Toute l'Histoire en un clic
Herodote Facebook Herodote Twitter Herodote Youtube
Ami d'Herodote.net
>> 1916, l'Enfer
Articles récents
Les 10 articles les plus lus
Publicité

1916, l'Enfer

1914, 1915,... 1917


Jean-Yves Le Naour (Perrin, 376 pages, 23 euros,  2015)

1916, l

Jean-Yves Le Naour, historien de la Grande Guerre, a déjà publié plusieurs dizaines d'ouvrages sur ce tournant de notre Histoire.

À l'occasion du Centenaire 14-18, il s'est engagé dans une somme remarquable, à raison d'un livre par année de guerre (éditions Perrin). 1914, 1915, 1916 et 1917 sont déjà en librairie. 1918 est en cours de rédaction et sans doute écrira-t-il aussi 1919, tant il est vrai que l'on ne peut comprendre la Première Guerre mondiale sans analyser cet immédiat après-guerre.

L'auteur ne s'attarde pas sur la description des combats et les souffrances des poilus car on a déjà beaucoup écrit sur le sujet. Mais il prend le parti de raconter la guerre à travers le prisme des états-majors, des gouvernants et de l'opinion publique.

De manière claire, sobre et efficace, il nous raconte de quelle façon stupéfiante furent conduites les opérations militaires. On assiste comme si l'on y était aux esclandres entre officiers d'état-major, députés et ministres dans leurs palais et châteaux. C'est Dallas à tous les étages !

Nous découvrons ce qu'ont coûté de sang inutilement versé l'entêtement et l'ambition des chefs d'état-major, qu'il s'agisse de Joffre, côté français, ou de Falkenhayn (côté allemand)...

Nous découvrons aussi comment est né le mythe de « Pétain, vainqueur de Verdun » : début 1916, le gouvernement et les députés n'en pouvaient plus de Joffre, un médiocre nommé à la tête de l'armée en raison de son républicanisme de bon aloi. Mais il s'était habilement approprié le mérite de la contre-offensive de la Marne, en septembre 1914, et l'opinion publique voyait en lui le chef incontournable qui mènerait à la victoire.

Quand les Allemands lancent leur attaque sur Verdun, le général Castelnau se rend sur place de sa propre initiative et organise la résistance avant de faire appel au général Pétain. On va quérir celui-ci en pleine nuit dans un hôtel parisien où il était en galante compagnie. Après s'être relevé d'une mauvaise pneumonie, il prend le relais de Castelnau.

C'est alors, à la mi-mars, que la classe politique songe à lui pour remplacer Joffre. Elle encourage les journalistes à vanter ses mérites. Mais Joffre voit le coup venir et promeut Pétain dès le 30 avril à la tête des armées du Centre. À Verdun, il est remplacé par le général Nivelle.

En décembre 1916, pour l'opinion publique, le vainqueur de Verdun est donc Nivelle et c'est lui qui remplace enfin Joffre à la tête de l'armée. Mais Nivelle va se déconsidérer l'année suivante dans le sanglant échec du Chemin des Dames. Du coup, on va se souvenir opportunément des mérites de Pétain et l'appeler à la place de Nivelle...

Jean-Yves Le Naour n'est pas avare non plus de récits autour de la paranoïa qui s'empare des esprits à la veille de la guerre, tant chez les citoyens ordinaires que chez les gouvernants. Les premiers pourchassent dans la rue de pauvres diables dont le seul tort est d'avoir un accent pas clair (ce phénomène avait déjà été observé pendant la guerre franco-prussienne de 1870). Les seconds, à Paris comme à Berlin, Vienne ou encore Saint-Pétersbourg, se tiennent prêts à dégainer au moindre geste suspect de leurs vis-à-vis. Et de cette peur non maîtrisée va surgir le premier conflit mondial. Dix millions de morts et la ruine du plus riche continent qui soit.

André Larané


Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

ollivier (24-02-201623:55:44)

Monsieur l'Anonyme du (23-02-201609:53:54)
permetez moi de repondre a votre intervention
votre père a été plusieurs fois blessé et cela est bien dommage ,mais ce fut la cause de la médiocrité des militaires et des politiques de l'époque qui ont envoyés des millions de gens se faire tuer et c'est cela aussi qu'il faut se souvenir tous ces mamamouchis qui n'avaient aucun respect de la vie humaine et avoir de la fierté pour un bonhomme qui courrait plus volontiers les jupons que les c... Lire la suite

Edgard Thouy (23-02-201615:13:17)

Commentaire synthétique clair et ouvert. Les évènements sont remis dans un contexte, ce qui permet de comprendre la naissance des grands mouvements du XXème siècle. L'absence de prétention et la qualité du travail donnent une vision dynamique.
On peut comprendre que le mythe en souffre, et que cela heurte ceux qui s'y sont installés.
Mais c'est une belle démonstration de ce qu'il n'y a jamais de version ultime de l'histoire, malgré la tentation de faire, toujours, une histoire of... Lire la suite

Héra (23-02-201610:17:27)

Verdun, vieux sujet, beaucoup traité...
Mais parlerez vous de Vimy (9 au 12-04-1917) ? Comment expliquer qu'un corps canadien commandé de facto par un pékin (Carrie était, avant guerre, lieutenant colonel de la garde nationale), sorte de promoteur immobilier réussisse en une matinée là où, pendant 2 ans, les officiers français et anglais, sortis de Saint-Cyr et Standhust avaient échoué avec des pertes de 150 000 hommes ?
Une fois de plus, l'histoire peut nous aider aujourd'hui. Ce ... Lire la suite

Anonyme (23-02-201609:53:54)

Monsieur, veuillez transmettre a Monsieur jean-Yves le Naour que mon père appelé à 17 ans en 1914, plusieurs fois blessé, a fait le chemin des dames, Verdun et avait une admiration sans borne pour Pétain comme ses camarades. J'ai des documents et reçu directement le témoignage de mon père après Verdun (il fut de nouveau blessé gravement à la bataille de la Somme).

Où étaient vos parents à cette époque? Peut-être êtes-vous inspiré par le 1984 d'Orwell. A votre disposition et t... Lire la suite


Les Amis d'Herodote.net peuvent envoyer un commentaire sur cet article.

Suivez Herodote.net sur twitter
Offrez-vous quelques minutes d'évasion
avec Les Chroniques d'Herodote.net

Adhérez aux Amis d'Herodote.net

Qui est surnommé le père de la Nouvelle France ?

Réponse
Publicité