Antoine-Guillaume Delmas (1768 - 1813)
« Belle capucinade ! Il n'y manque que le million d'hommes qui s'est fait tuer pour abolir ce que vous rétablissez ! »
Ces mots furent adressés par le général Delmas au Premier Consul, Napoléon Bonaparte, après le Te Deum à Notre-Dame de Paris en l'honneur du Concordat (Pâques 1802). Antoine-Guillaume Delmas avait eu une carrière d'engagé lors de la levée en masse (1791). Promu dans le rang lors des campagnes de Belgique et d'Allemagne, il était resté jacobin dans l'âme. L'instauration du Consulat et les mesures de restauration prises par Bonaparte n'allèrent pas sans grincements de dents chez les républicains de la première heure comme lui. Bonaparte crut nécessaire de leur donner des gages en faisant enlever puis sommairement exécuter le duc d'Enghien. Delmas n'en fut pas moins rayé des cadres et exilé à Porrentruy, dans le Jura bernois. Lors de la campagne d'Allemagne de 1813, il reprit du service en même temps que Lazare Carnot et fut mortellement blessé lors de la bataille de Leipzig - dite «la bataille des nations» (16-19 octobre 1813, où la Russie, la Prusse, la Suède et l'Autriche coalisées firent face à la Grande Armée de Napoléon, laquelle dut supporter la défection des troupes saxonnes en pleine action.
Lætizia Buonaparte (1750 - 1836)
« Pourvou qu'ça doure ! »
Maria Lætizia Ramolino était issue d'une famille de notables d'Ajaccio, fief séculaire de la résistance aux Génois. Elle épousa à 14 ans Charles Marie de Buonaparte (1746-1785) dont la famille de nobliaux lombards s'était exilée en Corse au XVIe siècle. Le mari soutint Paoli dans sa lutte contre l'occupant gênois puis français avant de finir par composer avec le gouverneur-comte de Marbeuf. Lætizia contribua à cette lutte avec toute sa farouche détermination de matrone corse. Devenue veuve à 35 ans, elle éleva ses enfants avec énergie et conserva dès lors sur eux, y compris Napoléon, une grande autorité. Sous l'Empire, elle mena une vie modeste et retirée avec le titre de Madame Mère. La famille Bonaparte demeurait très patriarcale sous la protection exagérément bienveillante de l'empereur. Lætizia observait cette fortune soudaine avec dédain. Elle refusa d'assister au sacre à Notre-Dame, même si le tableau de David l'a représentée. Raillée pour son esprit d'économie, elle déclara un jour : «J'ai sept ou huit souverains qui me retomberont un jour sur les bras !». Après la Restauration, elle se retira discrètement à Rome.
Pie VII (1740 - 1823)
« Commediante ! Tragediante ! »
Cette apostrophe est prêtée au pape Pie VII par Alfred de Vigny dans son recueil de nouvelles publié en 1835 : Servitude et grandeur militaires. Selon le poète, le pape aurait lancé ces mots à Bonaparte à Fontainebleau, le 25 novembre 1804, quelques jours avant le sacre impérial. Le moine bénédictin Barnabé Chiaramonti, proche de sa famille et réputé pour sa douceur et sa bonté, avait été élu pape le 14 mars 1800 à Venise sous le nom de Pie VII, à 59 ans...
Le récit de Vigny est assurément plein d'emphase autant que d'imagination :
« Commediante ! »
Bonaparte sauta de sa chaise et bondit comme un léopard blessé. Une vraie colère le prit ; une de ses colères jaunes. (...)
La bombe éclata tout à coup.
- « Comédien ! Moi ! Ah ! je vous donnerai des comédies à vous faire tous pleurer
comme des femmes et des enfants. - Comédien ! - Ah ! vous n’y êtes pas, si vous
croyez qu’on puisse avec moi faire du sang-froid insolent ! (...)
Il se tut. Je n’osais pas respirer. J’avançai la tête, n’entendant plus sa voix tonnante, pour voir si le pauvre vieillard était mort d’effroi. Le même calme dans l’at111
titude, le même calme sur le visage. Il leva une seconde fois les yeux au ciel, et
après avoir jeté un profond soupir, il sourit avec amertume et dit :
« Tragediante ! »
Robert Surcouf (1773 - 1827)
« - Au fond, ce qui nous distingue, nous autres Britanniques, de vous autres Français, c'est que nous nous battons pour l'honneur et vous pour l'argent,
- Hé oui, chacun se bat pour ce qui lui manque »
Ce dialogue aurait été tenu entre un capitaine de vaisseau britannique et son prisonnier, Robert Surcouf, dernier des grands corsaires français.
Né à Saint-Malo le 12 décembre 1773 dans une famille de marins, Surcouf navigue dès l'âge de 13 ans et pratique la traite négrière sur les rivages de Madagascar.
En 1795, vers la fin de la Révolution, il s'engage en 1795 dans la guerre de course contre les Anglais dans l'océan Indien, selon les principes mis en place par Vauban un siècle plus tôt. Il s'honore de maints exploits comme de s'emparer de six navires d'un coup dans le golfe du Bengale.
Fait chevalier de la Légion d'Honneur par Napoléon 1er en 1804, il poursuit ses activités de corsaire et d'armateur jusqu'à la chute de l'Empire et se retire dans sa ville natale nanti d'une coquette fortune,... preuve que l'on peut aussi se battre pour ce que l'on possède déjà.
Denis Decrès (1761 - 1820)
« Votre majesté a toujours des coups de pied au c.. plein la bouche ! »
Réplique de l'amiral duc de Crès [ou Decrès] à l'empereur Napoléon 1er vers 1805 au cours d'une discussion animée. Il semble que l'autre se calma aussitôt. Le personnage est une des rares figures maritimes de premier plan sous l'Empire et Napoléon lui avait confié le ministère de la marine et des colonies. Contre-amiral commandant la Diane en 1798, il avait réussi à échapper à l'estocade de Nelson en rade d'Abou-Kir et à sauver son navire. Ce loup de mer avait le sang chaud et s'était épris de la belle Pauline Bonaparte, jeune veuve éplorée du malheureux général Leclerc, mort à Haïti. Napoléon, qui avait d'autres vues pour sa sur, lui laissa épouser Marie-Rose Clary, nièce de Marie-Anne, épouse de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne, et de Désirée Clary, ancien béguin de l'empereur et future reine de Suède, par son mariage avec le maréchal Bernadotte.
Ferdinand III de Naples (1751 - 1825)
« Habillez-les de rouge, habillez-les de vert, ils f... le camp quand-même ! »
Réflexion du roi Ferdinand en 1806 à propos de sa garde. Troisième fils de Charles III d'Espagne, l'infant devient en 1759 roi de Sicile sous le nom de Ferdinand III et roi de Naples sous celui de Ferdinand IV. S'étant aventuré dans la première coalition contre la Convention, il doit signer la paix en 1796 après les succès français en Italie du Nord. L'occupation de Malte et les manœuvres de Nelson, amant de l'ambassadrice d'Angleterre, la charmante Emma Hamilton, l'entraînent dans la deuxième coalition en 1798 mais il est renversé par le général français Championnet en janvier 1799 et doit se réfugier en Sicile. Rétabli sur le trône en juin 1799 par la révolution san-fédiste, il se lance une nouvelle fois contre Napoléon en 1806, ce qui lui vaut d'être déposé au profit de Joseph Bonaparte, puis du maréchal Joachim Murat. À la Restauration, en 1815, Ferdinand fait juger et exécuter Murat. Il prend alors le nom de Ferdinand Ier des Deux-Siciles et rétablit la monarchie de droit divin.








