
Herodote.net s'est entretenu avec l'historien Jean-Jacques Becker, professeur émérite à l'Université de Paris-X Nanterre et président du centre de recherche de l'Historial de la Grande Guerre (Péronne), sur les origines de la Grande Guerre de 14-18 et la signification qu'elle peut encore revêtir après la disparition de notre dernier «poilu».
L'historien Jean-Jacques Becker a été interviewé le 14 mars 2008 par Richard Fremder pour Herodote.net. Il nous raconte...
Entretien avec Jean-Jacques Becker
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Les gens savaient en 1914 pourquoi ils se battaient. Cela peut nous paraître absurde maintenant, 90 ans après, ça ne le paraissait pas à l’époque. Tous les mobilisés français avaient le sentiment (vrai ou faux, peu importe) que leur pays était menacé. Et ce qui peut nous sembler étrange, c’est que les combattants allemands avaient le même sentiment que les combattants français, celui de défendre leur pays, non pas contre la France, à vrai dire, mais contre la menace russe et l’immense masse slave qui faisait très peur en Allemagne…
Même sentiment en Angleterre et dans les dominions, d’autant plus remarquable qu’il n’existait pas de service militaire obligatoire au Royaume-Uni et que l’armée était composée de volontaires. Petit bémol en ce qui concerne l’Italie où les motifs de combattre demeuraient flous.
On part au combat en 1914 avec résolution, par devoir, mais ce n’est pas un type de devoir qui comporte l’enthousiasme. On ne part pas la fleur au fusil !...
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Cette carte montre l'Europe en 1914. On note la très nette diminution du nombre d'États, en comparaison des siècles antérieurs (1648). Deux empires à dominante germanique et par ailleurs alliés, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, occupent le coeur du continent. Ils seront l'âme du conflit à venir.
Après l’attentat de Sarajevo, les Autrichiens se saisissent de l’occasion pour régler leur compte aux Serbes qui n’y sont pourtant pour rien. Les Allemands se sentent obligés de soutenir leur allié autrichien. On aurait pu s’en tenir à une petite guerre mais tout a dérapé du fait de la puissance extraordinaire des sentiments nationaux dans tous les pays européens, et en particulier en Russie, dans les populations urbaines, minoritaires mais très influentes.
La puissance des sentiments nationaux demeure la meilleure explication de cette guerre, bien plus que d’éventuels intérêts impérialistes que l’on discerne mal.
Contrairement à ce que l’on croit, la guerre éclate contre la volonté, un peu flageolante il est vrai, de l’empereur allemand Guillaume II. De même en Angleterre où le gouvernement n’a au départ aucune envie de s’engager au côté des Serbes de mauvaise réputation. Le tsar Nicolas II lui-même, quoique peu intelligent, est contre la guerre et il a fallu qu’il subisse l’assaut des généraux russes pour qu’il se résigne à signer l’ordre de mobilisation.
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Cette guerre n’est pas une guerre mondiale mais une guerre européenne, même si elle a des prolongements dans les territoires coloniaux. Les Américains eux-mêmes n’interviennent que très tardivement. Au terme de la guerre, il n’y a aucun doute que l’Europe, qui dominait le monde en 1914, perd son rôle hégémonique.
Notons aussi que la fin de la guerre marque le moment où les Européens prennent conscience qu’au lieu de se massacrer, ils feraient mieux de s’entendre. Cette prise de conscience est retardée outre-Rhin parce que les Allemands ont le sentiment d’avoir été injustement traités à Versailles par les vainqueurs et veulent une revanche sur les Français.
Ne soyons pas trop durs cependant pour les plénipotentiaires du traité de Versailles. Ils ont dû subir la pression des opinions publiques, très remontées, qui, pour une bonne part, jugeaient les termes du traité trop mous !
Jean-Jacques Becker est l'auteur de nombreux ouvrages sur la Grande Guerre et le XXe siècle qui, tous, se caractérisent par une grande clarté didactique et une érudition sans pédanterie. On peut par exemple lire sur la Grande Guerre :
- L'Europe dans la Grande Guerre (Belin Sup, 1996), pour un public d'étudiants,
- La première guerre mondiale (MA, 1985), petit abécédaire lumineux, pour tous publics.
- Crises et alternances 1974-2000 (Nouvelle Histoire de la France contemporaine), avec la collaboraton de Pascal Ory (Points, 2002), un regard lumineux sur l'histoire très récente.
Né en 1897 dans une famille très pauvre d'Italie, le dernier «poilu» arrive à Paris, à la gare de Lyon, seul et sans ressources, à l'âge de 9 ans ! Il vit de petits boulots et, dès qu'éclate la guerre, en 1914, se porte volontaire par reconnaissance pour la France qui l'a accueilli. Il n'hésite pas pour cela à tricher sur son âge (17 ans).
Quand l'Italie entre en guerre à son tour aux côtés des Alliés, en 1915, il doit contre son gré rejoindre son armée dans le Tyrol. Il finit la guerre avec les honneurs. Malgré son attachement pour la France, il attend 1939 pour demander la nationalité française.
De retour en France, il crée avec ses frères Célest et Bonfils une entreprise de fumisterie industrielle. Celle-ci, Ponticelli frères, figure aujourd'hui, avec 3800 salariés dans le monde entier, parmi les entreprises françaises les plus reconnues, notamment en raison de ses performances dans la manutention pétrolière. -
- Un champ de bataille avec fumées de tirs d'artillerie,
- Soldats au repos ou blessés,
- Prisonniers allemands,
- Artilleurs français dans une rue.

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