Charles d'Orléans (1394 - 1465)

Et l'épée devint plume...

Charles d'Orléans reçoit l'hommage d'un vassalLe prince Charles d'Orléans, premier poète en langue française avec François Villon (1431- après 1463), mena une existence d'une rare intensité, faite d'une alternance de tempêtes furieuses et de longs calmes trompeurs.

Neveu du roi Charles VI (1368-1422) et père du roi Louis XII (1462-1515), il fit preuve tout au long de sa vie de capacités hors normes d'adaptation, de courage et de résilience dans un temps de chaos politique créé par la guerre de Cent Ans et la démence du roi Charles VI.

Dans cette période de transition entre féodalité et État moderne, de vastes duchés sont encore très autonomes, particulièrement la riche Bourgogne et la tumultueuse Bretagne.

En ce début de XVème siècle, le royaume de France, fragilisé par le roi fou, flotte sans cap au gré des ambitions fluctuantes des grands seigneurs. S’y ajoutent les prétentions anglaises au trône de France qui renaissent avec l'affaiblissement du pouvoir royal : la guerre de Cent ans (1337-1453) n'est pas finie.

Poésie de Charles d'Orléans ; agrandissement : transcription imprimée

Au temps passé, quant Nature me fist
En ce monde venir, elle me mist
Premierement tout en la gouvernance
D’une Dame qu’on appelloit Enfance,
En lui faisant estroit commandement
De me nourrir et garder tendrement.
Sans point souffrir Soing ou Merencolie
Aucunement me tenir compaignie ;
Dont elle fist loyaument son devoir.
Remercier l’en doy, pour dire voir.
En cest estat, par un temps me nourry ;
Et après ce, quant je fu enforcy.
Un messagier, qui Aage s’appella.
Une lettre de créance bailla
A Enfance, de par Dame Nature,...
(Ballades).

Une enfance princière pleine de promesses

Aîné d'une fratrie très solidaire, Charles d'Orléans vit une enfance dorée au plus près du pouvoir. Son père, Louis Ier d'Orléans (1372-1407), entouré de ses oncles, exerce des fonctions de régent en tant qu'unique frère du roi.

Charles d'Orléans reçoit une éducation raffinée, socle d'une vaste culture littéraire et musicale, héritée en partie de sa mère Valentine Visconti (1371-1408), fille du duc de Milan, mais aussi petite-fille du roi Jean II le Bon (1315-1364) par sa mère Isabelle de France. Le poids prestigieux de cette double filiation jouera plus tard un grand rôle quand il sera otage des Anglais.

Traitée faussement d’empoisonneuse, la douce Valentine Visconti fuit la cour et se retire dans ses châteaux avec ses quatre enfants et leur frère bâtard, Jean de Dunois. Elle les initie entre autres à la littérature courtoise.

De son côté, leur père, Louis d'Orléans, pallie les manquements du roi auprès de la reine Isabeau de Bavière (1370-1435) qui cherche à jouer un rôle politique. Il tisse des alliances, s'appuie sur un réseau pensionné de grands seigneurs et impose au peuple de lourdes charges fiscales.

Il s'attire ainsi par son ambition conquérante d’abord l'hostilité de son oncle, le duc de Bourgogne Philippe le hardi (1342-1404), puis la rivalité haineuse de son fils, le puissant Jean sans Peur (1371-1419). Même face au schisme de l’Église catholique, les deux ducs prennent des positions antagonistes.

Aussi charismatique que Jean sans Peur se montre dépourvu de talents oratoires, Louis d'Orléans ne freine plus en 1407 ses prétentions et réussit à évincer les Bourguignons du conseil du roi. Leur rivalité est à son comble et le duc de Bourgogne n'hésite pas peu après à commanditer, en plein Paris, l'assassinat de ce cousin trop encombrant. Il précipite alors la France dans le marasme par cet acte dont il ose, comble du cynisme, se prévaloir au nom du salut public.

Pour défendre les intérêts de ses enfants, Valentine Visconti réclame aussitôt vengeance, mais meurt un an plus tard. Le chagrin et les soucis ont eu raison de son énergie face à un roi qui sombre progressivement dans la folie. Avec courage, les enfants d'Orléans vont devoir se mobiliser autour de leur frère aîné.

À 14 ans, Charles d’Orléans bascule en chef de guerre, déterminé à venger la mort de son père.

Chef de famille et chef de parti

Les mariages sont en ces temps une stratégie politique majeure. Pour cette raison, Charles d'Orléans avait été marié par son père, à seulement 12 ans, à sa cousine Isabelle de Valois (1389-1409), fille de Charles VI, toute jeune veuve du roi d'Angleterre, Richard II (1367-1400).

