1914-1918

La guerre qui a forgé l’armée américaine

Les États-Unis apparaissent, et de très loin, comme la principale puissance militaire du monde. Quel chemin parcouru depuis leur entrée dans le premier conflit mondial, au début du XXe siècle.

L’engagement américain fut bref durant la Grande Guerre. Il s’est limité aux derniers mois de la guerre mais il a vu une armée de second ordre se hisser parmi les plus importantes du monde, la première si le conflit avait perduré jusqu’en 1919…

Nicolas Czubak

1917 : l’année « zéro » de l’armée américaine

Lorsque le Sénat des États-Unis décide de voter, le 6 avril 1917, l’entrée en guerre, suite à la demande formulée par le président démocrate Woodrow Wilson, l’armée américaine n’est clairement pas prête à la guerre.

Elle repose sur des troupes régulières regroupant 120 000 hommes, auxquels il faut ajouter 180 000 hommes issus de la Garde nationale, laquelle, en théorie, ne peut être engagée en dehors des différents États. Cet effectif place le pays en dessous de l’armée belge de 1914 ou encore de la composante bavaroise de l’armée impériale allemande.

Faible quantitativement, l’armée américaine l’est également qualitativement : en effet, l’armement d’accompagnement, comme les canons et les mitrailleuses, est totalement dépassé, son aviation étriquée, avec seulement 55 appareils, est également obsolète. Seuls quelques détachements de l’armée régulière ont déjà connu le baptême du feu notamment lors de la guerre hispano-américaine de 1898 et plus récemment lors de l’expédition punitive menée au Mexique contre Pancho Villa en 1916.

Autrement dit, l’US Army n’est pas absolument préparée pour être projetée dans une guerre industrielle où l’armée allemande a acquis une importante expérience, sous les orages d’acier qui balaient le front depuis 1914…

Arrivée de contingents de troupes américaines le 26 juin 1917 [ navire à quai] Louis Péneau, Archives de Saint-Nazaire. Agrandissement : Le défilé des troupes américaines après le débarquement en décembre 1917 Louis Péneau, Archives de Saint-Nazaire.

Des mesures drastiques sont prises afin de militariser le pays. Par le Selective Service Act de mai 1917, la conscription est votée. Elle concerne tous les hommes âgés de 21 à 30 ans. Afin d’assurer l’instruction des recrues, trente-quatre camps d’entraînement sont dressés dans le pays afin de fournir une instruction de base aux soldats. Toutes ces mesures liées à la mobilisation prennent du temps à s’établir.

Pour autant, le gouvernement américain tient à envoyer le plus rapidement possible des troupes en France afin de matérialiser l’engagement de leur pays. C’est ainsi que dans la précipitation, la Ière Division d’Infanterie (« la Big Red One ») est transportée sur le Vieux Continent en juin 1917. Les effectifs manquent et l’unité est sous-encadrée. Pour lui donner un effectif de quatre régiments, des volontaires ont été intégrés à la dernière minute.

Débarquée à Brest et à Saint-Nazaire, elle fait pourtant sensation en défilant les 4 et 14 juillet à Paris afin de célébrer les fêtes nationales américaine et française. Elle n’est cependant pas prête à la guerre : trois à quatre mois supplémentaires sont nécessaires tant à sa formation par des instructeurs français qu’à son équipement par du matériel d’accompagnement fourni essentiellement par la France.

Le général Pershing et le général Peltier à Boulogne-sur-Mer le 13 juin 1917, Archives municipales de Saint-Nazaire.

La montée en puissance du corps expéditionnaire américain

D’autres divisions débarquent dans les mois qui suivent, constituant l’embryon du Corps expéditionnaire américain en France. Celui-ci a été confié au général John Pershing dont la consigne laissée par le président Wilson est de faire en sorte que les troupes américaines soient regroupées le plus rapidement possible sous leur propre commandement.

John Pershing atterrit en France (image colorisée), 1917, Bibliothèque du Congrès.Ce point de vue n’est pas forcément celui des armées française et britannique qui souhaiteraient amalgamer les régiments américains dans leurs divisions afin de renforcer leur effectif…

Alors que le transport des troupes américaines s’accélère, les premiers « Sammies » de la « Big Red One », comme on les surnomme (dico), montent au front dans la nuit du 21 au 22 octobre 1917 sur le front calme de Lorraine, entre Arracourt et Parroy, à une dizaine de kilomètres au nord de Lunéville. Afin d’acquérir de l’expérience, les Américains occupent leur tranchée au milieu des poilus de la 18e DI.

Le mardi 23 octobre 1917, le premier coup de canon américain de la guerre est tiré par un canon de 75 mm (une pièce d’artillerie française) vers une batterie allemande entre les villages de Réchicourt et de Xanrey. Ayant pris connaissance de soldats américains devant eux, les Allemands tentent une attaque localisée (un « coup de main » dans le langage militaire) afin de tester les « Sammies » et de faire des prisonniers.

