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Citations et Mots d'Histoire

Renaissance et Réforme

Vaugelas    (1585 - 1650)

« Je m'en vais ou je m'en vas, car l'un et l'autre se dit - ou se disent ! »

C'est par ces mots que l'éminent grammairien Vaugelas aurait fait ses adieux au monde ici-bas. Ce mot d'esprit est aussi attribué à son disciple, le père jésuite Dominique Bouhours (1628-1702), un puriste auquel les grands écrivains de son temps confiaient la correction de leurs pièces.


« Le bon usage, c’est la façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps. »

Claude Favre de Vaugelas (6 janvier 1585, Meximieux ; 26 février 1650, Paris)Originaire de Savoie, Claude Favre, baron de Pérouges et seigneur de Vaugelas, fut l'un des membres fondateurs de l'Académie française dont il mit en en chantier le Dictionnaire en se consacrant pendant quinze ans aux cinq premières lettres.

Sa conception de la langue se reflète dans la définition célèbre qu'il donne du bon usage : « Il y a sans doute deux sortes d’Usages, un bon et un mauvais. Le mauvais se forme du plus grand nombre de personnes, qui presque en toutes choses n’est pas le meilleur, et le bon au contraire est composé non pas de la pluralité, mais de l’élite des voix... Voicy donc comme on definit le bon Usage. C’est la façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’escrire de la plus saine partie des Autheurs du temps ».

En d'autres termes, ce n'est pas selon lui de façon informelle, dans les faubourgs et les villages, que s'ébauche la langue mais à la Cour, de façon autoritaire, sous l'égide du souverain. 

Ne lui donnons pas tort. Cette gestion de la langue a permis au français de devenir une grande langue littéraire à vocation universelle et lui a évité de subir le sort du créole, du sabir ou d'un quelconque patois. 

Son autorité littéraire était incontestée et le beau monde du XVIIe siècle s'appliqua à « parler Vaugelas » selon la formule de Molière.


Olivier Cromwell    (1599 - 1658)

« Put your trust in God, my boys, and keep your powder dry ! » (en anglais)
« Mettez votre confiance en Dieu, mes enfants, et gardez votre poudre au sec ! » (traduction)

Oliver Cromwell aurait lancé ce conseil à ses troupes à l'instant de traverser un cours d'eau, à la veille de la bataille de Dunbar. Au cours de celle-ci, le 3 septembre 1650, il vainquit une première fois les Ecossais qui avaient pris contre lui le parti de Charles II, fils du roi décapité. La harangue du Lord-protecteur figure depuis cette époque dans les hymnes orangistes. A la mort de Cromwell, le 3 septembre 1658, son fils Richard le remplaça comme Lord-protecteur mais ne montra pas les mêmes capacités et Charles II put rentrer d'exil et restaurer la monarchie sous les acclamations le 25 mai 1660. Oliver Cromwell avait lui-même déclaré : «Ne vous laissez pas prendre aux acclamations, car lorsqu'il s'agira de pendre l'un ou l'autre d'entre nous, les mêmes drôles seront encore là !». -


Louis XIV    (1638 - 1715)

« Ultima ratio regnum » (en )
« Le dernier argument des rois » (traduction)

Cette inscription latine était gravée sur les bouches de canon du Roi-soleil, Louis XIV, en concurrence avec d'autres devises comme la célèbre - et obscure - «Nec pluribus impar» (pas inégal à plusieurs). Introduite avec le symbole du soleil à l'occasion des grandes fêtes du carrousel des Tuileries, les 5 et 6 juin 1662, elle voulait traduire la place à part du roi de France parmi tous les souverains régnants.

Louis VIV, le roi-soleilLe règne de Louis XIV, le plus long de l'Histoire de France (1643-1715), marque à bien des égards l'apogée du pays. Le roi ne voit pas de limites à ses ambitions qui sont celles de la France. Il entreprend des guerres contre tous ses voisins (sauf la Suisse) : Angleterre, Pays-Bas, princes allemands, Savoie et princes italiens, Espagne, Autriche, Prusse, Barbaresques. Malgré des revers notables, l'ennemi ne réussira pas à pénétrer dans le «pré carré»remarquablement fortifié par Vauban.


Marie, marquise de Sévigné    (1626 - 1696)

« Racine passera comme le café ! »

Cette prédiction hasardeuse est faussement attribuée à Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné. De notoriété publique, l'illustre épistolière n'appréciait guère son contemporain, le poète Jean Racine, et sans doute ne goûtait-elle pas davantage le café, boisson originaire du Yémen et introduite à la même époque à Paris.

Notons que la marquise avait eu le goût plus sûr en ce qui concerne le chocolat, découvert au Mexique par Christophe Colomb et introduit en France par Anne d'Autriche, la mère du roi Louis XIV. Il se consommait sous la forme d'une boisson épaisse (comme aujourd'hui encore en Espagne) : «J'ai voulu me raccommoder avec le chocolat ; j'en ai pris avant-hier pour digérer mon dîner, afin de bien souper, et j'en ai pris hier pour me nourrir, afin de jeûner jusqu'à ce soir. Il m'a fait tous les effets que je voulais, voilà de quoi je le trouve plaisant, c'est qu'il agit selon l'intention», écrit-elle à son propos.

La marquise de Sévigné fut veuve en 1651, à l'âge de 25 ans ! Elle semble avoir mené ensuite une vie très convenable malgré les insinuations de son propre cousin Roger de Rabutin, dit Bussy-Rabutin, dans son Histoire amoureuse des Gaules. Sa fille épousa le comte de Grignan, que la charge de lieutenant-général retenait en Provence. La marquise y fit de longs séjours très agréables et, dans l'intervalle, de 1671 à 1696, écrivit à sa fille quelques 1500 lettres qui relatent par le menu les événements du royaume et les rumeurs de la cour dans un style vif et élégant. L'auteur disait «laisser trotter sa plume la bride sur le cou».


Nicolas Boileau    (1636 - 1711)

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Contemporain de Louis XIV, ami de Molière, de La Fontaine et de Racine, le poète Nicolas Boileau est le représentant le mieux affirmé de la littérature classique. Il a formulé les règles qui sont supposées régir le théâtre et exprimé dans L'Art poétique son amour du beau langage :

Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d’un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le sauroit percer.
Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu’en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
[...]
Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

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