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Religion et laïcité
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La République et les religions

De 1871 à 2007 : divorce à l'amiable


Les ressentiments accumulés depuis la fin de la Révolution par la collusion entre l'Église et l'État s'expriment avec violence dès la chute du Second Empire. 

Les républicains repartent à l'assaut de cette Église toute-puissante qui s'est enrichie et a regagné les âmes en moins d'un siècle. «Le cléricalisme ? voilà l'ennemi !» s'exclame Léon Gambetta en 1877.

De 1879 à 1882, Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique, athée et fervent républicain, développe un enseignement primaire gratuit, laïc et obligatoire pour concurrencer les congrégations religieuses. Le combat contre l'Église et le cléricalisme prend le pas sur les questions sociales, lesquelles devront attendre le Front populaire (1936).

L'Église finit néanmoins par accepter la République avec le pape Léon XIII, en 1892.

L'ultime combat

Les républicains ne désarment pas. Le 1er juillet 1901, le président du Conseil Pierre Waldeck-Rousseau établit la liberté d'association mais fait une exception pour les congrégations religieuses en soumettant leur création à une autorisation préalable.

Quand Émile Combes lui succède, il s'engouffre dans cette brèche et fait voter une nouvelle loi qui interdit d'enseignement les prêtres des congrégations.

Désireux de son côté de favoriser l'avancement des officiers anticléricaux, le ministre de la Guerre, le général Louis André, lance une vaste enquête interne sur les opinions religieuses des gradés.

L'«affaire des fiches» bloque l'avancement de certains officiers, compétents mais jugés trop proches de l'Église, comme Foch dont le frère est jésuite, et favorise la promotion d'officiers républicains athées et laïcs mais incompétents, tel Joffre. Cela aura des conséquences désastreuses sur les premiers engagements de la Grande Guerre, dix ans plus tard...

Émile Combes ayant été contraint à la démission en janvier 1905, le président Émile Loubet appelle Maurice Rouvier à la présidence du Conseil. Sous son gouvernement est votée la loi sur la séparation des Églises et de l'État, qui jette les bases de la laïcité à la française.

Défendue avec brio par le député Aristide Briand, cette loi de conciliation s'applique aux quatre confessions alors représentées en France : le catholicisme, la confession d'Augsbourg (les protestants luthériens), les réformés (les protestants calvinistes) et les israélites. Elle proclame la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes.

L'État manifeste sa volonté de neutralité religieuse mais veut «garantir» à chacun les moyens d'exercer librement sa religion dans le respect de celles d'autrui. Dans cet esprit sont instituées des aumôneries dans les milieux fermés (casernes, lycées, prisons, hôpitaux)... et, plus tard, des émissions religieuses sur les chaînes publiques de télévision.

Les biens détenus précédemment par les Églises deviennent la propriété de l'État. Celui-ci se réserve le droit de les confier gratuitement aux représentants des Églises en vue de l'exercice du culte.

Ulcéré par le caractère unilatéral de la loi de séparation (le Saint-Siège n'a pas été consulté), le pape Pie X interdit aux catholiques de former les «associations cultuelles» prévues par le texte pour l'utilisation gratuite des édifices religieux devenus propriété de l'État.

C'est ainsi que, faute de trouver preneur, de nombreux bâtiments avantageusement situés en pleine ville (couvents, presbytères, séminaires...) sont récupérés par l'État pour y installer ses propres administrations.

Des catholiques s'opposent aux agents venus inventorier les biens contenus dans les églises. Des heurts violents ont lieu dans le Nord, le Massif central ou encore l'ouest de la France.

Les choses s'apaisent enfin sous le gouvernement de Georges Clemenceau, en 1907, par une loi qui met finalement 30.000 édifices à la disposition des Églises... L'entretien des cathédrales et des grandes abbayes est à la charge de l'État ; l'entretien des églises paroissiales à la charge des communes.

Une autre loi autorise les croyants à se réunir sans déclaration préalable. Les sonneries de cloches sont autorisées. D'une manière générale, la jurisprudence administrative légitime les manifestations publiques qui satisfont à des traditions locales et à des habitudes (enterrements religieux...).

