21 août 2016 - Crinoline et burkini : la mode est politique ! - Herodote.net

21 août 2016

Crinoline et burkini : la mode est politique !

L'arrivée des burkinis sur les plages françaises en cet été 2016 a suscité dans les médias et la classe politique une polémique comme les Français les aiment.

Les médias anglo-saxons et allemands ne sont pas les derniers à s'en étonner et en sourire. Faut-il leur donner raison ?

On peut ne voir dans les vêtements islamiques - voile, burqua, burkini - qu'un effet de mode. Et l'on peut s'interdire de les interdire au nom de la liberté qui prévaut dans les pays occidentaux. Au nom aussi du simple bon sens : comment définir sans équivoque possible un voile ou une tenue de bain illicite ? Confronté à cette difficulté, le Conseil d'État a répondu en juriste, en suspendant l'arrêté d'interdiction de Villeneuve-Loubet. 

Mais la mode elle-même n'est pas innocente. Elle est porteuse de sens politique et accompagne toutes les transformations sociales, pour le meilleur et pour le pire. Elle est indissociable du statut de la femme, de ses avancées comme de ses reculades. La vigilance reste de mise.

Crinoline, sels et potiches

Au début du XIXe siècle, les femmes de l'aristocratie et de la bourgeoisie ont abandonné les mousselines transparentes et vaporeuses en vogue à la fin de l'Ancien Régime pour les crinolines et les corsets.

À partir de 1830 se généralisent dans la haute société les vêtements à armatures (corsets et baleines), timidement apparus à la Renaissance. Ils emprisonnent le corps et obligent les femmes à avoir recours fréquemment aux flacons de sel pour retrouver leurs esprits.

Structure d'une robe en crinoline, avec jupons superposés, armatures et corset (vers 1860)Ce changement de mode n'est pas seulement affaire de goût. Il traduit l'exclusion des femmes de la vie sociale.

Le Code Napoléon de 1804, étendu à l'ensemble de l'Europe continentale, exprime sans détour cette régression qui fait fi de huit siècles d'émancipation féminine progressive et difficile.

De fait, de la Restauration monarchique (1815) à la fin du XXe siècle, aucune femme ne joue plus de rôle prépondérant dans la vie politique et économique, en France et dans le reste du monde (sauf une impératrice douairière en Chine !).

Rien de comparable avec les siècles précédents. Sans remonter à Aliénor d'Aquitaine et Elizabeth 1ère, pensons seulement à Catherine IIMarie-Thérèse... et dans le domaine profane à Mme du Châtelet

En matière de moeurs, on est aussi à l'opposé de la liberté des siècles précédents. 

Mais cette régression a été de courte durée. La fermeture de cette malheureuse parenthèse coïncide très clairement avec le retour à des vêtements légers qui facilitent les mouvements et l'activité. Adieu crinolines et corsets, voici les pantalons, pratiques pour la bicyclette, et les jupes droites ou plissées. En 1946 triomphe même le bikini. Il inaugure les « Trente Joyeuses ».

Servitude volontaire et mariage clanique

Au milieu du XXe siècle, quand la balance démographique penchait encore du côté de l'Europe et de ses satellites, la mode européenne, porteuse de nos valeurs « universelles », ambitionnait de conquérir le monde.

Le burkini et le voile islamiques, aussi ridicules que pouvaient l'être les robes à crinoline, illustrent une nouvelle régression de la condition féminine, plus menaçante que celle du XIXe siècle parce qu'elle est suscitée par un courant politique étranger à notre sphère de valeurs et porté par le dynamisme démographique du monde islamique.

Si les Français s'en désolent plus que quiconque, c'est qu'ils perçoivent derrière ces vêtements quelque chose de pire que la servitude volontaire des musulmanes : la fin de l'amour « libre » et du droit de s'unir à la personne de son choix.

Cette restriction jette à bas mille ans d'exogamie occidentale. Elle est déjà perceptible dans le recul des mariages mixtes euro-maghrébins, un recul manifeste depuis un quart de siècle et relevé par des démographes aussi différents qu'Emmanuel Todd et Michèle Tribalat.

On conçoit que nos cousins anglo-saxons ou allemands n'en aient cure car, jusqu'à une période récente, ils tendaient à privilégier les unions intra-communautaires (c'est en 2000 seulement que l'Alabama a légalisé les mariages mixtes). C'est pourquoi ils peuvent se montrer si critiques sur la répression par la République française des signes ostentatoires religieux.

Alors, dérisoire, le débat de cet été 2016 sur le burkini ? Oui, hélas. Il ne sert à rien de l'interdire car cette tenue, comme le voile islamique, n'est que « l'écume des choses » (Paul Valéry). Ce qui importe est la vague de fond qui lui vaut sa popularité. C'est le refus d'un nombre croissant de musulmans et de jeunes convertis d'adhérer à notre système de valeurs.

Mais pouvons-nous leur en faire reproche si notre classe dirigeante, à gauche et à droite, n'y adhére que du bout des lèvres, si elle se détourne de notre culture, n'ose plus revendiquer notre Histoire et n'a plus d'yeux que pour le CAC 40 et le pacte de stabilité monétaire ?

Alban Dignat
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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