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7 août 1932

« Grande famine » et Holodomor ukrainien

En 1932, alors que le monde occidental sombrait dans une crise économique sans précédent, Staline, maître tout-puissant de l'Union Soviétique, se fit fort d'exporter tant et plus de céréales afin de financer l'industrialisation du pays. Mais ce succès apparent ne fut obtenu qu'au prix de réquisitions forcées d'une extrême brutalité.

Le 7 août 1932, le gouvernement de l'URSS promulgua une loi qui punit de dix ans de déportation, voire de la peine de mort, « tout vol ou dilapidation de la propriété socialiste », y compris le simple vol de quelques épis dans un champ. Cette loi, dite « loi des épis », aggrava considérablement la situation des paysans. Privés du minimum vital et empêchés de se réfugier dans les villes, des millions d'entre eux allaient périr en quelques mois.

Furent principalement frappés les paysans des terres fertiles du sud : Kazakhstan (1,4 million de morts sur 4 millions d'habitants), bord de la Volga et nord du Caucase (plusieurs centaines de milliers de morts) et surtout Ukraine (3,5 millions de morts environ sur 35 millions d'habitants). « Ce sont les régions agricoles les plus riches et les plus dynamiques, celles qui avaient à la fois le plus à donner à l’État et le plus à perdre du système d’extorsion de la production agricole mis en place au terme de la collectivisation forcée des campagnes », explique l'historien Nicolas Werth.

Baptisée Holodomor (« extermination par la faim » en ukrainien), cette « Grande famine » a été assimilée à un génocide par le gouvernement ukrainien en 2006. Elle est depuis lors commémorée tous les 25 novembre. La plupart des historiens réfutent toutefois le qualificatif de génocide car d'autres régions que l'Ukraine ont été tout autant affectées par les réquisitions forcées et rien ne prouve que les planificateurs soviétiques aient eu la volonté d'exterminer les Ukrainiens en particulier. Au demeurant, .. 

André Larané

Scène de rue à Kharkiv en 1932 et en 1933, Alexander Wienerberger.

Les communistes contre les paysans

À la fin des années 1920, l'URSS commençait à retrouver le sourire grâce à la NEP (Nouvelle Politique Économique) et à un début de libéralisation économique. Sa production agricole et industrielle retrouve en 1927 les niveaux d'avant la Grande Guerre et la Révolution. Mais beaucoup de bolcheviks s'en inquiétèrent. Ils craignirent que la NEP ne favorise dans les villes et les campagnes l'avènement d'une nouvelle bourgeoisie qui pourrait un jour triompher du communisme ! Staline, maître tout-puissant de l'URSS, se rallia  à leurs idées.

En 1928, le Vojd (Guide) annonça un premier plan quinquennal (1928-1933) en vue d'abattre définitivement le capitalisme. Il prévit la mainmise de l'État sur toutes les activités économiques, y compris l'agriculture. C'est ainsi que durent être collectivisées les terres sous la forme de coopératives géantes : les kolkhozes, et de grandes fermes modèles : les sovkhozes.

Cet objectif se doubla de la volonté d'accélérer l'industrialisation du pays et pour cela, le pays eut besoin d'importer des machines. Comment les payer sinon en exportant massivement du blé et de la viande ? Le gouvernement commença donc par mettre la pression sur les paysans en abaissant d'office de 20% le prix du blé qu'ils étaient obligés de vendre à l'État. Il augmenta aussi les réquisitions obligatoires en vue de l'exportation.

Consternés, les paysans craignirent le retour des réquisitions à grande échelle des années 1919-1921, pendant la guerre civile entre Rouges (bolchéviques) et Blancs (démocrates et monarchistes) : en prélevant par la contrainte le tiers au moins des récoltes sous prétexte de nourrir les citadins, l'armée et l'appareil administratif, l'État communiste avait désorganisé l'agriculture et privé les paysans du minimum vital pour leur consommation et les semailles. Il s'en était suivi une gigantesque famine en 1921-1922 (trois millions de morts, principalement dans la région russe de la Volga !) et le gouvernement avait alors dû faire appel à l'aide occidentale, américaine en particulier (American Relief Administration).

La « dékoulakisation »

Le 6 janvier 1930, un décret officialisa la fin de la NEP (Nouvelle Politique Économique). Staline accusa les paysans aisés, surnommés « koulaks » (d'un mot russe qui désigne un prêteur sur gages), de faire obstruction à sa nouvelle politique au nom de leurs intérêts particuliers. Aussi, dès le 30 janvier 1930, le Comité central (le gouvernement de l'URSS) décida-t-il « l'élimination des koulaks en tant que classe ».

Dans les mois qui suivirent, les instances communistes se mobilisèrent contre les paysans. 25 000 agents de l'État ou membres des Jeunesses communistes furent envoyés dans les campagnes avec pour objectif de convaincre les 25 millions de familles rurales de rejoindre les 250 000 futures fermes collectives (kolkhozes) ou fermes d'État (sovkhozes).