Le 3 novembre 1917, à 3h30, précédés par leur artillerie, les Bavarois du 7e Régiment pénètrent dans les tranchées occupées par les Américains. Le combat oppose alors 500 hommes. Au bout de vingt minutes, les Allemands se replient sur leur position de départ en emportant onze prisonniers. Trois « Sammies » ont été tués dans l’engagement. Il s’agit de Thomas F. Enright, James B. Gresham et Merle D. Hay du 16th Infantry Regiment, les premiers morts au front de l’armée américaine dans ce conflit.

Première expérience de la guerre des tranchées

C’est en janvier 1918 qu’une bande de front continue est confiée à l’armée américaine. Celle-ci, longue d’une quinzaine de kilomètres, s’étire de Saint-Agnant à Seicheprey dans la partie sud du saillant de Saint-Mihiel, cette poche que le front allemand forme entre Meuse et Moselle depuis la fin septembre 1914.

Occupée dans un premier temps par la 1st Division, elle est le théâtre d’une attaque allemande le 20 avril 1918 qui s’abat, à 5h du matin, sur les hommes du 102nd Infantry Regiment de la 26th Division qui tiennent les tranchées devant Seicheprey. Il s’agit de la première bataille américaine de la guerre.

Victimes de leur inexpérience, les Américains, qui manifestent beaucoup de courage, sont submergés par leurs adversaires qui avaient répété leur manœuvre offensive ayant pour but de ramener des prisonniers et d’effectuer un maximum de destruction dans la localité. L’opération, qui a duré une heure, est un succès pour les fantassins allemands de la 78.Reserve-Division accompagnés de détachements d’assaut (« Sturmtruppen »). Ceux-ci ramènent en arrière de leurs lignes près de 200 prisonniers.

James Robert Conroy avec le chien Stubby, 1919, Holy Trinity Episcopal Church Columbarium. Agrandissement : Le sergent Stubby, avec son uniforme et ses décorations.Se ressaisissant, les Sammies tentent tout au long de la journée de chasser les Allemands de leurs tranchées perdues au nord de Seicheprey. En vain… C’est lors de ce combat que le chien le plus célèbre de la guerre, le « Sergeant » Stubby, animal de compagnie de James R. Conroy, mascotte du 102nd Régiment, est blessé. Ce n’est que le lendemain qu’ils réussissent à réoccuper leurs tranchées, les Allemands s’étant repliés sur ordre.

Seicheprey a coûté 669 hommes aux Américains, contre 203 chez les Allemands. Aux yeux de ces derniers, ce gros « coup de main » est révélateur de la grande inexpérience de la jeune armée américaine. L’origine des différents prisonniers capturés les rassure sur la fragilité de sa composition.

Ainsi, le général allemand von Gallwitz rapporte dans ses mémoires que sur ces 200 prisonniers, 78 sont réellement américains, 22 sont Irlandais, 22 Français, 14 Anglais, 13 Italiens, 9 Polonais, 8 Allemands, 7 Suédois, 4 Russes, 2 Écossais, 1 Danois et un dernier Suisse !

Dans l’esprit de von Gallwitz et celui de la caste des officiers allemands, cette composition multiethnique est un élément de faiblesse de l’US Army face à une armée allemande unie derrière un noyau bien plus homogène et solide.

La bataille de Seicheprey a eu lieu dans une partie relativement calme du front de l’Ouest. En effet, plus au nord, en Picardie puis dans les Flandres, la guerre de mouvement a repris depuis le 21 mars 1918 avec les puissantes offensives dirigées par le général von Ludendorff qui ont abouti à l’enfoncement du front britannique.

De nombreuses divisions françaises et anglaises ont été engagées afin de rétablir une ligne de front continue. Deux divisions américaines sont également projetées dans la lutte : ainsi la « Big Red One » combat-elle victorieusement à Cantigny, dans la Somme, le 28 mai puis la 2nd Division, composée à moitié de Marines, au bois Belleau aux portes de Château-Thierry au mois de juin 1918.

En parallèle de ces engagements qui montent en puissance, la croissance des effectifs de l’armée américaine présents en France s’accélère. Les Sammies étaient 150 000 au 1er janvier 1918 et sont 300 000 à la fin mars, 600 000 à la fin mai et 1 200 000 à la fin de juillet ! C’est à ce moment que l’armée américaine reçoit l’ordre de combattre sous son propre commandement, en Lorraine, zone de son déploiement initial.

Groupe d'officiers américains observant la progression des troupes lors de la réduction du saillant de Saint-Mihiel. A l'arrière-plan se détache nettement la butte de Montsec. Le monument commémoratif américain de cette bataille a été inauguré sur cette hauteur en 1932. Coll. part. Agrandissement : Monument  commémoratif de Montsec.

Saint-Mihiel : première offensive américaine de la guerre

Dans la seconde moitié du mois de juillet 1918, suite à l’échec des cinq grandes offensives déclenchées par les Allemands depuis le mois de mars, les alliés sont placés sous les ordres d’un commandement unique assuré par le général, puis maréchal, Ferdinand Foch.

