1870-1914

Une République en quête de grandeur

Le 4 septembre 1870, les Parisiens apprennent que, deux jours plus tôt, l'empereur Napoléon III s'est rendu aux Prussiens à Sedan. Ils proclament sans attendre la déchéance de l'empereur et la IIIe République. Un gouvernement provisoire se met en place. Il s'efforce de poursuivre la lutte contre les armées allemandes qui ont envahi le territoire.

La foule devant le Corps législatif au matin du 4 septembre 1870 (Jacques Guiaud, 1870, musée Carnavalet, Paris)

La guerre et ses séquelles

Le 8 octobre 1870, Léon Gambetta quitte Paris en ballon pour échapper au siège de la capitale par l'armée prussienne et relancer la lutte contre l'envahisseur. Mais la reddition prématurée du général Bazaine à Metz va ruiner ses efforts en libérant d'importants effectifs ennemis.

Le 28 janvier 1871, le gouvernement provisoire signe un armistice avec le roi de Prusse. Suprême humiliation, une semaine plus tôt, celui-ci a été proclamé Empereur d'Allemagne sous le nom de Guillaume 1er, dans la Galerie des Glaces du château de Versailles.

Humiliés par leur défaite face aux Prussiens mais également exaspérés par l'attitude quelque peu défaitiste de leurs dirigeants, des Parisiens fomentent le 18 mars 1871 une émeute sur la butte Montmartre. Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire, évacue aussitôt les corps constitués à Versailles. Dans la capitale livrée à elle-même se forme une Commune insurrectionnelle. Elle est anéantie par l'armée au bout de six semaines, le 28 mai 1871 (20 000 morts). Cette guerre civile et sociale au sein même de la guerre patriotique va détourner pendant deux tiers de siècle les dirigeants républicains des questions sociales.

Par le traité de paix signé le 10 mai 1871 à Francfort, le chancelier Bismarck impose un lourd tribut à la France et surtout annexe l'Alsace et la Lorraine du nord. Adolphe Thiers va mettre toute sa fierté à payer au plus vite le tribut, condition sine qua non de la fin de l'occupation militaire.

La République s'installe peu à peu

Le 24 mai 1873, l'assemblée nationale retire sa confiance au président de la République Adolphe Thiers. Elle rêve d'une restauration de la monarchie mais, en rejetant le drapeau tricolore, le comte de Chambord, prétendant au trône, ruine ses espoirs. Faute de mieux, dans l'attente d'un compromis, l'assemblée confie le 20 novembre 1873 la présidence de la République au maréchal Patrice de Mac-Mahon pour sept ans.

Peu à peu cependant, les députés et les citoyens s'accoutument à l'absence de monarque. C'est ainsi que le 30 janvier 1875, l'amendement Wallon introduit subrepticement le mot République dans les lois constitutionnelles. Le mot n'est plus seulement attaché à la personne du président. Il désigne désormais clairement le régime. La perspective d'une restauration monarchique s'éloigne...

Le 16 mai 1877, le régime est confronté à une grave crise institutionnelle. Ce jour-là, le président Mac-Mahon renvoie le président du Conseil Jules Simon. Quelques jours plus tard, il dissout la Chambre des députés qui a eu le front de protester.

La nouvelle Chambre, qui est à majorité républicaine et non plus monarchiste, récuse le ministère choisi par le président. Celui-ci n'a pas d'autre choix que de s'incliner. Il démissionne enfin le 30 janvier 1879. Après lui, aucun président de la IIIe République n'osera plus dissoudre la Chambre des députés.

Jules Ferry affermit la République

Le 29 mars 1880, le ministre de l'Instruction publique Jules Ferry expulse les religieux de l'enseignement. Devenu président du Conseil, il prolonge ses décrets par la loi du 21 décembre 1880 qui ouvre aux filles l'accès à l'enseignement secondaire public. Il établit par ailleurs la gratuité de l'enseignement primaire le 16 juin 1881 et le rend laïc et obligatoire le 29 mars 1882. Son ministre Waldeck-Rousseau abolit la loi Le Chapelier (1791) le 21 mars 1884 et autorise les syndicats ouvriers.

Dans le même temps, Jules Ferry, républicain de gauche, se fait le chantre de la « mission civilisatrice  » de la France. Le 10 septembre 1880, Savorgnan de Brazza établit le protectorat de la France sur le Congo et le 12 mai 1881, c'est au bey de Tunis de signer un traité de protectorat dans son palais du Bardo. Le 25 août 1883, par le traité de Hué, la France étend son protectorat à l'ensemble du Viêt-Nam.

