4 août 1914

Invasion de la Belgique

Suite à la mobilisation de la Russie, le 31 juillet 1914, l'Allemagne a elle-même mobilisé le lendemain et déclaré la guerre à la Russie pour ne pas être prise de court par cet ennemi bien plus nombreux. La France, alliée de la Russie, a mobilisé à son tour dans les minutes qui ont suivi. 

Le lendemain 2 août 1914, les troupes allemandes ont occupé le grand-duché de Luxembourg, bien qu'il fut neutre, afin de faciliter leur passage vers la France. Dans le même temps, l'Allemagne a sommé la Belgique de laisser aussi passer ses troupes mais son ultimatum a été rejeté par le gouvernement du roi Albert Ier. Et le 3 août 1914, l'empereur Guillaume II déclare la guerre à la France.

Infanterie de ligne belge en 1914

Une invasion mûrement réfléchie

Le chef d'état-major allemand Ludwig von Moltke met aussitôt en application le plan Schlieffen, lequel prescrit d'écraser la France avant que la Russie n'ait achevé de concentrer ses troupes à ses frontières, et pour cela d'envahir la Belgique au mépris des traités internationaux qui garantissent sa neutralité depuis 1831.

À l'aube du 4 août 1914, sans perdre de temps, deux divisions d'active de 60 000 hommes quittent Aix-la-Chapelle sous les ordres du général Otto von Emmich, flanqué du général Ludendorff. Elles franchissent la frontière germano-belge à Gemmenich. Elles se dirigent vers Liège, première place fortifiée de Belgique. Pendant ce temps s'achève la mobilisation des conscrits dans toute l'Allemagne avec la concentration et le regroupement des cinq armées requises par le plan Schlieffen pour l'invasion de la Belgique.

Cette première journée commence comme une promenade de santé. Mais très vite, les Allemands découvrent des arbres, des charrettes et autres obstacles en travers de la route. Ils comprennent que les Belges se préparent à leur résister. Plusieurs civils et gendarmes sont abattus après de vaines sommations. Dans un village de Battice, les envahisseurs pillent les magasins et mettent à sac les maisons.

Les troupes allemandes pénètrent en Belgique (août 1914)
Exactions allemandes

Dans les premières semaines de la guerre, en Belgique comme dans le nord de la France, les troupes allemandes se signalent par de brutales et massives exactions à l'encontre des civils : exécutions sommaires, viols, rapines... Elles sont commises sur ordre de la hiérarchie militaire, qui conserve le souvenir des francs-tireurs de la guerre franco-prussienne de 1870 ! Dès avant l'invasion, les troupes ont été préparées à faire face à ce danger qui, dans les faits, s'avèrera inexistant.

Il s'ensuit le meurtre d'environ six mille ou peut-être vingt-cinq mille civils sans compter l'incendie de la bibliothèque historique de Louvain. Les Belges s'enfuient par villages entiers. Un million se réfugient aux Pays-Bas, 200 000 traversent la mer du Nord jusqu'en Angleterre, 300 000 gagnent la France.

Ces crimes inqualifiables vont se graver dans la mémoire des Belges et des habitants du nord de la France. Lorsque, 26 ans plus tard, la Wehrmacht envahira à nouveau leur pays, ils s'enfuieront vers le sud, poussant devant eux les autres populations dans un exode sans issue.

Dignité royale

À Bruxelles, à midi, devant les Chambres réunies, le roi Albert Ier prononce un discours historique : « (...) Si l’étranger viole notre territoire, il trouvera tous les Belges groupés autour de leur Souverain qui ne trahira jamais son serment constitutionnel. J’ai foi dans nos destinées. Un pays qui se défend s’impose au respect de tous et ne périt pas ».

Répondant à son appel, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne. Et déjà, à Londres, la presse exalte le « roi-chevalier » qui, tel Saint Georges, terrasse le dragon. De fait, le roi des Belges choisit d'assumer le commandement de l'armée en vertu de l'article 68 de la Constitution.

À 39 ans, il n'a aucune connaissance militaire mais il va se reposer sur ses conseillers, son ministre de la Guerre Charles de Broqueville, qui est aussi le chef du gouvernement, et son état-major dirigé par les généraux de Selliers de Moranville et de Ryckel... Se reposer est beaucoup dire. Le roi va devoir arbitrer sans cesse entre les avis des uns et des autres, au besoin en leur imposant ses propres choix, guidés par le souci de résister dans l'honneur.

La détermination du roi et la combativité de son peuple vont surprendre l'envahisseur...