Il est père à 15 ans d'une petite Jeanne (1409-1432) dont la mère meurt en couches. La donne politique impose alors au duc d’Orléans un nouveau mariage pour combattre par les armes le meurtrier de son père.

En épousant Bonne d'Armagnac (1395-1435), il fait une alliance de poids :  la jeune femme est la fille du redoutable et puissant Bernard VII d'Armagnac (1360-1418). Avec ce soutien militaire, la guerre civile fait vite rage entre Armagnacs (et Orléans) et Bourguignons. La révolte gronde à Paris.

La corporation des bouchers, les Cabochiens, hostile aux nouveaux impôts, soulève la ville au printemps 1413, avec Jean sans Peur démagogiquement à ses côtés. Mais, cette révolte est violemment réprimée dès septembre par les Armagnacs soutenus alors par la reine. La confusion est extrême : la division gangrène la France entraînant la dévastation d’une grande partie du royaume.

Dans ce contexte d'affaiblissement de la monarchie française, le roi d'Angleterre Henry V (1386-1422) voit l'opportunité de relancer les hostilités pour s'emparer du trône de France. La guerre, dite de Cent ans, reprend renforçant le marasme ambiant.

Prisonnier des Anglais à Azincourt en 1415

Le 25 octobre 1415 dans la plaine détrempée d'Azincourt, les chevaliers français, forts de leur considérable avantage numérique, s’avancent avec assurance à la rencontre des Anglais avec Charles d'Orléans au commandement. Le duc et les jeunes chevaliers, piaffant d'impatience, insistent pour livrer bataille malgré les réticences des plus aguerris favorables à un encerclement des troupes anglaises dirigées par le roi Henry V.

L'engagement s'effectue sous une pluie battante. Le champ de bataille est boueux, très étroit et entouré de bois. L'ego des chevaliers français les entraîne à se bousculer en première ligne sans réflexion tactique, leurs archers positionnés en réserve à l'arrière. Avec l’élan du désespoir, les Anglais, acculés, s'abritent derrière des pieux acérés et positionnent leurs archers à l’avant.

C’est une hécatombe pour l'armée française. Les chevaliers français sont décimés. Toute la fine fleur de la noblesse française est anéantie : les flèches anglaises transpercent les armures, les chevaux affolés s'empalent ou écrasent les chevaliers lourdement encombrés de vingt-cinq kilos de ferrailles. Les guerriers s’embourbent sans espoir de se relever, se noient dans leur casque ou sont blessés et achevés après la bataille pour les moins monnayables.

La bataille d?Azincourt (miniature enluminée tirée du manuscrit des «Grandes Chroniques de France» de Jean Fouquet, vers 1467-1476)

Charles d'Orléans est découvert inconscient sous un amas de cadavres, sauvé in extremis par le blason des Orléans, signe tangible d'une belle prise à rançonner. Et c'est ainsi que ce jeune prince fougueux de 21 ans partit, cet automne-là, pour 25 ans d'exil…

Durant son exil : la France dans la discorde

Emprisonné dans la tour de Londres, Charles d'Orléans va passer ensuite sa longue captivité à rêver de sa délivrance, de forteresses en châteaux, sauvé mentalement par la littérature.

En la forest d'Ennuyeuse Tristesse,
Un jour m'avint qu'a par moy cheminoye,
Si rencontray l'Amoureuse Deesse
Qui m'appella, demandant ou j'aloye.
Je respondy que, par Fortune, estoye
Mis en exil en ce bois, long temps a,
Et qu'a bon droit appeller me povoye
L'omme esgaré qui ne scet ou il va 
(Ballades).

Dans un monde où les manuscrits sont rares, c’est l’écriture de ballades et de rondeaux, formes poétiques de la littérature courtoise, qui vont l'empêcher de sombrer. Lui et son frère Jean d’Angoulême (1399-1467) sont des otages précieux car les rois anglais, Henry V puis Henry VI (1421-1471), voient en eux des rivaux et rechignent à les délivrer.

Isolé de son frère, le duc d'Orléans aura constamment en tête de réunir les acomptes de leurs deux rançons dont les montants augmentent constamment au fil des ans au rythme des tensions politiques.

En France, alors que le roi n’a plus son discernement, le dauphin, futur Charles VII (1403-1461), se dresse en 1415 pour imposer sa légitimité niée par sa mère Isabeau de Bavière, cette fois alliée  des Bourguignons et des Anglais.

L'assassinat de Jean sans Peur sur le pont de Montereau en 1419, lors d'une rencontre qui se voulait pacifique, va rebattre les cartes et amener au pouvoir le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon.

Le sommet de l'ingérence anglo-bourguignonne sur le royaume de France est atteint peu après avec le traité de Troyes en 1420, sorte de testament de Charles VI qui reconnaît comme successeurs le roi Henry V et sa descendance.

