Montpellier

Cité de marchands et de médecins

Montpellier : immeubles haussmaniens de la place de la Comédie ; agrandissement : les toits de l'Ecusson, centre historique de la villeLa capitale de l’Hérault est une ville pour les flâneurs. Avec ses ruelles pavées, ses boulevards bordés de commerces et ses plages de sable à deux pas, la cité occitane baignée de soleil près de 300 jours par an est un endroit facile à vivre.

Montpellier, aux origines médiévales, est singulière. Celle qui a bâti sa renommée sur son activité marchande et sur la réputation de sa faculté de médecine (la plus ancienne active au monde, fondée il y a 800 ans, le 17 août 1220 !) prétend aujourd'hui rivaliser avec sa voisine Toulouse, prête à révéler son histoire et ses charmes particuliers.

Il est un mystère pour lequel les Montpelliérains d’aujourd’hui s’enflamment encore : l’étymologie ! Le nom de la ville viendrait-il du Mons Pessulus, « l’écluse » pour sa position stratégique, ou du Mons Pistillarius, la « colline des épiciers » en raison de son commerce prospère ? Difficile de trancher. Mais si vous demandez à la population, il est fort à parier que certains vous répondront avec fierté que l’origine du nom vient de Mons Pastellorum, la « colline de pastels ». La référence à la qualité des pigments utilisés dans la teinture des tissus, dont le négoce faisait l’attractivité commerciale de Montpellier, permet ainsi de tenir la dragée haute à Toulouse : le pastel était en effet l’or bleu de la ville rose !

Chrystel Lupant
Naissance et noces heureuses

Situé sur deux collines basses de l’ancienne Gaule narbonnaise, le site d'aujourd'hui était, au IIe siècle avant J.-C., traversé par la Via Domitia reliant la Gaule, l'Italie et l'Espagne. Hormis cette voie de communication, et contrairement à ses illustres voisines, Montpellier n'a donc aucun héritage antique !

La cité naît en 985 sur une hauteur qui domine le fleuve Lez et son affluent, le Verdanson. Elle est alors citée dans les archives comme une « villa » de dix hectares de terres arables, objet d’une donation de Bernard II de Melgueil en faveur de Guilhem Ier, en échange du dévouement de ce dernier.

Jouant adroitement le jeu des pactes politiques, la « dynastie Guilhem » apporte la prospérité. Le fief se mue en bourg doté d'un château et d'une chapelle et se protège derrière un rempart de forme pentagonale. En raison de ce contour si particulier, il léguera son nom au quartier devenu centre névralgique : l’Écusson.

Sceau de 1190 qui représente Guilhem VIII jouant de la harpe.Vient le temps de noces et des alliances flatteuses : Guilhem VII épouse en 1156 une descendante d’Hugues Capet, Mathilde de Bourgogne, et leur fils Guilhem VIII se marie en 1174 avec Eudoxie, nièce de l’empereur de Byzance. Montpellier monte en puissance !

En 1204, la ville devient territoire des rois d'Aragon par le mariage de Pierre II avec Marie, qui a reçu la ville et ses dépendances en dote. L’histoire urbaine de Montpellier prend un nouveau virage, tout en maintenant une certaine liberté et le droit de choisir ses consuls. La chronique en est témoin : « Aysso es lo comessamen del cossolat » (« Ceci est le commencement du consulat », lequel perdurera jusqu’au XVe siècle).

Appréciée pour ses productions textiles, la cité s’agrandit et inclut deux ports actifs, Juvénal et Lattes. Elle s’impose comme une puissante ville marchande, au carrefour de la route du sel, provenant de Camargue, et de la route des pèlerins en chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Et pour répondre à la demande de ces visiteurs de passage, commerçants avec pignon sur rue et marchands d’épices, des usuriers et des banquiers prennent l'habitude de s'installer autour de l’église Notre-Dame des Tables, en référence aux étals installés au plus près du sanctuaire. Les marchands du Temple ne sont jamais très loin…

Montpellier est cosmopolite. L’importance du négoce et la forte présence de la communauté juive n’y sont pas étrangères. Écrivant de Montpellier en 1165, le rabbin Benjamin de Tudela note : « C'est un endroit bien situé pour le commerce. Il est à un parasang [soit 6 kilomètres] de la mer, et les hommes y viennent pour affaires de tous les côtés, d'Edom, Ishmaël, la terre d'Algarve, la Lombardie, de Rome la Grande, de toute la terre d'Égypte, de Palestine, Grèce, France, Asie et Angleterre. On y trouve des gens de toutes les nations qui font des affaires par l'intermédiaire des Génois et des Pisans. Dans la ville, il y a des érudits de grande importance ».

