Aventureux Hollandais

La naissance tumultueuse des Pays-Bas

Sur l'embouchure de l'Escaut et du Rhin, au débouché de l'Europe centrale et face aux îles britanniques, les Provinces-Unies ont relevé avec éclat le défi d'une nature hostile et puisé dans le commerce et l'industrie, en particulier le tissage, les ressorts d'un fabuleux destin. 

Ces sept provinces du nord des Pays-Bas sont passées à la fin du Moyen-Âge sous la tutelle des ducs de Bourgogne puis sous celle des Habsbourg.

Léguées à la couronne d'Espagne suite à l'abdication de l'empereur Charles-Quint, elles se sont révoltées contre leur nouveau souverain pour des raisons religieuses, leurs habitants ayant rejeté massivement le catholicisme et adopté la doctrine réformée de Calvin.

Par l'Union d'Utrecht du 23 janvier 1579, elles se sont ainsi constituées en confédération sous le nom de « Provinces-Unies » (communément appelées Hollande, du nom de la province principale, elles forment aujourd'hui le royaume des Pays-Bas).

Au terme d'une longue guerre d'indépendance, la « Guerre de Quatre-Vingts ans », elles ont pu ainsi devenir le premier des États modernes, avec une économie capitaliste, la première Bourse des valeurs et un empire colonial très rentable, avec également un régime républicain oligarchique d'un caractère inédit, avec enfin des artistes qui ont bouleversé notre perception de la vie.

Vue d'Amsterdam au XVIIe siècle (Musée Condé, Chantilly)

Le difficile apprentissage de l'indépendance

Dès la proclamation de leur indépendance, les farouches rebelles, au demeurant de respectables bourgeois calvinistes, improvisent un régime d'assemblée sur la base des états généraux qui réunissent les délégués des Sept Provinces. Mais deux magistrats principaux se disputent la conduite du pays. D'une part le stathouder général, issu de la famille de Nassau, qui a principalement une fonction militaire et pousse à la centralisation du pouvoir ; d'autre part le Grand Pensionnaire des États de Hollande, qui représente la puissante oligarchie marchande et veille à l'autonomie des provinces et des villes.

Johann Oldenbarnevelt (atelier de Michiel Jansz. van Mierevelt, Rijksmuseum, Amsterdam)Maurice de Nassau a 17 ans quand il devient stathouder général après l'assassinat de son père Guillaume le Taciturne, le 10 juillet 1584. Il va poursuivre la guerre contre les Espagnols jusqu'à obtenir enfin une « trêve de Douze Ans », le 9 avril 1609.

Cette période de paix va porter sur le devant de la scène le Grand Pensionnaire Johann Van Oldenbarnevelt et le juriste républicain Hugo Grotius, inventeur du droit international. Les marchands et armateurs développent à qui mieux mieux la flotte néerlandaise.

La VOC (Compagnie des Indes orientales) multiplie les comptoirs sur toutes les mers du monde. C'est notamment à cette époque qu'une île de l'océan Indien reçoit le nom de Maurice, en l'honneur du stathouder

La prospérité générale fait aussi l'affaire des artistes tels Rembrandt et Vermeer. 

Mais les dissensions religieuses offrent bientôt au stathouder l'occasion de se rappeler au bon souvenir de ses concitoyens. Alors que la trêve arrive à son terme, il prend le parti de la faction intégriste opposée au Grand Pensionnaire et fait exécuter celui-ci malgré son grand âge, 72 ans. Grotius arrive quant à lui à s'enfuir.

Cependant que la guerre reprend avec les Espagnols, Maurice de Nassau s'éteint le 23 avril 1625 et se voit remplacer par son frère Frédéric-Henri. Celui-ci remporte succès après succès mais ne peut lever le blocus de Breda, une cité stratégique au sud du pays, dans le Brabant, assiégée par le général Spinola. Son défenseur Justin de Nassau se rend avec les honneurs le 5 juin 1625...

Dix ans plus tard, Vélasquez va tirer de cet événement l'un des chefs-d'oeuvre de l'art occidental : La reddition de Breda ou Les lances (musée du Prado).

La reddition de Breda ou Les lances, 5 juin 1625 (Diego Velasquez, 1634, musée du Prado, Madrid)

En attendant, Frédéric-Henri tient à La Haye une cour princière et n'hésite pas à marier son fils Guillaume à une fille du roi d'Angleterre Charles 1er, visant sans le dire à l'instauration d'une monarchie au profit de sa famille.

Quand il meurt le 14 mars 1647, son fils lui succède naturellement comme stathouder général sous le nom de Guillaume II.

Frédéric-Henri d'Orange-Nassau (29 janvier 1584, Delft - 14 mars 1647, La Haye)Il a 20 ans et ne rêve que de prolonger la guerre contre l'Espagne en s'alliant à la France de Louis XIV et Mazarin. Il ne peut empêcher cependant que se conclue enfin la paix au congrès de Westphalie. En octobre 1648, par le traité de Münster, l'ensemble des chancelleries européennes reconnaissent l'indépendance des Provinces-Unies. C'est la fin de la « Guerre de Quatre-Vingts ans » !  

Qu'à cela ne tienne, après l'exécution de son beau-père Charles 1er, le stathouder projette rien moins que de rétablir le fils de celui-ci sur le trône d'Angleterre. Mais il meurt brusquement le 6 novembre 1650 sans pouvoir mener son projet à bien. Son fils et héritier naît une semaine après. Il est destiné à lui succéder sous le nom de Guillaume III mais devra pour cela patienter plus de vingt ans, avant de connaître un destin des plus chanceux.

En attendant, les Hollandais doivent affronter la concurrence montante de l'Angleterre sur les mers. Ils entrent en guerre contre elle après que Cromwell a promulgué l'Acte de Navigation de 1651 qui interdit les ports anglais aux navires étrangers. Les états généraux abolissent par ailleurs le stathoudérat général et s'en remettent au Grand Pensionnaire pour le gouvernement du pays. C'est en l'occurrence Jan (ou Johan) de Witt, un jeune homme élu à ce poste à 28 ans, en 1653, qui va porter le pays à son apogée pendant les presque vingt ans de son gouvernement.

Marie Desclaux
Une Histoire agitée

Les habitants des Provinces-Unies appellent « Guerre de Quatre-Vingts ans » la longue, douloureuse et palpitante période (1568-1648) - la plus glorieuse de leur Histoire -, qui les a menés à l'indépendance et à la prospérité.

Occupé par les Français pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, le pays prend alors le nom de République batave (d'après le nom antique de la région) puis de Royaume de Hollande. Après la chute de Napoléon, en 1814, il est réuni aux Pays-Bas du sud, qui, à la fin du XVIIIe siècle, étaient passés des Habsbourg de Madrid à ceux de Vienne avant d'être annexés par la France. L'ensemble reçoit le nom de Royaume-Uni des Pays-Bas. En 1830, enfin, le sud conquiert son indépendance sous l'appellation de Belgique (un nom qui remonte aux Romains) et l'on arrive à la configuration actuelle.


Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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