Ils reprennent l’initiative. Ils ne la lâcheront plus jusqu’à l’armistice face à une armée allemande à bout de forces, notamment avec les 500 000 pertes subies depuis le début de l’année. C’est dans ce contexte que le général Foch confie au général Pershing, le 24 juillet, le soin de réduire le saillant de Saint-Mihiel afin de supprimer toute menace sur la voie ferrée Paris-Avricourt en vue d’opérations ultérieures.

Pershing est d’autant plus en accord avec Foch que l’offensive répond aux attentes de son gouvernement à savoir le regroupement de l’armée états-unienne sous son propre commandement.

À la fin de juillet et tout au long du mois d’août, la Première Armée américaine regroupe ses forces essentiellement face à la partie sud du saillant. Le 17 août, les objectifs de l’offensive sont fixés : les Sammies doivent atteindre une ligne partant de Bezonvaux, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Verdun aux portes sud-ouest de Metz.

Pour ce faire, les unités américaines devront, en plus de libérer la poche entre Meuse et Moselle, franchir la ligne fortifiée érigée par les Allemands à partir de l’automne 1916 en arrière du saillant : la ligne Michel (ou « Michelstellung »).

Il s’agit de mener une offensive en tenailles : la pression principale se fera contre la face sud du saillant tandis qu’une attaque secondaire se rabattra depuis le nord-ouest sur le plateau des Hauts de Meuse en direction du sud-est.

Mais alors que les préparatifs vont bon train, ne passant d’ailleurs pas inaperçus auprès des Allemands, Foch prend la décision d’annuler l’offensive du fait de l’accélération de la situation en Picardie et en Champagne, espaces décisifs aux yeux du Maréchal. Pershing est consterné. On est en train de lui voler son offensive !

Finalement, par l’intermédiaire du général Pétain, commandant en chef de l’armée française, un compromis est trouvé. L’opération est maintenue mais ses objectifs sont revus à la baisse afin de pouvoir redéployer rapidement l’armée américaine sur la rive gauche de la Meuse. Si la suppression du saillant est toujours à l’ordre du jour, la Première Armée américaine devra stopper sa poussée devant la « Michelstellung ».

La tenaille sud, composée de sept divisions (d’ouest en est, 1st, 42nd, 89th, 2nd, 5th, 90th, 82nd Divisions) attaquera sur une vingtaine de kilomètres de large en direction du nord, des environs de Seicheprey aux portes nord de Pont-à-Mousson. S’élançant du nord-ouest du saillant, deux divisions américaines (4th et 26th Divisions) attaqueront sur le plateau des Hauts de Meuse en direction de l’est et du sud-est afin de fermer la poche par le nord.

La jeune armée américaine a besoin du soutien de l’armée française qui affecte à l’opération quatre divisions (15e DIC, 2e DCP, 26e DI et 39e DI) chargées d’accompagner l’effort des Américains. Le soutien passe également par un important renfort d’artillerie regroupant 25 régiments français. Ceci représente une force de 216 000 Américains et de 48 000 Français prête à jaillir contre le saillant. Avec les réserves amassées en arrière, on avoisine les 500 000 hommes !

L'offensive contre le saillant de Saint-Mihiel. Carte extraite de l?ouvrage : Bloqués dans l'enfer Meuse-Argonne: Septembre-octobre 1918 : les Américains arrêtés au nord-ouest de Verdun, Nicolas Czubak et Yves Buffetaut, Ysec, 2018.

L’offensive pourra compter sur un important soutien mécanisé : 270 tanks appuieront au sol la progression des fantassins. Dans les airs, les services aéronautiques américain, français, anglais et même italien sont mis à contribution afin d’obtenir la supériorité aérienne et d’accompagner la lutte au sol. Il s’agit de la plus forte concentration aérienne de la guerre : plus de 1400 avions ont été rassemblés pour appuyer l’attaque. Cette force de frappe inédite est placée sous les ordres du colonel américain William « Billy » Mitchell.

En face, les Allemands et les Autrichiens rassemblent environ 60 000 hommes répartis en huit divisions de second ordre ou usées par quatre années de lutte. Pour s’en convaincre, il suffit de préciser que deux de ces divisions (les 77. Reserve-Division et la 255.Infanterie-Division) sont composées de très jeunes ou de vieux combattants, de blessés et de malades renvoyés au front ainsi que de Mosellans et d’Alsaciens peu enclins à se battre en cet automne 1918 pour l’Allemagne impériale…

Ces divisions peuvent compter sur plusieurs zones défensives établies entre 1916 et 1918 en arrière du front ainsi que sur la « Michelstellung » pour se rétablir en cas de rupture en profondeur des lignes. Ceci confère une certaine sérénité aux commandants de ces différentes unités animés par la conviction que les alliés vont attaquer sur leur front, notamment avec l’intense trafic routier détecté derrière les lignes américaines.

