On aurait sans doute étonné les premiers chrétiens comme les officiels romains qui les persécutèrent en tant qu’adeptes d’une religion déraisonnable et hostile si on leur avait dit qu’un jour le christianisme serait le marqueur de la romanité !...
En effet, en faisant de l'évêque de Rome le chef de l'Église universelle, la chrétienté occidentale a fini par s'identifier à l’universalisme romain. Mais ce fut une transition chaotique et douloureuse, à peine achevée à l'orée de l'An Mil.
Saint Pierre, premier évêque de Rome
La communauté chrétienne de Rome revendique sa filiation avec les apôtres Pierre et Paul, mis à mort dans la Ville éternelle vers l’an 67, sous le règne de Néron.
À la fin de l'Empire, à Rome, l’évêque, que l’on a pris l’habitude d’appeler le pape, devient le personnage central de la ville. Il est désigné comme tous les évêques par une assemblée de fidèles.
Un tournant a lieu en 451 avec le concile de Chalcédoine. En se fondant sur une lettre du pape Léon Ier (440-461), le concile fixe de manière définitive le dogme de la double nature du Christ, humaine et divine, ainsi que le dogme de la Sainte Trinité. Déjà s'affirme un semblant d'autorité de la part de l'évêque de Rome.
Au siècle suivant se déploie l'action du pape Grégoire le Grand (590-604). Animé par une dévotion intense, il signe ses lettres d’une formule qui deviendra rituelle : Servus servorum dei (« serviteur des serviteurs de Dieu »). Premier pape évangélisateur, il encourage aussi la prédication dans les confins barbares.
Le VIIe siècle voit la désunion du monde méditerranéen avec la naissance de l’islam.
Charles Martel est le maire du palais d'un lointain descendant de Clovis. C'est l'homme fort du Regnum francorum, le « Royaume des Francs » établi sur les ruines de l'empire romain d'Occident, de part et d'autre du Rhin et de la Meuse.
Lorsqu’en 751, son fils et successeur Pépin le Bref veut prendre le titre royal en lieu et place du roi mérovingien de la dynastie de Clovis, il sollicite l'avis du pape Zacharie.
Celui-ci, confronté à la menace des redoutables Lombards, ne peut plus compter sur la protection de l'empereur de Constantinople, lequel a d'autres soucis avec les Bulgares et les Arabes. Il donne donc son assentiment au changement de dynastie. En 754, son successeur le pape Étienne II (752-757) passe les Alpes et procède à Saint-Denis au sacre de Pépin et de ses fils, Carloman et Charles, futur Charlemagne.
En retour, Pépin descend avec ses guerriers dans la péninsule italienne pour soumettre les Lombards et fait don au pape de l’Italie centrale. Le pape devient ainsi le maître d’une véritable principauté, le « patrimoine de Saint Pierre » : c’est la naissance des États pontificaux. Ils vont plus ou moins garantir jusqu'en 1870 l'indépendance du souverain pontife à l'égard des autres souverains.
Le pape Léon III (795-816), d’origine modeste, voit son autorité contestée par les grandes familles romaines. Il s’enfuit auprès du roi des Francs.
En 800, celui-ci franchit les Alpes, arrive à Rome et rétablit le pape dans ses droits. En retour, le jour de Noël, alors que Charles se rend dans la basilique Saint-Pierre, le pape le couronne et lui confère le titre inédit d'« Empereur des Romains ». Ainsi le roi des Francs entre-t-il en concurrence avec l'autre empereur, celui de Constantinople.
Scandales en série au palais du Latran
Mais avec la décrépitude rapide des successeurs de Charlemagne, les papes se voient privés de leur protecteur naturel. Le trône de Saint Pierre devient le jouet des grandes familles romaines qui manipulent à leur aise l'assemblée des fidèles en charge de l'élection de leur évêque. Elles font élire des papes insignifiants et/ou indignes.
Le salut de l'Église romaine et de la papauté va venir du clergé régulier, celui qui vit selon une règle monastique.
À l'orée de l'An Mil, en Occident, le pouvoir se fractionne en une multitude de seigneuries féodales.
Cependant, les ferments de renouveau s'affirment avec l'abbaye de Cluny. Fondée en 910 et ne relevant que de l'autorité pontificale, elle porte l’idée d’une Église dégagée des intrigues seigneuriales.
Et surtout, alors que plus aucun pouvoir temporel n’est en mesure d’unir l’Occident, un nouveau mot désigne ce qui l'unit : « chrétienté ».











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Voir les 6 commentaires sur cet article
Pablo (11-05-2025 13:12:40)
On n'a aucune preuve que Pierre ait mis les pieds a Rome contrairement a Paul. Relire les actes d'apôtres.
Jean Devriendt (12-12-2016 07:57:04)
Cet article est de qualité très inégale. Il ne s’aventure pas dans ce qui fait la solidité du magistère : l’argumentaire théologique qui ici abonde : la vague mention d’Irénée ne suffi... Lire la suite
Daniel (05-12-2016 13:54:26)
Que sous Constantin l'évêque de Rome souhaitât que, avec déférence, on l'appelât "père", je l'apprends. Mais je découvre tellement quand je m'évade (trop rarement) sur ce magnifique site de M... Lire la suite