Alors que le royaume de France, la Bourgogne et les Anglais continuent de se déchirer, Charles d'Orléans reste otage en Angleterre. Fort heureusement, ses terres vont être prises en main par ses frères, tout d’abord Philippe de Vertus (1396-1420) puis Jean de Dunois, le prestigieux bâtard d’Orléans (1402-1468).

Par ses qualités militaires, Dunois défend courageusement ses terres aux côtés de Jeanne d'Arc (1412-1431) en délivrant en 1429 la ville d'Orléans, assiégée par les Anglais. Charles VI étant mort en 1422, Charles VII va pouvoir être couronné à Reims pour un long règne de 40 ans.

« En la prison de Desplaisance »

Nourri de littérature dans son enfance, Charles d'Orléans passe ses années de confinement à écrire inlassablement, condamné en forçat à la poésie. Il découvre alors des traits de sa personnalité enfouis en lui jusque-là dans l’intensité de son adolescence guerrière : sensibilité, persévérance, courage…

Dans la lignée de la tradition courtoise, sa poésie se centre sur l'Amour, sur la Dame idéalisée, pouvant être toutes les femmes, dont la sienne, morte au loin sans qu’il ait pu la revoir. Ses rêveries poétiques se tournent vers la France, la nature, les fêtes comme la Saint Valentin, alors fête exclusivement anglaise.

Que me conseillez-vous, mon cœur ?
Irai-je par devers la belle
Lui dire la peine mortelle
Que souffrez pour elle en douleur ?

Pour votre bien et son honneur,
C'est droit que votre conseil celle.
Que me conseillez-vous, mon cœur,
Irai-je par devers la belle ?

Si pleine la sais de douceur
Que trouverai merci en elle,
Tôt en aurez bonne nouvelle.
J'y vais, n'est-ce pour le meilleur ?
Que me conseillez-vous, mon cœur ?
(Rondeaux)

La paix qui n’aboutit pas en France accentue sa mélancolie. Sa poésie si sensible semble parfois superficielle mais on y ressent en écho des inquiétudes métaphysiques plus profondes que porte le passage du temps : il assiste passif à la fuite inexorable de sa jeunesse. Le monde hyperactif de son adolescence a basculé brutalement dans l'exigence du dialogue intérieur.

Les châteaux de Wingfield et Bolingbroke où Charles d'Orléans fut reconnu captif pendant un quart de siècleMais le monde extérieur se rappelle à lui sans cesse à travers la quête de l'argent de la délivrance.

Ce sont aussi pour lui des années de chocs affectifs difficilement vécus quand les deuils s'accumulent au loin : décès de son frère Philippe, de son épouse Bonne, de sa fille Jeanne à peine connue, de certains amis...

Sa production littéraire, d’environ 500 rondeaux et 135 ballades, force l'admiration dans ce contexte exceptionnel quand il se doit de faire jaillir une autre facette de lui-même. Désormais, la guerre n'est plus la valeur suprême, l’espoir de paix prend le dessus. Il écrit : « Paix est tresor qu'on ne peut trop loer/ Je hé guerre, point ne la doit prisier ». Et la nostalgie de la France est là toujours lancinante : « En regardant vers le pays de France… ».

En regardant vers le pays de France,
Un jour m’advint, à Douvres sur la mer,
Qu’il me souvint de la douce plaisance,
Que je soulais au dit pays trouver ;
Et commençai de cœur à soupirer,
Combien certes que grand bien me faisoit
De voir France que mon cœur aimer doit
(Ballades).

Philippe le Bon recevant en conseil l?hommage des Chroniques de Hainaut des mains de Simon Nockart

Une délivrance signée Bourgogne

Après d’incessants faux espoirs, l’ironie du sort veut que ce soit le duc Philippe le Bon, fils de l'assassin de son père, qui négocie avec les Anglais sa libération en 1439. Celui-ci compte bien par dette de reconnaissance neutraliser toute velléité guerrière des Orléans.

Lors de son retour d'exil en novembre 1440, Charles d'Orléans est reçu triomphalement. Devenu une légende vivante par ses longues souffrances, il jouit maintenant des acclamations, de ces moments festifs où soudainement la vie sociale l'accapare. Cependant, déphasé par les années d'exil, il perçoit difficilement toutes les subtilités des enjeux politiques au sein du royaume toujours en lutte avec la Bourgogne.

Pour l’impliquer dans le cercle bourguignon, le duc lui propose sa jeune nièce en mariage, Marie de Clèves (1426-1487), et organise à cette occasion de somptueuses fêtes de noces. Dernière velléité politique, Charles d'Orléans va tenter en 1447 de concrétiser un rêve ancré depuis longtemps : reconquérir le comté d'Asti, dot de sa mère, que son oncle le duc de Milan a tardé à lui restituer.