Mais cette confiance n’est pas partagée par le grand quartier-général allemand. Mis en difficulté sur l’ensemble du front, sachant que la guerre est perdue, contrairement à ce qu’écrira Ludendorff après la guerre, celui-ci va arriver à la conclusion d’évacuer le saillant de Saint-Mihiel. Dans ces circonstances, il est nécessaire d’économiser des forces et de projeter des troupes sur les parties les plus menacées du front de l’ouest. À partir du 20 août, le GQG allemand a la certitude que les Américains vont attaquer. Le 28, il décide de l’abandon du saillant pour le 11 septembre en repliant les divisions derrière la « Michelstellung ».

Une manœuvre de repli appelée « Loki » ou « Michelbewegung » a été prévue le cas échéant. Six à huit jours sont nécessaires pour organiser le repli, trois à quatre jours pour son déroulement. L’état-major allemand étant convaincu que l’attaque ennemie ne pourra se déclencher avant le 15 septembre, il s’agit de se dérober juste avant son lancement.

Dans les faits, les Allemands ont surestimé le délai des préparatifs américains. En effet, la préparation d’artillerie franco-américaine se déclenche le 12 septembre à 1h du matin, au moment où les troupes allemandes et autrichiennes positionnées en première ligne sont en train, après celles des échelons plus en arrière, d’évacuer leurs positions. Les Américains vont donc attaquer l’armée ennemie en pleine situation de redéploiement stratégique, ce qui va leur faciliter grandement la tâche…

Colonne américaine poursuivant l?armée allemande en retraite lors de la réduction du saillant de Saint-Mihiel. Coll. part.

Saint-Mihiel : un succès facilement acquis avec le repli allemand

À 1h du matin, ce 12 septembre 1918, la préparation d’artillerie se déclenche. 3000 canons, dont la moitié issue de régiments français, pilonnent les positions allemandes du saillant. C’est le bombardement le plus puissant qu’ait connu cette partie du front depuis le début de la guerre. Les tirs se prolongent jusqu’à 5h du matin, heure à laquelle les Sammies et les poilus sortent de leurs tranchées précédés par un barrage roulant d’obus.

Par un temps pluvieux, les assaillants font face à des résistances différentes de la part de leur adversaire qui mène des combats d’arrière-garde pour couvrir le repli du gros des troupes derrière la « Michelstellung ».

D’une manière générale, la progression a été plus facile dans la partie occidentale que dans la partie orientale du saillant. En effet, dans le premier espace, les fantassins américains, appuyés par les 144 tanks Renault FT de la 304th Tank Brigade sous les ordres du bouillant lieutenant-colonel George S. Patton et les 24 chars Schneider maniés par des équipages français avancent rapidement.

Au milieu des milliers de soldats américains qui talonnent l’ennemi en repli, Patton, qui n’a pas pu attendre à son poste de commandement et a tenu à se porter au plus près de ses tankistes, rencontre un autre personnage qui fera parler de lui lors du second conflit mondial, le non moins intrépide Douglas Mac Arthur, général commandant une des brigades de la 42nd Division.

Dans ses souvenirs, Patton relate leur rencontre dans la matinée du 12 septembre alors qu’un tir d’artillerie allemand se déclenche dans les environs :
« Debout sur une petite colline […] je le rejoignis et le tir de barrage rampa vers nous […] Je crois que nous aurions tous voulu nous en aller, mais personne n’aurait voulu l’admettre, et nous l’attendîmes. Nous restâmes debout pour discuter, mais aucun d’entre nous ne s’intéressait beaucoup à ce que disait l’autre. »

Le lieutenant-colonel Patton devant un Renault FT. Coll. part. Agrandissement : Douglas Mac Arthur (à gauche) avec le sergent-chef C. H. White, 7 mai 1918, Archives nationales de College Park (Maryland).

Preuve de la témérité de Patton, celui-ci tient à monter sur un des Renault en tête de la progression. Après avoir libéré le village de Pannes, vers midi, il poursuit dans ses souvenirs :
« En quittant le village [en direction de Beney], je me trouvais encore assis sur le toit du tank, les jambes pendant du côté gauche, lorsque je remarquai tout à coup que la peinture commençait à s’écailler du côté opposé et j’entendis le bruit d’une mitrailleuse… Je sautai par terre et rejoignis un trou d’obus. »

Le char poursuivant seul sa progression, Patton finit par le rejoindre. La chose est facile dans la mesure où les chars de l’époque se meuvent, dans les meilleurs des cas, à environ 5 km/h en tout terrain. Patton raconte :
« Je ne pouvais tout de même pas le laisser attaquer toute une ville à lui tout seul […] Je ne redoutais même pas les projectiles alors que je pouvais voir les canons cracher. Néanmoins, je pris le pas de course […]
Je le rejoignis trois au quatre cent mètres plus loin et cognai contre la porte arrière avec mon stick. Le sergent regarda, salua et me dit : « Que voulez-vous à présent, colonel ? ». Je lui donnai l’ordre de faire demi-tour. Il était très déprimé. Je marchais devant lui en parfaite sécurité »
.