Un bain secret

Pour découvrir l’un des lieux les plus étonnants de la ville, il faut s'enfoncer à 5 mètres sous terre par un escalier très étroit, au cœur du quartier juif médiéval. Là se dévoilent, dans une semi-pénombre, les vestiges d’un bain rituel juif datant du XIIIsiècle. Le mikvah (ou mikvé),découvert en 1985, préserve encore son déshabilloir et son bassin permettant l’immersion individuelle dans une eau d’un bleue limpide.

Cette pureté s’explique par l’ingéniosité des Juifs médiévaux. La cuve n’est pas alimentée par des canalisations, mais par l’excavation de la roche. Encore de nos jours, cela permet à l’eau, par capillarité, de passer sans stagner.

Rares sont les Mikvah médiévaux préservés. Le montpelliérain ne doit sa survie qu’à ses multiples transformations au travers des âges, en cave à charbon, puis en débarras. De nos jours, il reste un lieu encore assez secret, même des habitants !

La Mikvah dans le quartier juif médiéval de Montpellier.

Capitale de la médecine

Les débuts de la ville économique se confondent avec ceux de l’enseignement de la médecine. Dès 1181, une large majorité de la population se voit octroyer le droit d’exercer et d’enseigner la médecine. Ces thérapeutes sont souvent des marchands qui ont appris au Levant les secrets des herbes médicinales et se sont reconvertis dans la médecine libérale. Ils pratiquent leur art de quartier en quartier, de ville en ville, accompagnés d'élèves avides d'apprendre. 

Mais face à une pratique sans cadre ni règle, la nécessité de garantir et d’organiser le savoir devient impérieuse. En 1220, le statut d’Universitas medicorum est donc concédé par le légat apostolique Conrad d’Urach.

Les débuts de l’école de médecine sont plus que prometteurs et les voyageurs de passage célèbrent, dans leur correspondance épistolaire, la qualité de l’enseignement aussi bien que le sérieux des médecins. En1340 est créé le prestigieux cours d’anatomie. 

La cité devient l’équivalent français de Bologne ou de Padoue, aussi bien dans la renommée de son école de médecine que par sa puissance commerciale.

Salle du conseil de la faculté, sous l’égide des Illustres de l’université, et la devise au-dessus du buste d’Hippocrate.

Une capitale du négoce

Tour porche de la cathédrale. La ville s’enrichit sous la protection de la couronne d’Aragon et la vigilance de la papauté d’Avignon. Le pape Urbain V, attaché à la ville qu’il décrit comme « un riant jardin de science », lui donne un nouveau monastère, dédié aux saints Benoît et Germain. Le monument est remarquable : le porche très inhabituel de sa chapelle, soutenu par deux hautes tours fuselées, est inédit. La large bâtisse deviendra cathédrale en 1536, par le transfert de l’évêché de Maguelonne à Montpellier, et sera placée sous le vocable de saint Pierre.

L’entrée de Montpellier dans le royaume de France, vendue en 1349 pour 120 000 écus d’or, marque un nouveau temps. La gestion par six nobles de différentes guildes, élus le 1er mars de chaque année, est maintenue. En bons administrateurs et diplomates qualifiés, ils dotent la ville d'une puissante flotte maritime. Parallèlement, ils concluent des alliances avec les grands ports d'Italie et d'Espagne et obtiennent auprès du pape le droit de faire du commerce avec les « Infidèles ». En tant que principal centre du négoce des épices, Montpellier est un poumon économique. Rendez vous compte : à l’époque, elle est la deuxième ville la plus importante de France, avec 40 000 habitants !

Quand les pins disparaîtront… 

Mais les contributions de guerre et le départ de la cour pontificale avignonnaise en 1419 changent tout. La population chute à 15 000 habitants. La ville perd de son attrait, et cela tombe mal ! La concurrence commerciale dans la vallée du Rhône s’accroît tandis que les ports de Lattes et d’Aigues-Mortes s’envasent.

Tour des pinsMême l’installation de Jacques Cœur dans la cité, en 1432, et les fonds qu’il débloque pour le réaménagement du port n’entravent pas le déclin. Cela profite à Marseille, rattachée à la couronne de France en 1481 et devenue un port rival.