L'annonce du « désastre de Lang-son » (le repli d'une troupe française face à des irréguliers chinois) vaut à Jules Ferry d'être surnommé « Ferry-Tonkin » et, le 30 mars 1885, une immense manifestation devant le Palais-Bourbon (la Chambre des députés) l'écarte définitivement du pouvoir.

La République, en attendant, affermit ses bases morales. En novembre 1879, les deux Chambres, qui siégeaient jusque-là à Versailles, ancienne résidence royale, s'installent à Paris. Le 14 juillet 1880, l'anniversaire de la prise de la Bastille est déclaré fête nationale. Un peu plus tard, le 1er juin 1885, les funérailles de Victor Hugo donnent l'occasion de transformer le Panthéon en temple des gloires républicaines.

Les crises de la République

Ministre de la Guerre, le général Georges Boulanger est démis par le président Jules Grévy le 18 mai 1887 pour avoir failli céder à une provocation allemande. Sa popularité va pendant quelques mois donner des sueurs froides aux républicains. Nouveau scandale avec la mise en liquidation judiciaire le 4 février 1889 de la Compagnie du canal de Panama. Elle entraîne la ruine de 85 000 souscripteurs, trompés par la collusion de journalistes, d'hommes politiques et d'affairistes. Ferdinand de Lesseps et Gustave Eiffel échappent de peu à une condamnation. Le député Georges Clemenceau est discrédité.

Le 1er juin 1885, les Français communient autour de la dépouille de Victor Hugo. Le Panthéon est rouvert à cette occasion et devient le mausolée des gloires nationales. C'est la première fois qu'un poète reçoit de pareils hommages. L'Institut Pasteur, premier centre de recherche moderne, est inauguré le 14 novembre 1888 à l'initiative de Louis Pasteur, le savant le plus populaire qu'ait connu l'humanité. La Tour Eiffel est inaugurée le 31 mars 1889 en avant-première de l'Exposition universelle qui commémore le centenaire de la Révolution française et témoigne du rayonnement de la République. Le 9 octobre 1890, Clément Ader s'élève au-dessus du sol à bord d'un engin qu'il désigne d'un mot appelé à faire date : avion.

Le 4 janvier 1894 débute l'alliance franco-russe en prévision (on ne sait jamais) d'une agression allemande. Le 1er octobre 1895, les Français entrent à Tananarive, capitale de Madagascar. Le 18 septembre 1898, au cœur de l'Afrique, à Fachoda, le chef de bataillon Marchand défie une armée anglo-égyptienne conduite par le général Kitchener. Les opinions publiques s'excitent avant que Marchand recule. On l'a échappé belle !

Le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus, accusé de haute trahison, est dégradé dans la cour des Invalides. Il sera ensuite envoyé au bagne, en Guyane. Le 13 janvier 1898, l'écrivain Émile Zola publie sous le titre « J'accuse » une lettre ouverte au président de la République, qui met en évidence l'innocence de Dreyfus. L'Affaire va soulever les passions en France et dans le monde jusqu'à la réhabilitation du capitaine juif (1906).

Illusoire retour à la terre

Jusqu'à l'avènement du Front populaire, en 1936, les acteurs de la IIIe République demeurent pour la plupart aveugles sur les nouvelles réalités de l'industrie. Beaucoup cultivent le souvenir horrifié de la Commune et des émeutes ouvrières de Juin 1848.

L'un des plus caractéristiques représentants de la IIIe République est Jules Méline. Ministre de l'Agriculture de 1883 à 1885 puis président du Conseil de 1896 à 1898, soit le gouvernement le plus long qu'ait connu la IIIe République, il fait adopter le 11 janvier 1892 le double tarif douanier. Cette « loi Méline » a pour objectif de protéger les agriculteurs français contre les importations à bas prix de produits agricoles. En fait, elle va avoir pour conséquence de retarder la modernisation de l'agriculture française et le développement de l'industrie.

Jules Méline s'en expliquera dans un livre publié en 1906, Le Retour à la terre et la surproduction industrielle : « Avec la fin du XIXe siècle, le spectacle change brusquement et on se trouve jeté en plein inconnu ; il y a tout d'un coup comme une solution de continuité, une coupure sèche et profonde. En moins de cinquante ans, tout est bouleversé de fond en comble, l'industrie, l'agriculture, le commerce, les transports, les moyens de production, de consommation, de circulation, et les rapports des hommes entre eux sont profondément modifiés.... » Il ajoute : « Il ne reste plus qu'un seul champ d'action et d'expansion capable d'absorber toutes les forces sans emploi, et celui-là a l'avantage d'être inépuisable, au moins pour des siècles ; c'est la terre qui a des consolations pour toutes les misères et qui ne laisse jamais mourir de faim ceux qui l'aiment et qui se confient à elle... Donc retournons à la terre et dirigeons de ce côté le plus que nous pourrons l'attention du grand public ; tâchons de l'intéresser à la question et bientôt elle le passionnera autant que l'industrie. Montrons-lui bien que la prospérité du jour et la sérénité du lendemain sont à ce prix »...

