Richard Milhous Nixon (1913 - 1994)

La mauvaise réputation

Seul président des États-Unis à avoir été contraint à démissionner, Richard Milhous Nixon traîne derrière lui une réputation de voyou qui n'est pas totalement imméritée si l'on s'en tient à ses manières et à son langage.

Il était de ce point de vue encore plus vulgaire et plus brutal que son prédécesseur immédiat, Johnson. Il avait aussi le chic pour se faire détester des journalistes et des élites de la côte Est. Concédons-lui tout de même une sexualité moins débridée que celle de Kennedy.

Il n'empêche que son oeuvre, en particulier dans les relations extérieures, a profondément transformé les États-Unis et le monde. On lui doit en particulier d'avoir désengagé son pays du Vietnam et sorti la Chine communiste de l'isolement...

André Larané
Mao Zedong et Richard Nixon se rencontrent à Pékin le 21 février 1972 (DR)

Une ascension tôt interrompue

Fils d'un modeste épicier de confession quaker, le futur président fait des études de droit et entame une carrière d'avocat avant de servir comme officier pendant la Seconde Guerre mondiale. Candidat du parti républicain, il est élu en 1947 comme représentant (député) de la Californie et se signale par son anticommunisme virulent. Il devient célèbre en 1948 en faisant inculper un ancien diplomate, Alger Hiss, coupable d'intelligence avec les Soviétiques.

Richard Nixon, fier d'avoir fait tomber l'espion Alger Hiss (1948)Sénateur des États-Unis en 1951, il devient l'année suivante, à 39 ans, candidat à la vice-présidence sur le ticket républicain, au côté de Dwight David Eisenhower, héros de la guerre, alors âgé de 62 ans. Accusé d'avoir détourné des fonds électoraux pour son usage personnel, il réussit à se justifier. Son accession à la vice-présidence, cinq ans après son entrée en politique, est le début d'une carrière météorite.

Réélu avec Eisenhower pour un deuxième mandat en 1956, il ne tarde pas à assumer toute la réalité du pouvoir du fait de la maladie du président. C'est ainsi qu'en 1959, il se rend à Moscou pour une rencontre avec Khrouchtchev.

Khrouchtchev et Nixon à Moscou le 28 décembre 1959 (DR)

L'année suivante, il devient naturellement le candidat républicain aux présidentielles mais il est battu d'extrême justesse par John Fitzgerald Kennedy avec un écart de 120 000 voix sur 70 millions de suffrages. Il n'aura de cesse dès lors de préparer sa revanche.

En 1968, la campagne des présidentielles est  conduite sur fond de guerre du Vietnam. Le 31 mars 1968, le président sortant a promis d'engager des négociations et le candidat démocrate à sa succession, Hubert Humphrey assure être en bonne voie d'obtenir un accord avec les parties vietnamiennes. Il est donné favori jusqu'au moment où le président sud-vietnamien Thieu déclare exclure toute forme de négociation avec le Nord-Vietnam. C'est un désaveu cinglant pour Humphrey et il n'est pas exclu que le président Thieu ait agi ainsi pour aider Nixon.

Toujours est-il que Nixon l'emporte avec une marge étroite de 500 000 voix et 43,3% des suffrages. Il devient le 37e président des États-Unis. 

Triomphe et damnation

Réaliste et froid, le nouvel hôte de la Maison-Blanche prend acte de l'impasse vietnamienne. Dès le 25 juillet 1969, sur la base de Guam, dans le Pacifique, il annonce son intention de réduire l'engagement américain dans le monde, à commencer par le Vietnam. L'enjeu pour les Américains est de se retirer de ce pays dans des conditions aussi honorables que possible, pour ne pas désespérer leurs alliés dans un contexte de guerre froide encore aigüe.

Le président promet donc de retirer les GI's américains du Vietnam tout en aidant l'armée sud-vietnamienne à prendre leur relais dans le cadre d'une « vietnamisation » du conflit.

Avec le concours de son Secrétaire d'État Henry Kissinger, un diplomate d'origine germano-juive, il ouvre dans le même temps des pourparlers à Paris sur la paix au Nord-Vietnam.

