Alfred Sauvy (1898 - 1990) - La démographie au service de ses convictions sociales - Herodote.net

Alfred Sauvy (1898 - 1990)

La démographie au service de ses convictions sociales

« Car enfin ce Tiers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le Tiers-État, veut, lui aussi, être quelque chose » écrit Alfred Sauvy en conclusion d'un article du magazine L'Observateur intitulé « Trois monde, une planète » (N°118, 14 août 1952, page 14).

Avec cet article apparaît pour la première fois une expression appelée à un succès planétaire : tiers monde (Third World selon la traduction qu'en ont fait les Anglo-Saxons).

Cette expression désigne les pays pauvres écartelés entre les deux camps rivaux issus de la Seconde Guerre mondiale : le camp soviétique, sous la tutelle de Moscou, et le camp occidental, sous la tutelle de Washington.

Mais Alfred Sauvy, démographe réputé, a surtout a fait prendre conscience aux Français, après la Libération, des enjeux démographiques. Fils de viticulteur des Pyrénées-Orientales, mobilisé en 1917, ce polytechnicien, disciple du démographe et ministre Adolphe Landry, a été très tôt passionné pour la démographie.

Timbre poste émis en 1939 en vue d'encourager la natalitéEn 1939, sensible aux méfaits de la dénatalité qui font craindre une baisse rapide de la population, il inspire au dernier gouvernement de la IIIe République, celui de Paul Reynaud, la création des allocations familiales et une politique vigoureusement nataliste.

Malgré l'invasion du pays par la Wehrmacht et les affres de l'Occupation, La natalité française se redressera de fait dès 1942 avec une vigueur insoupçonnée sans que l'on puisse en expliquer les causes.

Après la Seconde Guerre mondiale, Alfred Sauvy donne à la démographie ses lettres de noblesse. Il entrevoit les déséquilibres engendrés par la baisse de la fécondité dans le monde occidental et le maintien d'un très fort accroissement naturel dans les autres pays.

« Tout est agencé dans la société pour que l'enfant n'y ait pas sa place et une fois cet agencement réalisé, l'opinion estime que l'enfant ne peut pas être souhaité, les conditions étant trop difficiles ! », écrit-il dans L'économie du diable.

Le vote familial, un suffrage vraiment universel et garant de l'avenir

Socialiste de coeur, Alfred Sauvy préconise le vote familial (Un enfant = une voix de plus pour ses parents aux élections) : la mère vote pour sa fille et le père pour son garçon, de la même façon qu'aujourd'hui, un tuteur vote pour l'adulte dépendant dont il a la charge.

Ce suffrage n'aurait pas seulement l'avantage d'être véritablement universel. Il permettrait aussi et surtout de rétablir entre les générations un équilibre menacé par la part croissante des personnes âgées dans le corps électoral.

Il s'agit d'éviter que ces électeurs âgés ne fassent trop pression en faveur de leurs intérêts particuliers (pensions, services gratuits...) au détriment des jeunes générations porteuses d'avenir.

« Si l'on fait appel au suffrage des citoyens sous quelque forme que ce soit, dans le cadre national, municipal, professionnel, corporatif, il est essentiel qu'il soit universel et que les enfants soient représentés [...]. Sans ce suffrage universel, les parents de plusieurs enfants sont en minorité, et leurs intérêts sacrifiés... », écrit-il dans Richesse et population (pages 300-301, Payot, 1944).

Alfred Sauvy a aussi dénoncé la place abusive accordée à la voiture automobile dans les sociétés modernes, bien avant les écologistes et la prise de conscience du réchauffement climatique.

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2019-05-15 09:02:20

 
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