Le commerce méditerranéen vit qui plus est des heures sombres, affecté par le commerce atlantique et les voies portugaises qui contournent l’Afrique. Montpellier perd son rang économique mais demeure première de la classe sur le plan intellectuel.

Elle forme François Rabelais, Guillaume Rondelet ou François Vautier, médecin très proche de Marie de Médicis, ce qui lui valut d’ailleurs d’être embastillé 12 ans par Richelieu ! La faculté de médecine voit sur ses bancs également un illustre personnage : Michel de Nostredame, dit Nostradamus.

L’accueil reçu par l’auteur des célèbres quatrains n’est pas des plus chaleureux. Venu y poursuivre ses études, Nostradamus est rapidement exclu de l’université en raison de son précédent emploi… d’apothicaire ! Si aujourd’hui, pharmaciens et médecins collaborent main dans la main, il n’en était pas de même au XVIe siècle. Son court séjour montpelliérain a cependant marqué les esprits, et sa prophétie « Quand les pins disparaîtront, la ville périra » a causé bien des tracas aux consuls de la ville !

Les résineux auxquels il est fait référence sont ceux qui poussaient au sommet de la Tour des Pins, un dernier vestige des remparts médiévaux. Les pins sont morts, Montpellier est toujours là… mais il faut avouer que chaque arbre défaillant a été remplacé, juste au cas où la prédiction s’avérerait vraie. Superstition, quand tu nous tiens !

Guerre et paix

Et pourtant, Montpellier a bien failli disparaître !

Les violents affrontements entre protestants et catholiques, durant les Guerres de Religion, conduisent la ville à la ruine. Bastion de la résistance huguenote à la couronne catholique française, l’Édit de Nantes (1598) fait de Montpellier une place forte où le culte protestant est reconnu.

La ville, meurtrie, bénéficie alors de deux décennies de calme. En 1593, Henri IV confie à Pierre Richer de Belleval la création du jardin des plantes, destiné à la formation des étudiants de la faculté de médecine. Il est, à ce jour encore, le doyen des jardins botaniques français !

Le botaniste Pierre Magnol (1638-715).Pierre Magnol s’y forme. Son nom ne vous dit rien ? Pourtant, nous lui devons le classement des plantes en « famille » : « Il y a, entre certaines plantes, une ressemblance et une affinité qui n'apparaît pas dans les parties séparées, mais qui résulte de l'ensemble », analyse celui qui décrit 2000 espèces nouvelles dans 75 familles. L’histoire a davantage retenu l’hommage qui lui est rendu par l’abbé Plumier qui, lors d'un voyage en Amérique, baptise l’arbre aux fleurs somptueuses et délicieusement parfumées du nom de Magnolia, en l’honneur de celui qui réalisa un travail gigantesque pour l'époque !

Les vingt années de paix sont rompues par la dernière guerre de religion. Deux mois durant, les habitants résistent à l’armée de Louis XIII. Face à la virulence des canons royaux (qui détruisent d’ailleurs le jeune jardin botanique !) et à la promesse de clémence du souverain, les habitants se rendent. Le roi victorieux édifie la citadelle pour sécuriser sa nouvelle possession. Le 18 octobre 1622, il signe avec le duc de Rohan, chef des armées huguenotes, le traité de Montpellier, confirmant ainsi l’Édit de tolérance de 1598.

La sérénité retrouvée permet à la cité de sortir de sa torpeur. Louis XIV fait de Montpellier la capitale du Bas Languedoc et revigore la ville savante par la reconstruction du jardin botanique et la création de la Société royale des Sciences, établie par lettres patentes en février 1706, la seule en France à faire corps avec l’Académie des Sciences de Paris. L’université maintient son rang, non sans querelle avec son homologue parisienne, et forme à elle seule près de 46% de l’ensemble des médecins gradués du royaume !

Siège du Gouvernement général, de l’intendance, de la Cour des Comptes, Montpellier devient ville administrative. Les officiers généraux, les grands seigneurs fastueux et les riches marchands se font construire de beaux hôtels. Ils forment une société brillante, avide de lieux d’exception. La Promenade du Peyrou, créée sur le site de l’ancien château féodal et complétée par un arc de triomphe, est dotée d’une statue équestre du Roi-Soleil. L’œuvre est auréolée d’une triste légende : on raconte que le sculpteur s’est suicidé après s’être aperçu qu’il lui manquait les étriers…

Plus largement, la politique d’aménagement de l’urbanisme restructure la ville, avec une attention toute particulière pour les fontaines et le château d’eau du Peyrou, alimenté par le flambant neuf aqueduc des Arceaux. Savez-vous que ses arches ont servi à la plus célèbre photo de Jean Moulin ? Celle qu’on trouve dans tous les livres d’histoire a été prise par son ami d’enfance, Marcel Bernard, alors que le futur résistant s’appuyait contre le monument.