À la mort de celui-ci, il part en Italie, y reste un an, pour se voir dépossédé de son héritage par le nouveau maître du Milanais, le redoutable Francesco Sforza (1401-1466). Face à cet échec politique, mais fort de sa longue habitude de la résilience, Charles d'Orléans choisit de vivre désormais pleinement des moments de paix à Blois, qu’il a fait capitale de son duché.

Le château de Blois aujourd'hui ; agrandissement : le château avant les travaux d'embellissement de Charles d'Orléans et son fils Louis XII

Un lieu à la mode : la cour de Blois autour de Charles d'Orléans

C'est donc au sein d’une vie paisible, faite de joutes littéraires et d’échanges culturels que ce prince de France se sent revivre.

Pensionné par le roi, il se doit maintenant de gérer son duché appauvri par de longues années de conflits. Mais, Charles VII se méfie de lui depuis son entrée dans la mouvance bourguignonne et l’écarte de tout rôle politique. Il va alors goûter cette retraite dans ses terres en se centrant sur les plaisirs de la vie quotidienne. Amusé, il va ainsi se moquer dans ses rondeaux des nouvelles modes : chaussures à poulaine ou vêtements aux manches fendues laissant passer « froidure ».

Les poulaines, chaussures à la mode à la cour à la fin du XVe siècle

La cour de Blois est un lieu plein de contrastes entre les vieux amis du duc et l'entourage de sa jeune épouse bourguignonne. Un enfant adoptif vient aussi l’égayer quand le duc choisit d’élever le petit Pierre de Bourbon qui deviendra plus tard, avec son épouse Anne (1461-1522), régent du royaume sous le nom de Pierre de Beaujeu (1438-1503). Tout ce petit monde s’amuse et versifie.

À Blois, on se côtoie aimablement dans ce lieu empreint de la douceur du pays de Loire. Cette cour rayonne et devient attractive : les malheurs et la culture du célèbre otage ont fait de lui un personnage incontournable.

Les visiteurs s'y pressent sur le chemin de Paris, entre autres le duc d'Anjou (le « bon roi René » – 1409-1480), un de ses meilleurs amis. Mais à Blois, les problèmes financiers le taraudent encore car les dettes accumulées par les rançons grèvent le budget ducal. La cour de Blois n’a donc pas la magnificence de la cour de Bourgogne. On n'y vient pas par ambition politique mais par plaisir, séduit par son rayonnement culturel.

Charles d'Orléans y accueille aussi des proches en difficulté comme le duc d'Alençon (1409-1476), ancien compagnon de Jeanne d’Arc, accusé un temps de trahison. Courageux et fidèle en amitié, Charles d’Orléans témoignera en sa faveur lors de son grave procès pour trahison.

À Blois, son monde se resserre progressivement sur l'instant présent. Son goût pour les choses simples de la vie s'accentue avec l’âge. Il évoque souvent dans ses poésies des sujets anodins comme les colporteurs, ses lunettes, les chaussures à poulaine, son chien qui dort au coin du feu, le soleil, la pluie, les oiseaux qui chantent… La mort devient aussi un thème incontournable.

Le rêve de gloire si puissant à Azincourt a disparu, occulté par une vie paisible magnifiée par la poésie. Mais sa vie est toujours assortie de coups de théâtre. Déjà sexagénaire, il a successivement trois enfants, dont un garçon, qui deviendra plus tard le roi Louis XII.

Cette paternité tardive fait partie des mystères non élucidés qui auréolent son personnage. Comme est étrange aussi, dans son œuvre quasi autobiographique, son silence absolu sur Jeanne d'Arc, mais elle combattait contre la Bourgogne alors alliée des Anglais...

Charles d’Orléans meurt à Amboise en revenant de Tours le 4 janvier 1465, après une rencontre tendue avec le nouveau roi Louis XI (1423-1483), roi qui n’aura de cesse de lutter contre les grands duchés et annexera plus tard la Bourgogne à la France.

Le destin du duc-poète est singulier par les forces contradictoires qui s’y côtoient. Ce chevalier, animé par le feu de l'action, se mue par la force des circonstances en doux poète courtois. Au XXème siècle, il est encore suffisamment séduisant pour être chanté par Michel Polnareff : « Le temps a laissé son manteau, De vent, de froidure et de pluie… »

Bibliographie

Le duc Charles d’Orléans – Jacques Choffel – Editions Debresse -1968

Armagnacs et Bourguignons – Joël Blanchard – Perrin - 2024

Les Téméraires - Bart Van Loo Flammarion – 2020

Michelle Fayet

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Jeanne d'Arc
Publié ou mis à jour le : 2026-03-30 18:53:21

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