’artillerie avec les bouleversements tactiques et stratégiques qui l’accompagnent, la rénovation de l’art des fortifications systématisée en France par Vauban mais commencée en Italie dès le début du XVIème siècle, ainsi que les perfectionnements apportés à la marine militaire, ont conféré un avantage décisif aux pays européens qui les ont initiés.
L’amateur d’Histoire en prend conscience de façon ponctuelle lorsqu’il se penche sur la façon dont les conquistadores espagnols parvinrent à terrasser avec quelques centaines de combattants européens les empires aztèque et inca forts de millions d’hommes, ou lorsqu’il constate que les empires ottoman, perse ou indien utilisaient des officiers européens comme instructeurs pour moderniser leurs armées.
Le mérite de ce livre est de systématiser cette approche, pour établir qu’une véritable révolution militaire faite de modernisation technique et d’augmentation continue des effectifs se met progressivement en place, pour culminer avec les guerres françaises de la Révolution puis de l’Empire. Elle aura permis aux Portugais, Anglais, Français, Espagnols et Hollandais d’assurer en trois siècles leur domination sur l’Amérique avant l’indépendance de ses colonies, l’Inde, les côtes africaines et indonésiennes.
Seuls trois pays parviendront à résister jusqu’au XIXème siècle à cette emprise militaire de l’Occident : la Chine, la Corée et le Japon, jusqu’à ce que l’invention du navire cuirassé et du canon à tir rapide finisse par les mettre eux aussi à genoux. La force de leurs civilisations et leur éloignement de l’Occident contribuent à l’expliquer, tout en notant que l’invention de la poudre par la Chine aurait pu lui permettre d’assurer sa propre hégémonie, si elle avait su en développer l’utilisation comme le firent les stratèges militaires européens.
Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47
Vos réactions à cet article
Recommander cet article
Aucune réaction disponible