Dans le ciel, et malgré les mauvaises conditions météorologiques, les avions alliés interceptent les appareils allemands, en très grande infériorité numérique avec 300 aéronefs, incendient les ballons d’observation et piquent au sol pour mitrailler les colonnes allemandes qui se replient.

Le lieutenant Waldo Heinrichs, du 95th Aerosquadron, a pour mission de mitrailler les tranchées allemandes avec les deux mitrailleuses de son Spad XIII. Il rapporte les faits suivants lors de son vol au-dessus des Hauts de Meuse :  
« Je volais avec le Lieutenant Taylor à 700 m, l’ai perdu dans les nuages ; arrivé au-dessus d’un biplace Albatros à Lavignéville et l’ai poursuivi sur six kilomètres en territoire allemand. De gros ratés moteurs. Biplace vînt dans une formation de six ou sept Fokker légèrement au sud de Vigneulles. Les Américains ont enfoncé le front de Senonville à Combres sur six kilomètres. Bois remplis de soldats. Beaucoup d’avions alliés vus. Secteur Watronville, Billy-sous-les Côtes, Chatillon, villages brûlent tous. Sérieux et terrifiant bombardement sur tout le long de la ligne. »

En fin de journée, le lieutenant James Knowles Jr. présente le repli précipité des Allemands de Saint-Mihiel : 
« Ai trouvé des attelages d’artillerie et des voitures de ravitaillement retraitant sur la route Creuë-Vigneulles. Volant à environ 10 mètres, ai attaqué et tiré plusieurs chevaux tractant des voitures hippomobiles. Les chevaux s’enfuyaient et se ruaient dans les pièces d’artillerie entraînant une grande confusion et bloquant la route. Les chevaux d’artillerie commençaient à fuir et formaient un grand bouchon. Vigneulles en feu et une grosse explosion a eu lieu vers 18h10. Tous retraitaient à travers les ravins tout le long de la ligne. Importants tirs de mitrailleuses depuis le sol. Pas d’avion ennemi rencontré. »

Pour autant, les aviateurs allemands ne se sont pas dérobés. Les combats aériens ont été nombreux : 63 avions à croix noire ont été abattus contre 62 du côté allié.

Brigade de Marines en préparation de l'attaque de Saint-Mihiel, Claggett Wilson, vers 1919, Washington, Smithsonian American Art Museum. Agrandissement : Attaque ouverte à Saint-Mihiel, gravure de Lucien Hector Jonas, 1927.

Si au cours de cette première journée d’offensive, les Américains se sont emparés de Thiaucourt, première localité lorraine d’importance libérée depuis 1914, et se sont approchés de Vigneulles, point de convergence de l’attaque en tenailles, la résistance offerte par les Allemands a été plus sérieuse dans la partie orientale du saillant.

En effet, la distance de repli à couvrir étant plus courte, de l’ordre de 6-7 km en direction de la « Michelstellung », les Allemands doivent ralentir un maximum leur adversaire. Cette résistance ne fera que se renforcer dans les jours qui suivent, n’hésitant pas à recourir à des contre-attaques localisées menées par des unités venues en renfort afin d’accompagner le repli des troupes usées.

Le 13 septembre 1918, entre 3h15 et 9h, les troupes américaines de la « Big Red One » et celles de la 26th Division venant du plateau des Hauts de Meuse font leur jonction à Vigneulles. Le saillant de Saint-Mihiel a vécu. Au cours de la journée, les deux hauts-lieux qui bornaient le saillant sont libérés : au nord, la crête des Éparges dégagée par les Marsouins du 6e RIC, au sud, le Bois-le-Prêtre par les Doughboys du 360th Regiment. Les poilus du 139e RI ont fait leur entrée, sans combat, dans la ville de Saint-Mihiel abandonnée par les Allemands.

Dans les trois jours suivants, les Américains poursuivent leurs adversaires jusque devant la « Michelstellung ». Au sol, les unités blindées, dont les pertes ont été négligeables, ne jouent plus aucun rôle du fait de pannes mécaniques et de grosses difficultés de ravitaillement liées à un certain cafouillage dans l’organisation logistique de l’armée américaine.

Les combats sont violents au nord de Thiaucourt et de Pont-à-Mousson jusqu’aux avancées de la ligne fortifiée allemande. Dans le ciel, des renforts allemands ont convergé entre Meuse et Moselle permettant un certain raidissement de leur défense aérienne.

Le 16 septembre, la première offensive menée par l’armée américaine lors de la Grande Guerre est terminée. Il s’agit d’un indubitable succès. Les Américains et les Français ont capturé 15 000 prisonniers, 443 canons et 750 mitrailleuses. Cette hernie que formait le front allemand sur cette partie du front de Lorraine n’existe plus. À côté de l’impact psychologique de la libération d’une partie du territoire français, les résultats obtenus par l’offensive américaine ont été de dégager des axes de communications importants.