Après la Grande Guerre, moment rare de communion nationale, les relations diplomatiques sont rétablies entre Paris et le Saint-Siège. Le pape Benoît XV promet de consulter Paris avant la nomination des évêques. Jeanne d'Arc est béatifiée et honorée par une fête nationale le deuxième dimanche de mai.

C'est aussi l'époque où le gouvernement construit la Grande Mosquée de Paris afin de rendre hommage aux 70.000 soldats de confession musulmane morts pour la France pendant la Grande Guerre.

En 1924, nouvelle crise lorsque le Cartel des gauches souhaite étendre la loi de 1905 à l'Alsace-Lorraine, redevenue française : la forte mobilisation du clergé fait reculer le gouvernement.

Mais deux ans plus tard, le pape Pie XI donne satisfaction à la République en condamnant l'Action française, un mouvement royaliste que l'on dirait aujourd'hui «intégriste».

Quand la IIIe République disparaît suite à l'invasion allemande, le régime de Vichy flatte la fraction conservatrice de l'Église : lois familiales, retour des congrégations dans l'enseignement.

Il n'empêche que c'est dans les milieux catholiques traditionnels que se recrutent les premiers résistants. Et en 1942, indignés par les mesures antisémites de Vichy, certains évêques - comme Mgr Jules Saliège, à Toulouse, ou le cardinal Pierre Gerlier, à Lyon - élèvent la voix et prennent leurs distances avec le gouvernement. Leur prise de position suscite une vague d'anticléricalisme virulent dans la presse collaborationniste.

L'enseignement privé, dernière pomme de discorde

Avec l'avènement de la Ve République et le retour de Charles de Gaulle au pouvoir (1958), le conflit entre la République et l'Église n'est plus de saison.

La loi Debré sur l'enseignement privé met un terme provisoire à la vieille querelle héritée de la loi Falloux. Le Général, pétri d'un catholicisme social mâtiné de sympathie pour la monarchie, ne renie pas sa culture : «Je suis un Français libre. Je crois en Dieu et en ma patrie».

Quand il reste le week-end à l'Élysée, il assiste à la messe dans la chapelle du palais, célébrée par son neveu. Mais sa foi n'en reste pas moins discrète et il se veut le garant de la séparation des Églises et de l'État. Ainsi insiste-t-il pour que le vendredi, à l'Élysée, on serve aux dîners officiels de la viande en violation des règles canoniques.

Le réveil laïque s'opère brutalement sous François Mitterrand, officiellement agnostique, mais qui n'aime rien tant que flâner dans les églises et les cimetières... C'est aussi sous son mandat qu'un pape aura le plus foulé le sol de France ! Très vite la gauche au pouvoir veut créer un «grand service public unifié et laïque de l'Éducation nationale» mais les manifestations de rue l'obligent à reculer.

Fin de partie ?

Notre survol de l'Histoire récente montre que les relations entre l'État et les religions ont viré au drame par deux fois, quand l'État a délaissé les affaires sociales et économiques pour ne s'occuper que de soumettre les Églises ou de les abattre. Ce fut d'abord sous la Révolution puis sous les débuts de la IIIe République.

A contrario, durant les périodes de progrès économique et de réformes sociales (monarchie de Juillet et Second Empire, Front Populaire, Trente Glorieuses), responsables spirituels et responsables politiques ont pu mener leurs affaires chacun de leur côté sans trouble particulier.

Considérant la crise sociale et économique qui frappe la France et l'Europe en ce début du XXIe siècle, on peut craindre que les conditions soient propices à la relance d'un conflit religieux. Mais on peut aussi faire confiance aux dirigeants politiques pour qu'ils résistent à cette tentation en s'abritant derrière la loi de 1905, devenue après beaucoup de critiques le symbole de la «laïcité à la française».


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Publié ou mis à jour le : 2013-09-02 19:10:43

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

elisabeth drye (29-03-201110:16:58)

Je ne suis pas sûre de votre conclusion et ne fais aucune confiance à nos dirigeants politiques actuels...


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