La « Belle époque »

Le 15 avril 1900, Paris quitte le XIXe siècle avec la plus grande exposition universelle jamais organisée en France. Sont construits pour l'occasion le pont Alexandre III, le Grand Palais et le Petit Palais ainsi que les gares d'Orsay, des Invalides et de Lyon. Les frères Lumière présentent leurs films sur écran géant. Le 19 juillet est inauguré le métro et dans le bois de Vincennes se déroulent qui plus est les IIe Jeux Olympiques de l'ère moderne !

Le député Aristide Briand fait voter la loi de séparation des Églises et de l'État le 9 décembre 1905. Après plusieurs siècles conflictuels, un modus vivendi stable s'instaure non sans mal entre les religions et la République. Il va résister pendant un siècle.

Le 8 avril 1904 est officialisée à Londres l'Entente cordiale entre le Royaume-Uni et la République française. Le 31 mars 1905, par le « coup de Tanger », l'empereur d'Allemagne Guillaume II tente de s'imposer au Maroc. Il renouvelle sa tentative le 1er juillet 1911 avec « l'incident d'Agadir ». La guerre est évitée grâce à un compromis du président du Conseil Joseph Caillaux. C'est la France qui finalement instaure son protectorat sur le Maroc le 30 mai 1912.

Le 16 mars 1914, Henriette Caillaux tue Gaston Calmette, directeur du Figaro, par crainte que son passé sentimental soit étalé sur la place publique. Son mari, Joseph Caillaux, farouche partisan de la paix, perd toute chance d'accéder à la présidence du Conseil. Ce coup de revolver est le premier d'une série de trois qui entraîneront la France et l'Europe dans la plus grande tragédie de leur Histoire (le second tuera l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche à Sarajevo, le 28 juin, et le troisième aura raison de Jean Jaurès à Paris, au café du Croissant, le 31 juillet de la même année).

Le 3 août 1914, l'Allemagne, déjà en guerre depuis deux jours avec la Russie, déclare la guerre à la France et à la Serbie. Après la Grande Guerre, on se souviendra avec nostalgie des années qui l'auront précédé, les qualifiant non sans exagération de « Belle époque ».

Mortelle présidence

Bien que dotés d'un pouvoir limité, les premiers présidents de la IIIe République connaissent des mandats pénibles et parfois brutalement interrompus .

1- Le premier président de la IIIe République, Adolphe Thiers, est désigné par l'Assemblée nationale constituante le 31 août 1871 et contraint à la démission par la même assemblée au bout de deux ans, le 24 mai 1873.

2- Le même jour (24 mai 1873) est élu à la présidence le maréchal Patrice Maurice de Mac-Mahon ; le 19 novembre 1873, l'assemblée fixe la durée de son mandat à sept ans. Mais au bout de six ans, le 30 janvier 1879, il est à son tour contraint à la démission par la nouvelle majorité républicaine.

3- Son successeur Jules Grévy confirme avec les présidents du Conseil Gambetta et Jules Ferry les assises républicaines du régime. Mais il est compromis par son gendre Wilson dans une affaire de trafic d'influence autour de la Légion d'honneur et doit démissionner à son tour deux ans après le début de son deuxième mandat, le 2 décembre 1887.

4- Sadi Carnot est assassiné le 24 juin 1894 à Lyon par l'anarchiste Caserio.

5- Jean Casimir-Perier, élu le 27 juin 1894, voit l'arrestation et la condamnation du capitaine Dreyfus. Il est lui-même contraint à la démission le 15 janvier 1895.

6- Félix Faure, élu le 17 janvier 1895, meurt dans les bras de sa maîtresse le 16 février 1899.

7- Le président suivant, Émile Loubet, élu le 18 février 1899, est le premier à quitter tranquillement l'Élysée le 17 janvier 1906, tandis qu'une partie du pays se déchire dans la querelle des inventaires du mobilier des églises et des objets du culte.

8- Armand Fallières est normalement élu à la présidence le 17 janvier 1906. Il termine son mandat normalement sept ans plus tard, le 17 janvier 1913, à la veille de la Grande Guerre.

Franck Lefort, Les Présidents de la République depuis 1871, carte postale.

Bibliographie

Il existe beaucoup de livres sur les débuts de la IIIe République. Je recommande en particulier celui de Jacques Chastenet, de l'Institut, épuisé mais encore disponible en bibliothèque : L'enfance de la Troisième 1870-1879 (Hachette, 1952).

Publié ou mis à jour le : 2019-12-19 15:03:04

 
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