Liège sous le feu

Les deux colonnes allemandes ont pour objectif Liège, à cheval sur la Meuse. La ville est ceinturée depuis la fin du siècle précédent par douze forts, à une dizaine de kilomètres du centre, qui surveillent les voies de communication vers Bruxelles et vers Charleroi et le sud.

Au total, la place est défendue par 40 000 hommes sous les ordres du lieutenant-général Gérard Leman (63 ans), avec une centaine de canons de campagne et une trentaine de mitrailleuses. Le général ne perd pas de temps pour protéger la ville. Il ordonne le dynamitage des ponts et des routes et voies ferrées qui y conduisent.

Lieutenant-général comte Gérard Mathieu Joseph Georges Leman  (8 janvier 1851, Liège - 17 octobre 1920, Liège)L'une des colonnes projette de traverser la Meuse sur le pont de Visé pour prendre la ville à revers. Mais les Allemands découvrent que le pont a sauté. Ils se mettent en devoir de construire un pont flottant.

Dans la nuit du 5 au 6 août, sous un orage épouvantable, les six brigades allemandes se lancent enfin à l'attaque en s'infiltrant entre les forts. Au terme de combats meurtriers, l'une des brigades, menée par von Emmich et Ludendorff, atteint le centre de la ville. Elle est bientôt rejointe par les autres brigades. Mais les forts continuent de tenir bon.

Or, le temps presse et il faut ouvrir la route à la 1ère armée du général Alexandre von Kluck, qui a vocation à prendre Bruxelles. 

Pour ce faire, le général Karl von Bülow, qui commande la 2e armée allemande, envoie vers Liège un détachement d'infanterie doté d''une centaine de canons lourds dont deux « grosses Bertha », des obusiers de 42 cm qui font pour la première fois leur apparition.

L'un après l'autre, les forts cessent le combat. Le 15 août, c'est au tour du fort de Loncin de tomber. Il explose après qu'un obus de la grosse Bertha ait touché une poudrière. Le général Leman est capturé inconscient.

La résistance cesse le lendemain. Elle aura causé 15 000 à 20 000 pertes chez les Belges (dont deux mille tués) contre 3 500 à 4 000 seulement chez les assaillants. Cet écart est dû aux conditions désordonnées de la retraite belge et à la capture des 5 000 occupants des forts.

Les Liégeois portés aux nues

La résistance inattendue des Liégeois, dans cette première bataille de la Grande Guerre, a ravi leurs alliés français et britanniques et leur permet plus sûrement que jamais de se poser en défenseurs du Droit contre l'Allemagne qui a déclaré la guerre à la Russie et la France et n'a pas craint d'envahir un pays neutre.

Dès le 7 août 1914, la Légion d'Honneur est accordée à la ville de Liège et le président Poincaré viendra la lui remettre... un peu plus tard, en juillet 1919. Se réjouissant de façon prématurée, la presse française salue l'exploit des Liégeois. À Paris, la station de métro Berlin et la rue du même nom sont rebaptisées Liège ! Et pour ne rien oublier, les cafés viennois deviennent des cafés... liégeois ! Grands effets, petites conséquences...

Ruines du fort de Loncin, près de Liège, en 1914

Résister dans l'honneur

Le 17 août, le roi choisit de replier son armée de campagne sur la place forte d'Anvers, afin de poursuivre la résistance dans l'honneur, au grand dépit de l'état-major français qui eut préféré un repli vers Charleroi et la frontière française pour soutenir l'armée française.

De la mer du Nord aux Vosges s'engage la « bataille des frontières ». Elle va déboucher sur une sévère défaite des Français et de leurs alliés belges et anglais. Mais la rapidité de la mobilisation russe va mettre à plat le plan Schlieffen et enlever aux Allemands tout espoir d'une victoire rapide.

À Anvers, pendant ce temps, l'armée belge subit le siège allemand. Le 3 octobre 1914, Winston Churchill, Premier Lord de l'Amirauté britannique, se rend sur place en dépit des bombardements pour demander au roi de tenir jusqu'à l'arrivée de renforts. Mais les bombardements s'intensifient et, le 7 octobre, Albert Ier se résigne à quitter Anvers, qui tombe aux mains de l'envahisseur trois jours plus tard.

La Belgique est-elle perdue ? Non. À la pointe occidentale du pays, à La Panne, au sud de l'Yser, le roi Albert Ier va résister à l'envahisseur jusqu'à la fin du conflit tandis que son gouvernement continuera d'officer en exil à Sainte-Adresse, près du Havre, en France.

Bibliographie

Je recommande sur les opérations militaires de l'année 1914 l'essai précis de Jean-Claude Delhez, Douze mythes de l'année 1914 (Mystères de guerre, Economica, 2014).

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-08-24 09:56:29

 
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