Suger (1081 - 1151) - Un fils de paysans au sommet de l'État - Herodote.net

Suger (1081 - 1151)

Un fils de paysans au sommet de l'État

L'abbé Suger s'est fait représenter sur le grand vitrail du chœur de Saint-Denis, à la racine de l'arbre de Jessé (XIIe siècle)

Né dans une famille de paysans aisés mais non libres, Suger (on prononce au choix sugèr ou sugé) s'est hissé par ses seuls talents jusqu'au sommet de l'Église et de l'État.

Il est considéré à juste titre comme le premier grand ministre qu'ait eu la France. Bel exemple d'ascension sociale en ces temps réputés « arriérés » !

Éduqué dans la prestigieuse abbaye de Saint-Denis, Suger y côtoie l'héritier du trône, le futur Louis VI le Gros.

Il devient plus tard son conseiller ainsi que celui de son fils Louis VII le Jeune. À ce poste, il consacre son énergie à la mise au pas de la noblesse pillarde et accomplit une oeuvre législative importante.

Suite à la mort accidentelle de l'héritier du trône, Philippe, le 13 octobre 1131, Suger recommande au roi Louis VI d'adopter le bleu, couleur de la Vierge Marie, comme emblème de la dynastie, en signe de pieuse allégeance à la Mère de Dieu.

Grâce à la faveur royale et surtout à son charisme, Suger devient vers 40 ans abbé de Saint-Denis. Il ne manque pas de placer l'abbaye sous le patronage de la Vierge, en conformité avec la dévotion mariale, alors en plein essor.

Il obtient que soient aussi conservés dans l'abbaye les « regalia », autrement dit les objets symboliques employés au sacre des nouveaux souverains : la couronne, l'épée, le sceptre, l'anneau et la main de Justice. Ainsi renforça-t-il le prestige de l'abbaye et de son abbé.

Habilement, il développa à travers les chroniques de Saint-Denis une dévotion au roi Dagobert, enterré dans son abbaye, cela afin de convaincre les souverains capétiens de s'y faire inhumer à leur tour. Au siècle suivant, saint Louis exhaucera son souhait et fera même transférer à Saint-Denis les dépouilles de seize de ses prédécesseurs. 

Entrepreneur hors pair, Suger fait reconstruire le chœur de l'église abbatiale dans un nouveau style, que l'on appellera plus tard « gothique », avec le sentiment d'œuvrer ainsi pour la gloire de l'Église et du royaume. Lui-même n'hésite pas à courir les bois avec les bûcherons pour choisir les chênes dont il tirera les poutres maîtresses de la « forêt » (la charpente).

Avec une voûte de grande hauteur, sur des colonnes légères et ajourées de vitraux, son « architecture de lumière », selon l'expression de l'époque, éblouit les fidèles et les élève vers Dieu. Suger affiche ce faisant des conceptions artistiques et religieuses à l'opposé de son contemporain et rival, l'austère Bernard de Clairvaux, qui plaide pour le dépouillement des lieux de culte et une religion toute intérieure...

Lorsque Louis VII et sa femme Aliénor partent à la croisade, le vieux Suger est encore sollicité pour assurer la régence du royaume. Il meurt à 70 ans environ, le 12 janvier 1151, trop tôt pour empêcher le roi Louis VII de commettre la bêtise de sa vie en divorçant d'Aliénor d'Aquitaine.

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2019-11-17 19:46:41

 
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