Hygiène corporelle - La toilette, entre débarbouillage et grand bain - Herodote.net

Hygiène corporelle

La toilette, entre débarbouillage et grand bain

Rester séduisant, ne pas indisposer son entourage, conserver une bonne dentition... nous avons tous une bonne raison de passer dans la salle de bains !

Nos ancêtres partageaient-ils ce point de vue ? Pour le savoir, entrons dans leur intimité et observons discrètement les habitudes de la toilette.

Isabelle Grégor

La toilette des premiers temps

Peigne égyptien à longues dents, vers 3800 av. J.-C., Saint-Germain-en-Laye, musée d'Archéologie nationale.Vêtus de peaux et dormant dans des abris sous roche, au coeur d'une nature inviolée, les hommes préhistoriques ne se souciaient sans doute pas de l'hygiène.

La Dame de Brassempouy (22000 à 29000 av JC), musée de Saint-Germain-en-LayeMais leurs compagnes savaient être coquettes comme l'atteste la belle coiffure soigneusement tressée de la Vénus de Brassempouy, dans les Landes, il y de cela près de trente mille ans.

Les parures féminines, dont les plus anciennes remontent à 75.000 ans, ne laissent aucun doute sur le désir de plaire.

Mais c'est beaucoup plus tard, à l'époque néolithique, il y a moins de dix mille ans, qu'a été inventé le peigne. Crasseux, peut-être, mais élégant, sûrement !

L'eau, un élément sacré

Les ablutions ont très tôt été considérées comme un rituel religieux lié à la recherche de la pureté spirituelle. Des simples ruisseaux à l'océan dans son entier, les sources d'eau étaient assimilées dans la haute Antiquité à des divinités, généralement protectrices.

C'est le dieu Nil en Égypte qui permet la survie du pays, ce sont les nymphes en Grèce qui protègent les amoureux venus se plonger dans leurs sources, c'est la mer Égée dans laquelle, tous les ans, la statue d'Athéna était baignée pour renforcer ses pouvoirs.

Les grandes religions ont repris par la suite cette symbolique de l'eau qui purifie. On pense bien sûr au baptême chrétien, aux ablutions faites par le croyant musulman avant la prière mais aussi aux bains dans le Gange qui rassemblent des millions d'hindous.

Pierre Bonnard, La Grande Baignoire (Nu), 1937–1939, coll. part.

Premières civilisations, premières baignoires

Apparues dans des contrées chaudes, les premières civilisations ont très tôt pratiqué la toilette. La toute première baignoire qui soit parvenue jusqu'à nous aurait ainsi fait les beaux jours d'une famille de Mésopotamie, région pionnière en matière de gestion de l'eau. Cet objet acquiert d'ailleurs une telle importance qu'il est parfois utilisé comme sarcophage.

Sur les berges du Nil, les privilégiés aimaient à se délasser dans une salle de douche, à l'exemple de celle découverte dans le palais du pharaon Ramsès III (1100 av. J.-C.). Ils y avaient à disposition un bac en calcaire, au milieu de grandes dalles protégeant les murs de brique des projections d'eau. Mais pas de pommeau : c'était un serviteur qui versait l'eau ! Leurs épouses étaient également soucieuses de leur propreté et faisaient usage de parfums capiteux.    

Peinture de la tombe de Djeserkaraseneb, Nouvel Empire, Égypte.

L'art du bouillon collectif

Homère le savait bien : après un rude combat ou une traversée mouvementée, rien de tel qu'un petit plongeon ! C'est d'ailleurs devenu une tradition incontournable pour toute personne recevant un hôte, ou pour toute beauté cherchant l'aventure à la rivière.

George Lawrence Bulleid, Olympian dreamer, début XXe s.C'est aux Sybarites, habitants de la colonie grecque de Sybaris, dans le golfe de Tarente, au sud de l'Italie, qu'est attribuée l'invention du bain de vapeur, au VIIIe siècle av. J.-C. 

Au Ve s. av. J.-C., les épidémies de typhus ou de peste font de l'hygiène une préoccupation majeure des Grecs. Le mot lui-même vient d'Hygie, fille du dieu de la médecine Asclépios et déesse des guérisons, de la santé et de la propreté. 

Dans le même temps, le rituel du bain revêt une dimension collective.

D'abord aménagés dans les gymnases, les bains publics, face au succès, deviennent des établissements autonomes et de plus en plus luxueux.

