26 aot 2016

Crinoline et burkini : la mode est politique !

L'arrive des burkinis sur les plages franaises en cet t 2016 a suscit dans les mdias et la classe politique une polmique comme les Franais les aiment.

Les mdias anglo-saxons et allemands ne sont pas les derniers s'en tonner et en sourire. Faut-il leur donner raison?

On peut ne voir dans les vêtements islamiques - voile, burqua, burkini - qu'un effet de mode. Et l'on peut s'interdire de les interdire au nom de la liberté qui prévaut dans les pays occidentaux. Au nom aussi du simple bon sens : comment définir sans équivoque possible un voile ou une tenue de bain illicite ? Confronté à cette difficulté, le Conseil d'État a répondu en juriste, en suspendant l'arrêté d'interdiction de Villeneuve-Loubet. 

Mais la mode elle-même n'est pas innocente. Elle est porteuse de sens politique et accompagne toutes les transformations sociales, pour le meilleur et pour le pire. Elle est indissociable du statut de la femme, de ses avancées comme de ses reculades. La vigilance reste de mise.

Crinoline, sels et potiches

Madame Tallien (Thérésa Cabarrus) (31 juillet 1773, Carabanchel Alto, Madrid ; 15 janvier 1835, Chimay, Belgique), portrait par François Gérard, en 1804Au début du XIXe siècle, les femmes de l'aristocratie et de la bourgeoisie ont abandonné les mousselines transparentes et vaporeuses en vogue à la fin de l'Ancien Régime pour les crinolines et les corsets.

À partir de 1830 se généralisent dans la haute société les vêtements à armatures (corsets et baleines), timidement apparus à la Renaissance. Ils emprisonnent le corps et obligent les femmes à avoir recours fréquemment aux flacons de sel pour retrouver leurs esprits.

Ce changement de mode n'est pas seulement affaire de goût. Il traduit l'exclusion des femmes de la vie sociale, à la faveur de la résurgence du droit romain.

Le Code Napoléon de 1804, étendu à l'ensemble de l'Europe continentale, exprime sans détour cette régression qui fait fi de huit siècles d'émancipation féminine progressive et difficile.

Rappelons le joli mot de la peintre Élisabeth Vigée-Lebrun à propos de l'Ancien Régime : « Les Femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées » [plutôt que de la Révolution, il s'est agi de l'Empire et de la Restauration].

Structure d'une robe en crinoline, avec jupons superposés, armatures et corset (vers 1860)De fait, de la Restauration monarchique (1815) à la fin du XXe siècle, aucune femme ne joue plus de rôle prépondérant dans la vie politique et économique, en France et dans le reste du monde (sauf une impératrice douairière en Chine !).

Rien de comparable avec les siècles précédents. Sans remonter à Aliénor d'Aquitaine et Elizabeth 1ère, pensons seulement à Catherine IIMarie-Thérèse... et dans le domaine profane à Mme du Châtelet

En matière de moeurs, on est aussi à l'opposé de la liberté des siècles précédents. Autant la loi se montre tolérante à l'égard de l'adultère masculin, autant elle devient impitoyable à l'égard de son correspondant féminin.

Mais cette régression a été de courte durée car, tout au long du XIXe siècle et jusqu'à nos jours, des femmes ont pu transmettre d'une génération à l'autre leur volonté d'émancipation, de Mme Vigée-Lebrun à George Sand, Sarah Bernhardt, Simone de Beauvoir... Élisabeth Badinder.

Grâce à elles a pu être refermée cette malheureuse parenthèse de plus d'un siècle. Leur revanche, amorcée au début du XXe siècle, coïncide très clairement avec le retour à des vêtements légers qui facilitent les mouvements et l'activité. Adieu crinolines et corsets, voici les pantalons, pratiques pour la bicyclette, et les jupes droites ou plissées. En 1946 triomphe même le bikini. Il inaugure les « Trente Joyeuses ».

Servitude volontaire et mariage clanique

Au milieu du XXe siècle, quand la balance démographique penchait encore du côté de l'Europe et de ses satellites, la mode européenne, porteuse de nos valeurs « universelles », ambitionnait de conquérir le monde. Même les jeunes filles des pays musulmans se ralliaient avec de grands rires joyeux à la mode du bikini. Aujourd'hui, premières victimes de la poussée islamiste, elles baissent les yeux et se cachent derrière le hideux voile des lendemains qui déchantent.

Le burkini et le voile islamiques, aussi ridicules que pouvaient l'être les robes à crinoline, illustrent une nouvelle régression de la condition féminine, plus menaçante que celle du XIXe siècle parce qu'elle est suscitée par un courant politique exogène, étranger à notre sphère de valeurs et porté par le dynamisme démographique du monde islamique.

Si les Français s'en désolent plus que quiconque, c'est qu'ils perçoivent derrière ces vêtements quelque chose de pire que la servitude volontaire des musulmanes : la fin de l'amour « libre » et du droit de s'unir à la personne de son choix. Plus qu'un signe de pudeur, le voile islamique est un message au jeune non-musulman : « Passe ton chemin ! Je me réserve à un vrai croyant, voire tout simplement à mon cousin ou au mari que mes parents auront choisi pour moi ».

Cette restriction jette à bas mille ans d'exogamie occidentale. Elle est déjà perceptible dans le recul des mariages mixtes euro-maghrébins, un recul manifeste depuis un quart de siècle et relevé par des démographes aussi différents qu'Emmanuel Todd et Michèle Tribalat.

On conçoit que nos cousins anglo-saxons ou allemands n'en aient cure car, jusqu'à une période récente, ils tendaient à privilégier les unions intra-communautaires (c'est en 2000 seulement que l'Alabama a légalisé les mariages mixtes). C'est pourquoi ils peuvent se montrer si critiques sur la répression par la République française des signes ostentatoires religieux.

Alors, dérisoire, le débat de cet été 2016 sur le burkini ? Oui, hélas. Il ne sert à rien de l'interdire car cette tenue, comme le voile islamique, n'est que « l'écume des choses » (Paul Valéry). Ce qui importe est la vague de fond qui lui vaut sa popularité. C'est le refus d'un nombre croissant de musulmans et de jeunes convertis d'adhérer à notre système de valeurs.

Mais pouvons-nous leur en faire reproche si notre classe dirigeante, à gauche et à droite, n'y adhére que du bout des lèvres, si elle se détourne de notre culture, n'ose plus revendiquer notre Histoire et n'a plus d'yeux que pour le CAC 40 et le pacte de stabilité monétaire ?

Joseph Savès
Publi ou mis jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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