À la contrainte étatique, le monde paysan réagit fort logiquement par une diminution de la production et des livraisons de blé. Mais au lieu de temporiser, le gouvernement annonça un durcissement du régime. Il futt renforcé dans sa conviction par la crise économique qui secouait le monde occidental et faisait croire à l'effondrement imminent du capitalisme.

Beaucoup de paysans choisirent d'abattre leur bétail plutôt que de le remettre aux kolkhozes et en quelques mois, le cheptel diminua de moitié. Dans les fermes collectives, dirigées par des communistes incompétents en agriculture et en gestion, avec des travailleurs dépourvus de toute motivation, les rendements tombèrent rapidement au plus bas.

Staline lui-même mesura les difficultés de la collectivisation et se résolut à la freiner. Le 15 mars 1930, la Pravda, le quotidien du Parti communiste, publia une résolution du Comité central qui mit fin à la collectivisation obligatoire et promit des enquêtes sur les méthodes d'expropriations des koulaks. Aussitôt, sur les 60% de familles paysannes qui avaient déjà été collectivisées, la moitié regagna son indépendance ! Mais le processus de collectivisation reprit très vite, encore plus durement qu'avant...

Dans le même temps, les prélèvements forcés s'accélèrent. Dès l'automne 1930, le gouvernement soviétique ponctionna 30% de la production agricole en Ukraine, 38% dans les riches plaines du Kouban (Caucase du nord), 33% des récoltes du Kazakhstan. L'année suivante, alors que les récoltes avaient beaucoup diminué par manque de semences, les prélèvements s'élevaient respectivement à 41,5%, 47% et 39,5%...

À la fin 1931, 70% des terres étaient collectivisées et la « dékoulakisation » considérée comme achevée. C'est alors qu'apparurent les premières victimes de la faim. L'ensemble du pays fut affecté mais c'est au Kazakhstan que l'on compta le plus grand nombre de morts : 1 à 1,5 million, victimes des réquisitions du gouvernement.

En 1931, sur une production totale de blé de 700 millions de quintaux, en baisse de 140 millions sur l'année précédente, le gouvernement en extorqua 228, dont 45 pour l'exportation. L'année suivante, en 1932, il fixa à 290 millions de quintaux le total des réquisitions sur une production dont tout indique qu'elle devait être en très forte baisse sur l'année précédente. Le drame en préparation n'émut guère les hôtes du Kremlin !...

Un massacre « administratif »

Miron Dolot, rescapé du génocide ukrainien, a raconté dans un livre poignant, Les affamés, l'holocauste masqué  (Ramsay, 1986) le processus de la « dékoulakisation ».
Un représentant du Parti appelé « millième » s'est établi dans son village, accompagné de quelques membres des jeunesses communistes, en vue de mettre sur pied une ferme collective. Dans les premiers temps, les nouveaux-venus se sont contentés d'observer les villageois. Puis, un matin, ceux-ci découvrent la disparition de quelques notables (instituteur, commerçant, principaux fermiers...). Ils ont été enlevés par des policiers de la Guépéou au cours de la nuit. Leurs familles sont peu après expulsées par la force. Les villageois, abasourdis, isolés et privés de leurs meilleurs représentants, n'osent protester. Quelques arrestations et expulsions supplémentaires s'ensuivent. Elles frappent les fortes têtes ou simplement tel paysan dont le Parti convoite la maison. Pour seule explication, les officiels se contentent de qualifier les victimes de « koulaks », même si leur niveau de revenu est des plus modestes.
Le sort des prévenus est l'exécution ou la déportation dans un camp de travail (ce qui revient à peu près au même). Le vieux pope du village disparaît sans explication. Mais il est remplacé par un homme jeune, en fait un espion au service du pouvoir. C'est que le pouvoir communiste doit réfréner sa hâte d'en finir avec la religion pour ne pas heurter trop brutalement la piété villageoise.
Le village, qui compte au départ 4 000 habitants, semble alors mûr pour la collectivisation. Le « millième », devenu le maître tout-puissant du village, subdivise celui-ci en unités d'une centaine de fermiers, chacune sous l'autorité d'un fermier nommé d'office et placé sous la surveillance d'un membre du Parti. Ces chefs d'unité n'ont d'autre choix que d'exécuter les consignes officielles s'ils ne veulent pas être à leur tour déportés ou exécutés.
Réunis avec solennité, les villageois sont exhortés par les représentants officiels à rejoindre la ferme collective, ce qui signifie de remettre à l'État leurs champs, leurs outils, leurs bêtes et leurs bâtiments de ferme, en ne conservant que leur logis ! Contraints et forcés, les chefs d'unité s'exécutent mais la grande majorité des villageois persistent à résister.
Suivent d'autres réunions. Et dans chaque unité, les chefs pressent leurs homologues paysans de s'incliner. Ces subordonnés se montrent souvent sous l'effet de la peur plus brutaux que le « millième » lui-même et à leur tour multiplient les arrestations de récalcitrants. Ainsi va la « dékoulakisation »...

