Musée du Prado

Éclectisme royal

Au coeur de Madrid, derrière une façade massive et sans élégance, le musée national du Prado héberge les magnifiques collections de peinture de l'ancienne monarchie espagnole.

Ce musée, l'un des plus grands du monde, a ouvert ses portes le 19 novembre 1819 sous le nom de Musée royal des peintures. Le roi Ferdinand VII voulait de cette façon permettre au public de découvrir les collections accumulées par ses aïeux, selon une démarche inaugurée en 1793 en France avec l'ouverture du Louvre... par les régicides de la Convention.

Le musée du Prado (Madrid)

Au cœur de l'identité espagnole

L'idée d'un musée national est née... de l'occupation napoléonienne. C'est en effet Joseph Bonaparte, que son frère Napoléon avait installé sur le trône des Bourbons, qui prit en 1809 un décret pour créer à Madrid un musée de peinture. Il devait s'appeler... le Musée Joséphin !

En 1811 enfin, on décida de l'établir dans un grand bâtiment de style néoclassique construit en 1785 par l'architecte Juan de Villanueva sur le Prado de San Jerónimo (l'esplanade de l'église Saint-Jérôme-le-Royal).

Sa construction avait été commandée par José Moñino y Redondo, comte de Floridablanca, Secrétaire d'État du roi Charles III. Homme des Lumières, franc-maçon et adepte du despotisme éclairé, il voulait en faire un Cabinet d'Histoire naturelle et une Académie des Sciences mais son éviction du gouvernement en 1792 ne lui en laissa pas le temps.

Après l'éviction des Français et le retour des Bourbons sur le trône en la personne de Ferdinand VII, le projet de musée fut activement poursuivi, pour la plus grande gloire de la dynastie. Il fut achevé en à peine cinq ans.

Propriété personnelle du roi, le nouveau musée reflète avant tout le goût des souverains espagnols pour la peinture européenne, depuis les Rois Catholiques. Il ne se veut pas encyclopédique ni représentatif de tout l'art occidental ou universel, à la différence de ses illustres prédécesseurs, le précurseur (British Museum) et le plus complet (Louvre).

Artémise, Rembrandt, Artémise, 1634, Madrid, musée du Prado.

À son ouverture, le Prado compte 311 peintures, toutes d'artistes espagnols. Mais sa collection s'étend très vite et dix ans plus tard, il compte déjà plus de quatre mille tableaux d'un grand éclectisme.

Avec Charles Quint et surtout son fils Philippe II, la monarchie s'était en effet dotée d'une très riche collection de peintures flamandes et italiennes de leur époque (Van der Weyden, Van Eyck, Titien etc.).

Le Corrège, Noli me tangere, vers 1525, Madrid, musée du Prado. Agrandissement : Le Greco, Saint Jean l'Évangéliste, 1609, Madrid, musée du Prado.Au siècle suivant, Siècle d'Or de l'Espagne et apogée de la peinture espagnole, le roi Philippe IV prit sous sa protection Vélasquez et El Greco. Il profita aussi de la dispersion aux enchères de la collection du roi d'Angleterre Charles Ier, après sa décapitation en 1649, pour acquérir des chefs-d'oeuvre italiens ou allemands. Avec la fin des Habsbourg et l'arrivée des Bourbons en 1700 en la personne de Philippe V, petit-fils de Louis XIV, les monarques s'orientèrent vers la peinture française.

Le 29 septembre 1833, la mort du roi Ferdinand VII fait craindre que les collections du musée ne soient dispersées comme le reste de son héritage. Mais sa fille la reine Isabelle fit en sorte de racheter à sa soeur cadette les collections qui lui revenaient. En 1865, enfin, le musée fut transféré à la Couronne pour ne plus courir le risque d'un démantèlement.

L'intérêt du Prado tient à la richesse de ses collections mais aussi à... sa situation. En effet, sa façade à colonnes s'étire le long du Paseo del Prado (la Promenade du Prado), l'un des grands boulevards qui ceinturent le Madrid historique. De l'autre côté de ce boulevard se situe le musée national Thyssen-Bornemisza. À son extrémité, en direction de la gare centrale d'Atocha, se situe le troisième grand musée de peinture de Madrid, le musée de la Reine Sophie (son chef-d'oeuvre le plus connu est Guernica, de Picasso). Autant dire que les amateurs ont matière à rassasier leurs sens. 

Un copiste à l'oeuvre dans le musée du Prado (Madrid), photo : Herodote.net, 2015

Publié ou mis à jour le : 2022-04-21 16:16:23

 
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