Jacques Doriot (1898 - 1945)

Du communisme à la Collaboration

Jacques Doriot, ouvrier métallurgiste et valeureux combattant de la Grande Guerre, s'engage très tôt dans le Parti communiste et devient maire de Saint-Denis, au nord de Paris. Face à la montée du nazisme en Allemagne, il plaide très tôt pour une alliance entre l'Internationale communiste et la social-démocratie européenne. Cela lui vaut d'entrer en conflit avec Maurice Thorez, ouvrier métallurgiste comme lui. 

Plus conforme à la ligne de Staline, Thorez est choisi à la place de Doriot pour diriger le Parti communiste français, cela avant que le Kremlin se rallie à l'idée d'une alliance avec la social-démocratie ! Trop tard pour Jacques Doriot qui, chassé du parti communiste, va lentement bifurquer vers l'extrême-droite nationaliste jusqu'à devenir l'un des chantres de la Collaboration avec Hitler et l'occupant nazi...

Le grand tort d'avoir eu raison trop tôt !

Jacques Doriot, 1927 (26 septembre 1898 ; 22 février 1945). Agrandissement : Jacques Doriot, portrait photographique de propagande sous l'Occupation. Annotation manuscrite du chef du Parti populaire français : Libérons la France de la tyrannie bolcheviste !Ouvrier métallurgiste à Saint-Denis (au nord de Paris), Jacques Doriot est mobilisé et reçoit la Croix de guerre pendant la Première Guerre mondiale pour avoir récupéré dans les lignes ennemies un camarade blessé.

Après le conflit, il adhère à la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) puis vote la transformation de la SFIO en SFIC (Section française de l'Internationale communiste) au congrès de Tours... Par la même occasion, il assiste à la scission de la CGT (dite confédérée) : les syndicalistes communistes, minoritaires au sein de ce syndicat, le quittent pour former la CGTU (U pour unitaire !).

Devenu secrétaire général des Jeunesses communistes, Jacques Doriot voyage entre Moscou et Paris et fait de la prison pour avoir appelé à la désobéissance les soldats engagés dans la guerre du Rif !

Sa popularité lui vaut d'entrer au Bureau politique du Parti Communiste. Il est élu député communiste de Saint-Denis en 1924 et devient maire de la ville en 1931.

C'est alors qu'il commence à critiquer la volonté de Staline et de l'Internationale communiste (Komintern) de combattre tout aussi bien la droite et l'extrême-droite fasciste que la gauche social-démocrate, qualifiée de « social-fasciste ». 

Il entre en conflit avec son alter ego et rival, Maurice Thorez, lequel se conforme à la ligne du Komintern et de Staline, ce qui lui vaut d'être choisi par celui-ci comme secrétaire général du Parti communiste français en remplacement de Pierre Sémard. 

Jacques Doriot, qui espérait accéder à cette responsabilité, en est mortifié et la chronique dit que les deux hommes en seraient venus aux mains sur un square de Moscou au début des années 1930...

Là-dessus, la faillite des communistes allemands face à Hitler et l'échec des émeutes de février 1934 confirment le jeune leader communiste dans son analyse.

Il renouvelle son plaidoyer pour un front commun avec les socialistes de la SFIO et les syndicalistes de la CGT (dite confédérée) et n'hésite pas à dénoncer l'obstruction de l'Internationale communiste (Komintern) dans une lettre ouverte à celle-ci en avril 1934.

Thorez en prend prétexte pour le pousser hors du parti. Il met tout en oeuvre pour le chasser de son bastion de Saint-Denis aux municipales de 1935 puis aux législatives de 1936, celles-là mêmes qui voient la victoire du Font populaire grâce au rapprochement entre socialistes et communistes, dans le droit fil de ses préconisations passées !

Cette victoire électorale vient trop tard pour sauver la mise de Jacques Doriot.

Dépité, celui-ci, avec d'autres cadres communistes, fonde le Parti populaire français (PPF) d'inspiration fasciste mais aussi pacifiste. Il s'inscrit dans la filiation de Mussolini, passé comme lui de l'extrême-gauche au nationalisme.

Ses militants viennent pour l'essentiel des milieux ouvriers et du parti communiste. Des personnalités comme les écrivains Pierre Drieu la Rochelle et Bertrand de Jouvenel rejoignent son parti mais le quitteront après les accords de Munich.

Jacques Doriot en uniforme allemand devant une affiche de la LVF

Sous l'uniforme allemand

Suite à l'invasion de la France par la Wechmacht, Doriot s'engage sans état d'âme dans la Collaboration avec les Allemands, bien que ceux-ci se méfient de ses ambitions. Ils font en sorte de contrarier son rapprochement avec les autres porte-parole de la Collaboration comme l'ancien député socialiste Marcel Déat ou le journaliste Fernand de Brinon.

Qu'à cela ne tienne ! Jacques Doriot teinte son parti et ses discours d'antisémitisme pour faire bonne figure auprès de ses nouveaux maîtres. Il soutient complètement la création par les Allemands de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF), le 8 juillet 1941. Lui-même s'y engage et part combattre sur le front de l'Est par intermittences. L'ancien héros de la Grande Guerre ne craint pas de s'exhiber dans l'uniforme allemand.

À la Libération, fuyant la progression des Alliés et l'épuration, il est contraint de s'établir en Allemagne. Il meurt dans le mitraillage de sa voiture par un avion non identifié. Il est possible que la Gestapo ait voulu le mettre hors d'état de parler...

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2026-03-13 11:35:25

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