Ils sont plébiscités pour les bonnes (ou mauvaises) rencontres qu'ils offrent. Et qu'importe si des esprits médisants, comme Aristophane, ne cessent de se plaindre que la volupté de l'eau chaude « rend l'homme lâche ».

Trois jeunes femmes à la toilette, 440 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen, Munich

Rome, championne toutes catégories du bain

À leur tour, les Romains cultivent un art du bain qui n'a guère été surpassé jusqu'à nos jours. Les thermes publics deviennent un élément central de la civilisation romaine. On s'y rend deux heures par jour pour se laver, bien sûr, mais aussi pour rencontrer clients ou amis.

Femme à sa toilette, avec miroir, Ier s., Pompéi, villa AriadneÀ l'intérieur, le parcours mène le baigneur du bain froid (frigidarium) au bain de vapeur (sudatorium) où l'on trouve, nous raconte Sénèque, « une température d'incendie et telle, qu'un esclave convaincu de quelque crime devrait être condamné à être baigné vif » !

Pour se relaxer, on peut accéder à la bibliothèque de l'établissement ou céder à la tentation des douceurs vendues par les marchands de gâteaux ou de charcuterie. À moins qu'on ne préférât s'isoler en bonne compagnie... Les thermes de Stabies, à côté de Pompéi, ne donnaient-ils pas sur la rue dite «  du Lupanar » ?

Félicitons les ingénieurs romains qui maîtrisaient si bien les principes de l'hydraulique qu'ils parvenaient à mettre à disposition de la population de la ville, grâce à leur 4.000 km d'aqueducs, les mille litres d'eau nécessaires par jour et par personne. Eau chauffée à volonté, bien sûr !

Les thermes de Dioclétien (restitution par un élève des Beaux-Arts, 1880)À la fin de l'Empire, c'est près de 900 monuments qui permettent à toute la population de Rome, sans distinction de sexe ou de classe sociale, d'aller barboter dans des décors de rêve, tous les 9 jours suivant l'usage.

Les 3000 baigneurs des thermes de Dioclétien, inaugurés en 306 et toujours visibles, pouvaient en chœur faire fuir par sudation leurs mauvaises humeurs, se racler la peau avec un strigile, oindre leur corps d'huile et replonger dans l'eau tiède puis dans l'eau froide.

Me voici au milieu d'un vrai charivari...

Girolamo Macchietti, Les Bains de Pouzzoles, vers 1550-1572, Florence, Palazzo Vecchio.« Je suis logé à coté d'un établissement de bains ; et maintenant représente-toi tout ce que peut la voix humaine pour exaspérer les oreilles ; quand les champions du gymnase s'entrainent en remuant leurs haltères de plomb, quand ils peinent ou font comme si ils peinaient, je les entends geindre. [...] Si je suis tombé sur quelque baigneur passif qui ne veut rien de plus que le massage du pauvre, j'entends le bruit de la main claquant sur les épaules avec un son indifférent, selon qu'elle arrive à creux ou à plat. Mais qu'un joueur de balle survienne et se mette à compter les points, c'est le coup de grâce ! N'oublie pas le chercheur de querelles, le filou pris sur le fait, l'homme qui trouve que dans le bain il a une jolie voix. N'oublie pas la piscine et l'énorme bruit d'eau remuée à chaque plongeon. Outre ces gens qui à défaut d'autre chose, ont des intonations naturelles, figure-toi l'épileur qui reprend sans cesse un glapissement en fausset, afin de signaler sa présence, et ne se taisant que pour écorcher les aisselles et faire crier un autre à sa place. Puis c'est le marchand de boissons avec ses appels sur diverses notes, le marchand de saucisses, le confiseur et tous ces garçons de taverne qui ont chacun pour crier leur marchandise une modulation caractéristique » (Sénèque, Lettres à Lucillius, IV, 56).

Des étuves un peu louches...

Les débuts de l'ère chrétienne ne remettent pas en cause la pratique du bain.


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Le tatouage

L'auteur : Isabelle Grégor

Isabelle Grégor

Isabelle Grégor a obtenu un doctorat de Lettres modernes avec une thèse consacrée au récit de voyage de Bougainville. Cette thèse a donné lieu à des publications, par exemple dans la Revue d'Histoire maritime, et à des conférences dans des colloques scientifiques.

Notre collaboratrice a également passé avec succès le concours de CAPES en 2008 et enseigne les lettres dans un lycée de Poitou-Charentes.

Publié ou mis à jour le : 2019-02-26 18:35:04

 
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