Promenade du Peyrou. En agrandissement : le résistant Jean Moulin (1899-1943)

Tenir, même durant les heures noires

Les bâtiments du monastère Saint-Benoît, jouxtant la cathédrale. Les lieux sont encore aujourd’hui occupés par la faculté de médecine. À la résurrection du XVIIe siècle succèdent les heures sombres de la Révolution. Étudiants en médecine et personnel ne sont pas contre-révolutionnaires, loin de là ! En 1790, les premiers mènent même l’assaut contre la garnison militaire, la citadelle montpelliéraine étant considérée comme une Bastille à prendre.

Alors que la Terreur se déroule sur fond de disette, la Convention met un terme à six siècles d’enseignement et dissout l’université le 15 septembre 1793. Un an plus tard, elle décrète pourtant la fondation de trois écoles de santé, à Paris, Strasbourg… et Montpellier !

L’enseignement médical et chirurgical renaît de ses cendres et s’installe au monastère Saint-Benoît jouxtant la cathédrale Saint-Pierre. De nouveaux édifices sont aménagés afin d’accueillir des lieux d’études, comme le conservatoire d’anatomie créé en 1795, avec ses collections étonnantes de pièces anatomiques, moulages en cire etc.

Les siècles des collections et de la vigne

Durant le XVIIIe et le XIXe siècle, le paysage social est toujours aussi diversifié : médecins, apothicaires, savants, magistrats et négociants constituent une élite aisée et cultivée. L’absence de vestiges romains ne freine pas leur ardente curiosité pour le passé ! Si les villes voisines servent de « réservoirs » pour les curieux et les collectionneurs, les intérêts se portent aussi sur les objets antiques en provenance de pays lointains, comme l’Égypte ou l’Asie. La collection de la famille Perrier est d’ailleurs consacrée aux antiquités chinoises, japonaises ou indiennes !

La statue des Trois Grâces, place de la Comédie.Montpellier est alors considérée comme l’une des villes de commerce d’art les plus actives. Dès 1774, Abraham Fontanel se place à la tête du négoce avec son enseigne « Le rendez-vous des artistes ». La presse, comme le Journal de la généralité de Montpellier, contribue à l’émulation intellectuelle en louant les qualités des artistes locaux et en annonçant les marchands étrangers de passage. Le marché de l’art fait ainsi de la ville un foyer de la collection, attirant amateurs et nantis en quête d’investissement.

Comme à Paris, le triumvirat Haussmann-Baltard-Viollet-le-Duc s’impose aussi à Montpellier, encouragé par les nouvelles fortunes nées de l’intensification de la viticulture. De grands travaux sont entrepris : palais de justice, églises, théâtre… nombreux sont les aménagements à bénéficier de cette manne économique apportée par la culture du raisin. Le développement du réseau ferroviaire accélère le transport de grands volumes de vin, contribuant à l’essor du département de l’Hérault et de sa capitale.

Même l’art bénéficie de ce renouveau ! Une sculpture des Trois Grâces, déesses antiques du charme, de la beauté et de la créativité, figure parmi les commandes passées alors au sculpteur Étienne Dantoine pour décorer la place de la Comédie. Or, l'artiste a peut-être un peu triché sur sa paternité... Prétextant d’aller chercher du marbre à Carrare, en Italie, il revient à Montpellier avec des blocs de marbre bien étranges. Le procès-verbal de réception décrit la livraison d’une œuvre plus que dégrossie : elle était presque totalement achevée ! Dantoine, d’ailleurs, n'a jamais signé son œuvre… Preuve qu’il n’en est vraisemblablement pas l’auteur !

Mais la crise du phylloxéra donne un coup d’arrêt à cette expansion. En quelques années, ce puceron importé des États-Unis détruit une très grande partie du vignoble français et provoque la disparition de cépages ancestraux. Montpellier n’est pas épargnée. Elle subit un déclin démographique, économique, et même académique. La faculté de médecine perd de son lustre et ne forme plus que 1 500 étudiants par an.

« Fabre & the city »

François-Xavier Fabre (1766-1837).Parmi la grande constellation des musées français, le musée Fabre tient une place singulière. Il naît en 1828 de la volonté d’un peintre et d’un maire.

