Environnement et démographie

Faux prophètes (de malheur)

Quoiqu'il en soit des réalités démographiques, une petite musique monte depuis plusieurs décennie (que l'on songe au best-seller de Paul Ehrlich, paru en 1968 : La Bombe P, P pour population). Elle instille l'idée que les premiers coupables du réchauffement climatique sont les enfants et celles qui les mettent au monde et fait fi de notre propre responsabilité, par le fait d'une consommation insatiable...

Une musique insidieuse

Cette petite musique, sciemment ou non, nous offre un alibi pour ne rien changer à notre mode de vie, sinon de remplacer notre voiture à moteur thermique par une voiture électrique ou de mieux isoler notre maison (note). Elle peut même être contre-productive en donnant à certains l'illusion de pouvoir voyager autant qu'ils le veulent en avion dès lors qu'ils n'ont pas d'enfant ! Cet alibi est illustré jusqu'à la caricature par le couple princier britannique Harry et Meghan, qui a annoncé ne pas vouloir plus de deux enfants pour des raisons écologiques. Le couple eut été plus cohérent s'il avait renoncé à ses déplacements en jets privés autour de la planète et à ses résidences de luxe, climatisées à outrance. Au demeurant, un enfant supplémentaire l'aurait peut-être conduit à renoncer à certains déplacements, pour le plus grand bénéfice de l'écologie !...

En 2009, des démographes mandatés par l'ONU (UNFPA) ont cru identifier la cause du réchauffement climatique qui menace l'humanité. Est-ce notre frénésie de consommation, qui a épuisé en moins d'un siècle des combustibles fossiles accumulés dans le sous-sol pendant 60 millions d'années ? Pas du tout. Au vu de leur rapport publié par l'ONU, ces démographes se sont laissés piéger par le « paradoxe de Bill Gates » (note) : ils ont tout bonnement attribué le réchauffement climatique aux bébés nés ou à naître, autant de consommateurs-pollueurs en puissance.

En 2017, deux universitaires de Lund (Suède) ont récidivé dans une étude publiée dans Environmental Research Letters. Faisant la synthèse de différents travaux, ils ont énoncé les mesures les mieux appropriées à leurs yeux pour enrayer le réchauffement climatique et la principale n'est autre que de renoncer à avoir un enfant (note) ! Voici ce que l'on peut lire en introduction : « Nous recommandons quatre actions prioritaires pour réduire notre impact sur le climat : avoir un enfant de moins (pour une économie moyenne de 58,6 tonnes/an d'équivalent carbone dans les pays développés), ne plus utiliser de voiture (2,4 tec/an économisées), éviter de voyager en avion (1,6 tec économisée pour un vol transatlantique) et manger bio et végétarien (0,8 tec/an économisées). » 

Selon cette étude qui a fait la Une des médias, l'« enfant de moins » aurait donc un impact de 58,6 tonnes/an d'équivalent carbone, soit huit fois les émissions d'un Européen moyen ! Cette bizarrerie résulte d'une grossière erreur de raisonnement (note) : les universitaires de Lund ont pris en compte les émissions dudit enfant tout au long de sa vie ainsi que les émissions de tous ses descendants jusqu'à la fin des temps, en les attribuant à l'ancêtre fondateur selon un subtil principe de répartition... Ce faisant, ils supposent que nos descendants émettront autant de CO2 que nous et surtout, ils oublient que ce ne sont pas les émissions du XXIIe siècle qui font problème, ni même celles des années 2080 mais celles des prochaines années, d'ici à 2050. Or, dans cette période-là, on l'a vu, les enfants nés ou à naître ont très peu d'impact sur les émissions de CO2 !

Toujours en 2017, la revue Bioscience relayée en France par Le Monde a publié un appel de 15000 scientifiques relatif à l'état de la planète. Les signataires, pour la plupart des biologistes et des physiciens, ont proposé treize mesures dont neuf ou dix se rapportent à... leur discipline : la biologie. Pour le reste, ils suggèrent d'« accélérer la baisse mondiale de la fécondité » et demandent que l'on « définisse scientifiquement un volume de population soutenable sur le long terme et que l'on obtienne des gouvernants qu'ils mettent en oeuvre les moyens appropriés à cet objectif ».

On entre ici dans le côté sombre de l'écologie. C'est la tentation de réduire la population humaine au besoin par des mesures coercitives et violentes. De ces mesures, on a eu un aperçu en Chine (politique de l'enfant unique) et en Inde (stérilisations forcées).

L'enjeu véritable : 1 tonne de CO2 par humain et par an dès maintenant !

Les auteurs des publications ci-dessus se fourvoient en oubliant l'enjeu : faire en sorte que la teneur en CO2 de l'atmosphère n'augmente plus, autrement dit, que toutes les émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre soient absorbées année après année par les puits de carbone (forêts, océans, etc.). On estime aujourd'hui ces émissions annuelles à 40 milliards de tonnes dont 10 milliards sont absorbées par les puits de carbone. Il s'agit donc de les ramener à 10 milliards de tonnes (un peu plus d'une tonne par humain et par an) dans les deux décennies à venir, avant que le réchauffement ne s'emballe.
C'est un objectif atteignable sans porter atteinte à notre bien-être essentiel (alimentation, santé, éducation), simplement en nous dispensant d'utiliser quotidiennement une voiture, de mal chauffer notre logement, de voyager une ou plusieurs fois par an d'un continent à l'autre, de recourir aux services numériques (achats en ligne, vidéos et réseaux virtuels), bref, en tournant le dos à un mode de vie consumériste qui néglige l'essentiel et privilégie le futile... Cet enjeu n'a rien à voir avec les enfants à naître. 


Publié ou mis à jour le : 2025-10-14 14:09:51

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