Il est important de repréciser que ce succès a été obtenu face à un adversaire qui était en train d’abandonner ces positions selon un plan préétabli. Si le butin capturé a été important, c’est parce que les Allemands ont tardé à évacuer le saillant. Déclenchée quelques jours plus tard, l’offensive américaine aurait frappé dans le vide. Là où les Sammies ont dû affronter des points de résistance déterminée par les Allemands, les pertes ont été importantes.

Matériel allemand capturé dans les environs d'Essey et Maizerais, village situé à 5 km au sud-ouest de Thiaucourt. Coll. La contemporaine.

« Le soldat américain ne sait pas comment se comporter dans l’attaque »

Dans la foulée de l’offensive, les Allemands établissent des comptes rendus sur la combativité des Sammies. Un officier d’état-major établit alors une synthèse qui nous renseigne sur la perception qu’ont les Allemands des soldats de l’Oncle Sam :
« La progression des Américains pendant l’attaque de l’infanterie était totalement systématique et a trahi une grande maladresse dans le mouvement des vagues de fantassins sur le terrain. Les troupes d’assaut sont restées interdites devant la plus faible résistance et ont donné l’impression de maladresse et d’impuissance.
Aussi bien les officiers que les hommes du rang n’ont pas compris comment exploiter le terrain. Ils n’ont pas cherché le couvert face à la résistance préférant retraiter droit en arrière. Manœuvrer en avant ou en arrière, ramper sur le sol ou progresser par bonds rapides, cela, les Américains ne le savent apparemment pas. L’Américain s’arrête d’abord puis cherche à nouveau à se redresser pour progresser. Il est peu versé dans le combat mené de trou d’obus en trou d’obus et il ne comprend pas comment s’accrocher à un entonnoir. En masse ou individuellement, le soldat américain ne sait pas comment se comporter dans l’attaque. Il est indubitablement courageux sur le terrain. Mais il attaque avec hésitation, le combat à la grenade l’amène tout de suite à fuir. Il a apparemment une grande crainte de la capture. Ayant peur de celle-ci, il se défend violemment jusqu’au bout plutôt que de lever les mains. […]
Dans la défensive, il est rude et trouve une grande force de résistance dans ses nombreuses mitrailleuses.
Les Américains se sont montrés habiles dans l’utilisation des mitrailleuses.
Le comportement de l’infanterie a donc révélé le manque de formation militaire. […]
Le travail commun entre infanterie et artillerie a été irréprochable. L’infanterie avance en direction des nids de mitrailleuse puis se replie et peu après, une nouvelle préparation se déclenche par les batteries d’accompagnement. Si l’artillerie est développée techniquement, elle manque cependant d’adresse et de manœuvrabilité.
Le commandement est assez mauvais et maladroit. Apparemment, l’adversaire dispose de nombreux officiers mais ceux-ci manquent de leadership. […]
Verdict final : L’Américain est trop dilettante et donc il n’est pas à craindre dans le cadre d’une grande offensive. Jusque-là, nos hommes avaient eu une bien plus haute opinion au sujet des Américains dans les escarmouches lors desquelles ils s’étaient montrés de brillants soldats. Ils avaient donc attendu une tout autre performance de leur part lors d’une grande offensive. Malgré quelques échecs locaux, la confiance de la troupe à l’égard des Américains a été rehaussée par l’offensive du 12 septembre. »

7 000 soldats américains ont été tués, blessés ou faits prisonniers lors de cette offensive, des pertes relativement faibles aux critères de la Première Guerre mondiale, au vu du succès remporté.

C’est dans un climat de confiance que la Première Armée américaine reçoit l’ordre comme convenu de déplacer rapidement la majeure partie de ses forces à l’ouest de la Meuse. Elle doit participer à l’offensive généralisée de la Mer du Nord à la Meuse arrêtée par la directive du 3 septembre 1918 du Maréchal Foch.

Troupes américaines du 140th RIUS (35th Division) montant en ligne sur le front de Meuse-Argonne. Coll. part.

Meuse-Argonne : les Américains face à la réalité de la Grande Guerre

L’armée du général Pershing doit se redéployer du massif forestier de l’Argonne au fleuve Meuse. De là, elle doit avancer en direction générale du nord afin d’atteindre la ligne de chemin de fer Metz– Lille à hauteur de Mézières-Sedan-Carignan.

Cette ligne de voie ferrée est, depuis la fixation du front de l’ouest à l’automne 1914, l’artère vitale pour l’armée allemande afin de déplacer les troupes, d’approvisionner en armement, matériel et nourriture l’ensemble des divisions. Sa coupure rendrait très difficile le ravitaillement des armées engagées en Champagne, en Picardie et dans les Flandres et impossible leur repli en bon ordre vers l’Allemagne.

La voie ferrée se situe à une cinquantaine de kilomètres au nord de la ligne de front. Les Américains savent, qu’outre la prise des premières lignes allemandes, il faudra percer plusieurs lignes de défense dont la plus importante est la « Kriemhild-Stellung » (« Ligne Hindenburg » pour les Alliés), située à une quinzaine de kilomètres en arrière du front.