Soucieux d'affaiblir le Nord-Vietnam avant la conclusion de la paix, les deux hommes entendent briser sa relation privilégiée avec l'Union soviétique, son fournisseur attitré d'armes. Les armes en question transitent par la Chine populaire. Hors, les relations entre les deux géants communistes sont depuis longtemps tendues et la Chine, épuisée par les excès de la révolution culturelle, aspire à ouvrir son horizon.

Nixon s'enfonce dans la brèche en normalisant les relations sino-américaines. C'est comme cela que le 21 février 1972, son avion atterrit à Pékin et, sur le tarmac, devant les caméras du monde entier, il passe en revue un détachement de l'Armée populaire chinoise cependant qu'une fanfare joue l'hymne américain. Il serre ensuite la main du Premier ministre Zhou Enlai avant de rencontrer Mao Zedong lui-même.

Nixon engage par ailleurs une politique de détente avec l'Union soviétique (URSS). Dix ans après la crise des missiles qui a fait craindre un conflit nucléaire, elle aboutit le 26 mai 1972 à la signature du premier accord de limitation des armes nucléaires (SALT I ou Strategic Arms Limitation Talks). L'événement réunit à Moscou Richard Nixon et Leonid Brejnev, secrétaire général du Parti communiste d'Union soviétique.

Leonid Bejnev et Richard Nixon à Moscou en 1973 (DR)

En matière économique, le président, pas plus dogmatique dans ce domaine que dans les autres, met fin à la convertibilité du dollar pour réduire les tensions monétaires dans le monde. C'est le 15 août 1971, à la faveur de la pause estivale qu'il prend de court les milieux d'affaires en renonçant à soutenir le cours de la monnaie, fixé à 35 dollars l'once d'or fin depuis les accords de Bretton Woods de 1945. Les monnaies se mettent désormais à « flotter » les unes par rapport aux autres.

À la suite de cela, il est conduit à introduire un contrôle des prix et des salaires et laisser la monnaie se dévaluer pour redresser la balance commerciale et réduire l'inflation.

En novembre 1972, malgré l'hostilité de la presse, il est réélu triomphalement avec 60,7% des voix face au terne George McGovern. Son deuxième mandat s'ouvre en janvier 1973 sur un accord de cessez-le-feu au Vietnam. L'horizon international s'obscurcit cependant avec la guerre du Kippour et le premier choc pétrolier. Ces tragédies ont pour effet de renforcer le poids des États-Unis dans la diplomatie moyen-orientale et le poids du dollar dans l'économie mondiale...

Mais le président américain n'a déjà plus la tête à cela. En juin 1972, pendant la précédente campagne électorale, son équipe a cru nécessaire d'espionner les locaux du parti démocrate, dans un immeuble de Washington appelé Watergate. Ses hommes de main ont été pris la main dans le sac par la police de Washington. Les enquêteurs ont méthodiquement remonté la chaîne des responsabilités et sont arrivés comme cela à l'entourage du président. 

Démission du président Richard Milhous Nixon, le 8 août 1974 (9 janvier 1913 – 22 avril 1994)L'enquête fait apparaître les mauvais côtés du président, sa brutalité et son cynisme. La divulgation des bandes magnétiques sur lesquelles sont enregistrées ses conversation révèlent son langage cru. Il est obligé de se séparer de ses proches collaborateurs, plus ou moins compromis dans l'affaire, y compris de son vice-président Spiro Agnew. Ce dernier est remplacé en décembre 1973 par le chef des républicains à la Chambre des Représentants, Gerald Ford.

Quand Richard Nixon lui-même annonce le 8 août 1974 sa démission pour éviter une humiliante procédure d'impeachment (destitution par le Congrès), Gerald Ford le remplace au pied levé pour les trente mois qui lui restent à courir. Ce 38e président des États-Unis, moqué pour sa maladresse, sera le seul à n'avoir jamais reçu l'onction d'une élection. Quant au président déchu, il consacrera ses dernières années à tenter de valoriser son oeuvre. Mission impossible comme le montre encore aujourd'hui le film de Steven Spielberg, The Post (ou Pentagon Papers, 2017).

Publié ou mis à jour le : 2019-07-03 12:47:39

 
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