20 octobre 1740

Avènement tumultueux de Marie-Thérèse

Le 20 octobre 1740, à Vienne, Marie-Thérèse (23 ans) monte sur le prestigieux trône d'Autriche laissé vacant par la mort de son père, Charles VI de Habsbourg. C'est la conséquence d'une réforme constitutionnelle - la « Pragmatique Sanction » de 1713 - par laquelle les Habsbourg se donnent le droit de transmettre leurs États héréditaires (Autriche, Hongrie, Bohème...) à une fille en l'absence d'héritier mâle.

Marie-Thérèse devient donc archiduchesse d'Autriche et reine de Hongrie, mais ne peut en tant que femme se faire élire à la suite de son père à la tête du Saint Empire romain germanique. C'est donc pour son mari le grand-duc François III de Lorraine-Teschen qu'elle revendiquera ce titre.

L'avènement de Marie-Thérèse à la tête de l'Autriche et de son mari à la tête de l'Empire sont aussitôt contestés par les principaux souverains d'Europe. Mais la souveraine va faire front et gagner ses galons de grand chef d'État au terme d'une longue guerre de Succession d'Autriche

Ysaline Homant

De l'impossibilité d'être femme et impératrice

Né le 1er octobre 1685, Charles VI était le fils cadet de l'empereur Léopold Ier de Habsbourg, titulaire du Saint Empire romain germanique (on dit aussi : empereur électif d'Allemagne). Il avait d'abord postulé pour la couronne d'Espagne, en concurrence avec le petit-fils de Louis XIV. Celui-ci l'avait emporté à l'issue de la longue et rude guerre de la Succession d'Espagne, devenant le roi Philippe V par les traités d'Utrecht, le 11 avril 1713, et de Rastatt, le 6 mars 1714. 

Entretemps, son frère aîné Joseph Ier étant décédé de la variole, le 17 avril 1711, Charles était devenu le souverain absolu des États héréditaires de la maison des Habsbourg (grand-duché d'Autriche, royaumes de Bohème et de Hongrie...). Comme ses ancêtres depuis trois siècles, il devait assumer également la fonction symbolique d'empereur. Il allait aussi recevoir à Rastatt, en 1714, différentes possessions appartenant précédemment aux Habsbourg d'Espagne (Pays-Bas, grand-duché de Toscane, duchés de Parme et de Plaisance, royaume de Naples).

Marie-Thérèse d'Autriche en 1727, à dix ans (Andras Moller, musée historique de Vienne)À peine âgé de 28 ans, n'ayant pas encore d'enfant mâle pour lui succéder, Charles VI prévoit par la « Pragmatique Sanction » du 19 avril 1713 que son héritage pourrait revenir le cas échéant à l'aînée de ses filles... On ne saurait être trop prudent ! 

L'ordonnance impériale doit éviter le morcellement des États héréditaires. Mais elle n'est agréée que du bout des lèvres par les souverains européens.

Sans compter que les règles de succession du Saint Empire romain germanique ne permettent pas à une femme de porter le titre impérial.

Autant dire qu'il faudra beaucoup d'énergie et d'habileté à sa future fille Marie-Thérèse pour faire valoir ses droits.

Une femme de poids

François-Étienne de Lorraine enfant, vers 1725 (Pierre Gobert, château de Versailles)Née à Vienne le 13 mai 1717 à Vienne, l'archiduchesse obtient d'épouser à 19 ans, le 12 février 1736, son cousin François-Étienne de Lorraine (28 ans).

Sa mère est Mademoiselle de Chartres, fille de Philippe d'Orléans et nièce de Louis XIV ! Il a hérité du duché de Lorraine et de Bar à la mort de son père Léopold Ier le 27 mars 1729.

Mais pour épouser Marie-Thérèse et éventuellement recevoir le titre d'empereur, il doit au préalable renoncer à son duché, que la France ambitionne d'annexer. Il l'échange contre le grand-duhé de Toscane.

Marie-Thérèse l'aimera passionnément jusqu'à la mort et le grand-duc lui rendra son amour tout en s'autorisant quelques écarts de conduite.

Après la mort de son père, Marie-Thérèse va réussir grâce à son énergie et sa séduction à conserver les titres d'archiduchesse d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême, son mari recevant en 1745 le titre impérial sous le nom de François Ier.

Mais elle ne peut empêcher l'annexion brutale de la Silésie par le roi de Prusse Frédéric II. Cette agression brutale marque le début de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), la Prusse, la France et la Bavière refusant de reconnaître ses droits sur les États héréditaires d'Autriche.

Sans attendre, Marie-Thérèse se rend à la diète de Presbourg, capitale de la « Hongrie royale », pour se faire agréer par les nobles hongrois et obtenir leur appui face à l'agression prussienne. Les Hongrois n'admettant pas une femme à leur tête, elle est couronnée « roi » de Hongrie le 25 juin 1741.

Elle va ensuite péniblement se sortir de la guerre, sans toutefois récupérer la Silésie, et comprendra l'urgence de moderniser ses États. 