400 000 soldats américains sont rassemblés pour l’opération. Ils seront appuyés par près de 2800 canons, plus de 400 chars (les mêmes unités qui ont participé à la réduction du saillant de Saint-Mihiel), 821 avions, dont 604 issus d’escadrilles américaines.

Avec la montée en puissance de l’offensive dans les semaines qui vont suivre, Meuse-Argonne demeure jusqu’à nos jours, la plus grande opération militaire en termes d'effectifs menée par l’US Army depuis ses origines…

Le premier jour de l'offensive Meuse-Argonne. Carte extraite de l'ouvrage : Bloqués dans l'enfer Meuse-Argonne: Septembre-octobre 1918 : les Américains arrêtés au nord-ouest de Verdun, Nicolas Czubak et Yves Buffetaut, Ysec, 2018.

Le 26 septembre 1918, après une préparation d’artillerie de trois heures, les Américains s’élancent à l’assaut à 5h30. 150 000 fantassins issus de neuf divisions passent à l’attaque, sur une largeur d’une trentaine de kilomètres, de positions occupées par 32 000 soldats allemands issus de quatre divisions totalement usées.

Si lors de cette première journée, des gains de terrain sont effectués, les difficultés s’accumulent rapidement lors des jours suivants. Contrairement à l’offensive contre Saint-Mihiel, les Allemands, bien qu’à genoux, ont reçu l’ordre de tenir leurs positions d’où une défense bien plus raide. De gros problèmes logistiques se posent avec les énormes embouteillages de l’immédiat arrière-front liés au manque de routes carrossables capables d’absorber l’intense trafic.

La butte de Montfaucon, position clé allemande, est enlevée le 27 septembre par les Américains soutenus par des chars Renault FT maniés par des Français. Coll. Part.En outre, l’armée de Pershing s’engage dans un couloir dominé à l’ouest par le plateau de l’Argonne et à l’est par les hauteurs de la rive droite de la Meuse où sont placées de nombreuses batteries d’artillerie qui prennent de flanc les troupes américaines. La pluie et le froid s’ajoutent au calvaire des combattants…

Les combats sont furieux et la progression américaine s’enlise. L’exemple du combat mené par le 315th Regiment (79th Division) contre un bois tenu par les Allemands, le bois des Ogons, le 28 septembre 1918 est révélateur de la violence des combats.

Dans le bois des Ogons...

Le sergent Davies témoigne :
« Juste au-devant de nous environ à 700 mètres, se tient une autre colline couronnée par un bois dense. Les Allemands semblent là se préparer pour une contre-attaque. Ils déversent sur nous depuis là-bas un tir de mitrailleuses et de fusils. Le commandant Patterson a ordonné à notre compagnie de former une ligne de tirailleurs et d’avancer derrière eux. Nous avons formé notre ligne, les 1ère et 2e sections devant et avec la 4e section en soutien. Un obus tomba juste devant où j’étais étendu, tuant Buckwald et blessant le lieutenant Conahan et un autre officier. Je fus projeté à environ 3 mètres mais heureusement je ne fus pas blessé. Le lieutenant Bagans s’élança devant la compagnie et nous dirigea dans la progression vers les bois. Comment beaucoup d’entre nous arrivèrent là je ne saurai l’expliquer. Les balles s’abattaient autour de nous comme la grêle. Le fond de ma capote fut haché en haillons. Avec les compagnies L et D, nous avons réussi à nous établir en bordure de forêt. A partir de là, nous dûmes nous battre pour chaque pouce de terrain. […] Les bois étaient plein de mitrailleuses et de snipers et plusieurs de nos hommes furent touchés. Nous étions en train d’effectuer une bonne progression quand nous reçûmes l’ordre de nous replier hors du bois. Le mot a couru que les Allemands étaient sur le point de mettre le feu à la forêt, donc on devait l’abandonner. Le lieutenant Bagans pleura réellement quand nous avons dû évacuer, il dit que cela avait tant coûté pour prendre les bois que cela semblait être un véritable crime que de les abandonner maintenant. »

Contrairement à Saint-Mihiel, les unités blindées sont durement éprouvées (Patton est blessé le 26 septembre) et le ciel demeure très disputé.

Les critiques fusent du côté des officiers français rattachés aux états-majors des différentes unités américaines. Ainsi le colonel Langlois rédige-t-il le 30 septembre 1918 au général Pétain les lignes suivantes :
« Les US [sic] n’ont pas dit la vérité depuis deux jours. Ils n’ont eu ni grosses contre-attaques, ni pertes considérables, ni six nouvelles divisions boches engagées sur leur front. Les US donnent le change pour ne pas avouer que depuis trois jours ils subissent un embouteillage indescriptible, […] les munitions n’ont pas été transportées en quantités suffisantes, […] les cuisines roulantes n’arrivent pas garnies […] des régiments bivouaquent au milieu de la chaussée. »

Georges Clemenceau, président du Conseil, partage ce sentiment d’amertume qui tourne à la colère lorsqu’il est pris dans un invraisemblable embouteillage alors qu’il vient visiter le front de la Ist Army. De retour à Paris, Clemenceau fulmine et va jusqu’à déclarer que les Américains vont faire perdre la guerre aux Alliés !