Le premier, c’est François-Xavier Fabre. Peintre néoclassique français, collectionneur et marchand d’art, il est honoré du titre de baron et vient vivre ses vieux jours dans sa ville natale. Le baron a une riche idée ! Il souhaite léguer sa collection d’œuvres à la ville, mais à une condition : la création d’un musée.

Le second est le maire de l’époque, Dax d’Axat. En peu de temps, il obtient l’accord du conseil municipal et les fonds nécessaires à la création du lieu, au sein de l’Hôtel de Massilian au cœur de la cité historique. À l’inauguration, il laisse éclater son enthousiasme : « Une nouvelle école va prendre naissance ; les pinceaux de Bourdon et de Vien vont être ressaisis » !

Car le lieu est plus qu’un musée. À la collection, qui prend le nom de son père fondateur et premier directeur, s’adjoint une école de dessin et une bibliothèque, riche du fonds d’ouvrages provenant du poète Alfieri. Et la générosité du baron fait des émules : Valedau, le marchand Frédéric Bruyas et son ami Gustave Courbet, Bonnet-Mel, Canonge, Cabanel, Frédéric Bazille, ou plus récemment Pierre Soulages contribuent à faire de ce musée une des toutes premières collections de beaux-arts en France et en Europe ! La collection continue aujourd’hui encore de s’enrichir, par les dons et legs de férus collectionneurs mais aussi par acte d’achat ou droit de préemption.

Depuis sa rénovation en 2007 (faisant passer la surface d’exposition de 3000 à 9000 m² !), le lieu dévoile différentes époques de l'histoire de l'art occidental du XIVe au XXIe siècle. À l’ère de Netflix, le musée s’est même offert une web série où les personnages des œuvres prennent vie. Dans Fabre & The City, ils se souviennent de leurs péripéties, sous le trait de l’illustrateur Cépé.

Vue de l'intérieur du Musée Fabre. En agrandissement : la web-série Fabre & The City par l'illustrateur Cépé.

Tous à Palavas !

Depuis les années 1900, les plages proches de l’agglomération montpelliéraine attirent les foules. À l’époque, Palavas-les-Flots est un peu le Cap Canaveral français et des milliers de personnes viennent y admirer un ballon dirigeable abrité dans un gigantesque hangar de 35 mètres. Petite curiosité, celui-ci a été placé à deux endroits différents : les propriétaires de la rive gauche du Lez, qui traverse la commune, craignant de voir le ballon dirigeable exploser, s’en sont plaints à la commune. Le hangar a donc été déplacé sur la rive droite !

Surtout, l’instauration des congés payés en 1936 profite aux stations balnéaires, qui bénéficie d’un fort accroissement économique et urbain. De grands complexes hôteliers et résidentiels émergent du sable pour accueillir les familles en quête de bronzette, chouchous, beignets et chocolats. Un « trans-canal » est même installé en 1977 ! Ce sympathique petit téléphérique, rénové en 2005, permet de traverser le fleuve du Lez.

Trans-canal de Palavas qui permet de traverser le fleuve du Lez.

Montpellier et ses côtes occitanes connaissent alors un nouvel essor avec l’afflux important de Pieds-noirs, Français rapatriés après l'indépendance de l'Algérie en 1962, et d'exilés espagnols fuyant le régime autoritaire de Franco. Ironie de l’histoire, le général espagnol avait été accueilli par Pétain à Montpellier, en 1941 !

L’ère Frèche

Au crépuscule du XXe siècle, la capitale du Languedoc retrouve son influence régionale politique, culturelle, économique. Sa vie municipale est marquée par la stabilité de quatre maires : les avocats Zucarelli et Delmas, et les professeurs d’université Boulet et Frèche.

George Frèche (1938-2010).Porté aux nues ou détesté, Georges Frèche est connu tout autant pour ses réalisations urbaines et son dynamisme politique que pour ses déclarations controversées. Maire bâtisseur durant 27 ans, il impose la piétonisation de la place de la Comédie et de nombreuses rues de l’Écusson (au grand dam des commerçants inquiets !) et met en chantier de grands projets phares. Montpellier lui doit la construction du tramway et la création du quartier Antigone, connu pour son bâtiment en arc de cercle. « Antigone, ça correspond au souci de faire du logement qui soit beau, à proximité du centre des villes et qui puisse être habité par tout le monde" », disait le célèbre homme politique.