Le palais de Schönbrunn, près de Vienne

Remise en ordre

Pendant son long règne, Marie-Thérèse va protéger habilement les intérêts de l'Autriche, au prix de plusieurs renversements d'alliance et avec le conseil avisé du comte Wenzel de Kaunitz-Rittberg (1711-1794).

Ambassadeur à Versailles en 1750, il prépare un spectaculaire « renversement des alliances » et va le conduire à son terme après être devenu en 1753 ministre des Affaires étrangères. Conclue le 1er mai 1756, l'alliance entre l'Autriche et la France va conduire à une nouvelle guerre, la guerre de Sept Ans. En dépit des succès de ses armées, Marie-Thérèse n'arrivera pas à recouvrer la Silésie avec la paix de Hubertsbourg, le 15 février 1763.

En guise de compensation, le prince de Kaunitz va dix ans plus tard se rapprocher du roi de Prusse Frédéric II pour un premier partage de la Pologne qui procurera la Galicie à l'Autriche. Enfin, en 1778, à la suite de la guerre de Succession de Bavière, il va donner à l'empire le district de l'Inn...

Une mère comblée
François de Lorraine et Marie-Thérèse de Habsbourg avec leur nombreuse progéniture (Martin Van Meylens le Jeune, 1755, musée de Versailles)

Profondément amoureuse de son marie François-Étienne de Lorraine, Marie-Thérèse a donné le jour à seize enfants en 29 ans de mariage. C'est mieux que la douce Marie Leszczinska, épouse du roi de France Louis XV, qui s'était arrêtée à dix enfants.
Parmi les enfants de Marie-Thérèse : les futurs empereurs Joseph II et Léopold II, ainsi que Marie-Antoinette, future reine de France (elle figure dans le berceau de l'arrière-plan sur le portrait ci-dessus), Ferdinand, duc de Modène, Marie-Caroline, reine de Naples...
Sur les seize enfants, sept sont morts jeunes, laissant à chaque fois leurs parents dévastés. C'est qu'en dépit de sa charge de travail (quinze heures par jour) et de ses obligations (pas moins de deux guerres de sept ans), Marie-Thérèse s'est montrée « bonne mère » et très affectueuse à l'égard de ses enfants comme de son mari, une exception dans la société aristocratique du XVIIIe siècle. Mais en tant d'impératrice, elle a eu soin d'assurer à ses enfants des mariages politiques, sans égard pour leurs sentiments.

La Mère de ses peuples

La souveraine, qui se veut la Mère de ses peuples, lance avec le chancelier Friedrich von Haugwitz des réformes qui ne doivent rien aux philosophes ni aux idées libérales en vogue dans les salons de la bourgeoisie européenne (il en ira tout autrement de son fils Joseph II lorsqu'il règnera seul, après 1780).

Elle crée en 1760 un Conseil d'État devant lequel sont portées toutes les affaires importantes de l'empire. En 1768, peu après la mort de Haugwitz (1765), elle promulgue un code pénal qui unifie les lois de l'empire. Elle fonde en 1776 un Theresianum destiné à la formation des fonctionnaires civils et militaires...

Bien que d'une grande piété, elle n'hésite pas à revoir les relations de l'Église avec l'État et, à regret, expulse la trop puissante Compagnie de Jésus après que le pape lui-même l'eût dissoute en 1773.

On lui doit la construction du palais de Schönbrunn, près de Vienne. Ce palais marque en Autriche le passage du style baroque au rococo. Il est l'équivalent viennois de Versailles.

Plusieurs décennies après la mort de Marie-Thérèse, son effigie continuera de circuler sur les fameux thalers d'argent en circulation dans le monde entier, en particulier aux Amériques, en Europe centrale et au Moyen-Orient. 

Un thaler à l'effigie de Marie-Thérèse (1780)

La famille impériale en 1776 avec, autour de Marie-Thérèse, Marie-Christine et son mari Albert de Saxe, Maximilien, Marie-Anne, Marie-Elisabeth et Joseph II (Heinrich Füger)
Le « joséphisme »

Marie-Thérèse régna en souveraine absolue sur 14 millions de sujets pendant quarante ans, jusqu'à sa mort le 29 novembre 1780, à Vienne, à 63 ans.

Son mari, à qui elle n'a laissé aucune initiative, est mort quinze ans plus tôt, le 18 août 1765, à Innsbrück. Le titre impérial fut alors transmis à leur fils Joseph II de Habsbourg-Lorraine.

Mais celui-ci dut attendre la mort de sa mère pour régner enfin à près de 40 ans. Assisté de l'inusable Kaunitz, devenu chancelier, il ne craignit pas de bouleverser aussitôt les États autrichiens.

Ce fut l'« Aufklärung » : fin du servage, expulsion des Jésuites, édit de tolérance, suppression des ordres contemplatifs, suppression de la torture, abolition des corporations... Joseph II fit aussi du haut allemand la langue officielle de l'empire, à la grande fureur des minorités.

Dominé par la haine du clergé et de la papauté, le « joséphisme » se solda par un échec cuisant... mais il montra la voie aux révolutionnaires français.

Publié ou mis à jour le : 2020-11-19 18:53:29

 
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