Blessés américains de la 35th Division regroupés dans un poste de secours établi à Cheppy. Photo datée du 29 septembre 1918. Coll. part.

Du 26 au 30 septembre 1918, la Première Armée américaine perd 23 000 hommes pour une progression qui ne dépasse pas les 7-8 kilomètres ! Les Américains ont été arrêtés avant même d’atteindre la principale ligne fortifiée, la « Kriemhild-Stellung ».

Après une courte pause de quelques jours afin de relever les troupes et de réorganiser les différentes unités, l’offensive reprend le 4 octobre. Les mêmes difficultés rencontrées lors des journées précédentes se présentant, il est décidé de porter les efforts, à partir du 8 octobre, sur le plateau d’Argonne et sur la rive droite de la Meuse, là avec le concours de troupes françaises, pour faire reculer l’artillerie ennemie qui prend en enfilade les hommes de Pershing.

Ce début du mois d’octobre voit les deux actes d’héroïsme les plus connus de la Grande Guerre outre-Atlantique : celui du « Lost Battalion » (2-7 octobre) et du sergent York (8 octobre).

Le 14 octobre, les Américains arrivent péniblement, malgré les efforts et de très nombreux sacrifices, à percer la « Kriemhild-Stellung ». Il leur a fallu 19 jours pour parcourir les 14 km qui séparaient leurs premières lignes de cette ligne fortifiée. Les combats se poursuivent en grignotages jusqu’à la fin du mois, un mois d’octobre qui a coûté à l’armée américaine 75 000 hommes !

Entre Meuse et Argonne, les Sammies de la 1st Army ont dû progresser dans un espace âprement défendu et dominé par des hauteurs à l'est et à l'ouest, comme ici à proximité de Châtel-Chéhéry. Coll. part.

L’armée américaine en vient à « peser » autant que les armées anglaise et française

Octobre a vu le scindement de l’armée américaine en deux du fait de la difficulté de commander une armée d’un million d’hommes sur le front. Si le commandement de l’ensemble de l’armée reste confié à Pershing, la Ist Army est attribuée au général Liggett et la 2nd, nouvellement formée, au général Bullard.

Le 1er novembre, l’offensive est relancée. Rapidement, le front allemand s’effondre, et s’il faut affronter dans certains points des arrière-gardes déterminées, l’offensive se transforme en poursuite d’une armée allemande aux abois.

Au moment de l’armistice, l’armée américaine occupe une ligne qui court sur une centaine de kilomètres des portes de Sedan au nord de Pont-à-Mousson. Les derniers jours de la guerre lui ont coûté 19 000 autres hommes, ce qui porte les pertes américaines de l’offensive Meuse-Argonne à 117 000 hommes dont 26 000 tués ! Jusqu’à la dernière minute, les Américains ont fait preuve d’un important mordant. Il s’agit par-là de renforcer le poids des États-Unis dans les négociations des futurs traités de paix…

La dernière phase de l'offensive Meuse-Argonne. Carte extraite de l'ouvrage : Bloqués dans l'enfer Meuse-Argonne: Septembre-octobre 1918 : les Américains arrêtés au nord-ouest de Verdun, Nicolas Czubak et Yves Buffetaut, Ysec, 2018.

Au 11 novembre 1918, il y a deux millions de soldats américains en Europe, dont un million au front. Deux autres millions sont en cours d’entraînement dans les différents camps d’instruction installés aux États-Unis. Quatre millions d’hommes ! On est bien loin des 300 000 hommes de l’entrée en guerre un an et demi plus tôt. En seulement deux années, les États-Unis d’Amérique avaient réussi à lever une des armées les plus importantes du monde.

Au jour de l’Armistice, la principale armée qui a mis à genou l’ex-Empire de Guillaume II est l’armée française, armée d’un pays qui compte bien imposer ses conditions de paix à l’Allemagne. Mais si la guerre s’était poursuivie en 1919, il ne fait aucun doute que la principale armée face à celles des empires centraux aurait été l’armée américaine. Il y a là une explication du choix du Maréchal Foch d’accepter l’armistice dès novembre 1918 et de ne pas porter la guerre en Allemagne.

Le poids mémoriel et le rôle joué par les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale a fait oublier, de part et d’autre de l’Atlantique et dans le Pacifique, ce formidable effort militaire porté par l’Oncle Sam en 1917-1918. Les cimetières militaires et les nombreux mémoriaux présents en France le long de l’ancienne ligne de front de 14-18 rappellent pourtant le souvenir des Sammies qui ont combattu aux côtés des poilus lors de ce premier conflit mondial.

Publié ou mis à jour le : 2025-03-28 18:47:48

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