Dans cet urbanisme volontairement hellénisant dessiné par l’architecte catalan Ricardo Bofill, une copie de la Victoire de Samothrace trône au centre de la place, lieu de festivals de musique et endroit apprécié des photographes en quête d’inspiration.

Victoire, place de l'Europe. En agrandissement : Antigone, place de l'Europe. L’Antigone à peine terminée, Georges Frèche se lance dans la construction de Port Marianne. Conçu sur la table de grands architectes, le quartier accueille l’Hôtel de Ville imaginé par Jean Nouvel, le centre commercial de l’Odysseum et de nombreux logements. Mais plus encore, Frèche a un rêve : transformer le bassin de Jacques Cœur sur le Lez en port de plaisance urbain afin de ressusciter l’essor fluvial de la ville. Le projet boit finalement la tasse en 2016 et la Région abandonne un investissement dont les études d’avant-projet s’élevaient à 31,8 M€ !

2016, quelle année pour Montpellier ! Avec la réforme des collectivités territoriales, le Languedoc-Roussillon fusionne avec Midi-Pyrénées pour former la région Occitanie. Toulouse est le porte-étendard, et Montpellier perd son statut de capitale de Région. Le député-maire Frèche, décédé d’une crise cardiaque six ans plus tôt, n’aurait certainement pas manqué de marquer son opposition par un discours trublion…

Pourtant, que les successeurs de Georges Frèche au siège de la mairie se rassurent : devenue métropole, Montpellier continue de promouvoir tout ce qui constitue son identité, son histoire et ses atouts.

L’excellence toujours à l’honneur

Dans les principaux palmarès mondiaux, l’Université de Montpellier occupe toujours le premier plan. Le classement de Shanghai l’a élue à la première place en matière d’écologie, deuxième université française dans le classement de Reuters des universités les plus innovantes, et elle est 5e dans le classement de Leiden qui observe la qualité des publications scientifiques. La création à Nîmes, en 1972, d’une antenne de la faculté de médecine, avec un enseignement identique, y contribue. C’est là un cas unique en France : une convention lie les deux Centres hospitaliers universitaires (CHU) distants d’une cinquantaine de kilomètres !

Les deux pôles, montpelliérain et nîmois, font aujourd’hui figure de référence en matière de recherche médicale, avec notamment un LabEx en génétique humaine et 14 Unités mixtes de Recherche (UMR) associant l’université et le CNRS. Les chercheurs y travaillent entre autres à la médecine expérimentale du cœur et des muscles, à l’étude des cellules souches, à la régénération de tissus et à l’immunothérapie pour les maladies inflammatoires.

La ville et l’université de Montpellier peuvent se flatter du passé commun, qu’elles préservent ardemment comme deux piliers historiques. L’histoire commerciale subsiste dans le quartier de l’Écusson, lieu étourdissant pour amateurs de lèche-vitrine et promeneurs s’invitant aux terrasses des ruelles médiévales, des grands boulevards et places du XIXe siècle. Comme en écho, l’histoire de la faculté offre au visiteur un véritable « voyage intérieur » au musée-conservatoire d’anatomie, lieu de curiosités tout autant que de quelques « horreurs », tandis que le jardin botanique offre l’ombre de ses arbres centenaires aux badauds en quête de fraîcheur aux heures les plus chaudes de l’été méditerranéen.

Visiter Montpellier, c’est faire un voyage aux sens éveillés.

Ne confondez pas « Montpellier » et « Montpelier »

Montpelier, capitale du Vermont.Selon que vous visitiez Montpellier ou Montpelier, vous ne verrez pas les mêmes choses ! La première chante avec l’accent occitan, tandis que l’autre vous fera découvrir une campagne verdoyante, traversée par la rivière Winooski et peuplée… d’Américains !

En effet, Montpelier (avec un seul L) est la capitale du Vermont. La première colonie s'est établie en mai 1787, lorsque le colonel Davis et le général Parley y défrichent les bois afin de construire une grande maison en bois pour leurs familles.

Davis choisit le nom en référence à la ville méditerranéenne, par effet de mode : à la suite de la guerre d’Indépendance, tout ce qui est d'origine française est apprécié. La colonie se développe rapidement et accueille un centre industriel, à la faveur du chemin de fer et de l’énergie hydraulique fournie par la rivière. Aujourd'hui, l'enseignement supérieur, les assurances et le tourisme constituent les principales activités de la capitale de l’un des plus petits États fédérés des USA.


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Albi
Publié ou mis à jour le : 2020-08-15 14:05:24

 
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