La grande famine

En Russie même, la paysannerie, qui avait été brisée par l'occupation mongole, au cours du Moyen Âge, puis opprimée par les grands propriétaires et la grande noblesse, n'avait jamais longtemps connu la liberté ni bénéficié de la propriété du sol. Elle se résigna à la collectivisation sans trop de réistance, y voyant une forme de retour au servage d'antan.

Les principales résistances se manifestèrent en Ukraine. Dans ce territoire grand comme la France, doté d'un sol très fertile (le tchernozion) et plus ou moins épargné par l'occupation mongole, la paysannerie avait développé au fil de l'Histoire des structures comparables à celles que l'on rencontrait en Occident : beaucoup de petits propriétaires attachés à leur terre, à leur pope (le curé orthodoxe) et à leur église. 

Le pouvoir soviétique ne tarda donc pas à resserrer la pression sur les réfractaires, coupables de n'en faire qu'à leur tête et suspects de nationalisme. Il  se montra d'autant plus impitoyable que le quota des réquisitions s'avérait quasiment impossible à atteindre, là comme dans les terres fertiles du Don, du Caucase du nord et du Kazakhstan, qui eurent autant pâtir que les Ukrainiens des réquisitions forcées. Au Kazakhstan, république soviétique d'Asie centrale, les principales victimes furent les nomades affectés par la sédentarisation forcée et la saisie du bétail. 

Mémorial de la grande famine de 1932, place Mykhailivska à Kiev.Au printemps 1932, au nom de la « bataille pour le blé », les représentants du Parti multiplièrent les réquisitions forcées chez les fermiers. Dans les fermes collectives, les travailleurs peinèrent eux-mêmes à se nourrir et ne reçurent presque rien pour les membres de leurs familles qui n'avaient pas de travail (vieillards, enfants, malades). Chacun tenta de survivre.

C'est alors que survint la sinistre « loi des épis » du 7 août. D'août 1932 à décembre 1933, elle occasionna la condamnation de 125 000 citoyens à la déportation, ou pour 5400 d'entre eux à la peine capitale, cela pour le vol de quelques grains ou d'une pomme de terre.

Avec l'arrivée de l'hiver, sans surprise, survint la famine. Dans le Caucase du nord et à Rostov-sur-le-Don, la répression fut menée par une commission sous la direction de Lazar Kaganovitch et Genrikh Iagoda.

En Ukraine, la répression fut menée par une commission que dirigeait Viatcheslav Molotov. De longues files de malheureux erraient le long des routes en quête de subsistance et gagnaient les villes en quête de travail et secours.

Mais le gouvernement communiste ne resta pas sans réagir : le 27 décembre 1932, il institua un passeport unique pour tout le pays, avec interdiction pour quiconque de quitter son village de résidence sans autorisation du Parti ! Le 22 janvier 1933, une circulaire demanda à la Guépéou et aux autorités locales d'empêcher « par tous les moyens les départs massifs de paysans d'Ukraine et du Caucase du nord vers les villes ! »

Affaiblis, les gens mouraient de froid et de faim dans leurs cabanes, le long des routes ou sur les trottoirs des grandes villes, quand ils n'étaient pas déportés sur un ordre arbitraire du Parti.

Beaucoup de désespérés se suicidèrent. Un nombre non négligeable se livrèrent au cannibalisme, enlevant les enfants des voisins ou tuant parfois leur propre enfant pour se nourrir de leur chair. Le phénomène était si peu rare que le gouvernement fit imprimer une affiche qui proclamait : « Manger son enfant est un acte barbare ! »

La famine ne relâcha son étreinte qu'au mois de mai 1933 avec le retour des fruits et des légumes dans les jardins privés.

Le drame occulté

Contrairement à ce qui s'était passé en 1919-1921, il ne fut pas question en 1932-1933 de faire appel à l'aide étrangère pour secourir les affamés... De toute façon, si le gouvernement avait eu la moindre intention de secourir les paysans, il lui eut suffi de leur distribuer le blé destiné à l'exportation.

Staline préféra cacher le drame. En Ukraine même, dans les grandes villes comme Kharkov où viennent mourir des malheureux, les habitants affectaient l'indifférence ou l'ignorance.

À l'étranger, où filtraient malgré tout des informations sur la famine et les excès de la « dékoulakisation », les communistes trouvaient des gens complaisants, cyniques ou naïfs pour relayer leurs mensonges sur la prospérité de l'Union soviétique et de ses habitants.

En août 1933, le journal L'Humanité (communiste) écrivit : « Il n'y a pas de famine en Ukraine ni dans aucune république ou région de l'Union soviétique. Mais la campagne antisoviétique fait rage parce que l'URSS a déjoué tous les plans d'agression, parce que sa puissance, parce que sa politique de paix enregistre des succès retentissants. » L'opinion occidentale était d'autant plus portée à entériner ces propos qu'au même moment, à Berlin, Hitler et le parti nazi s'installaient au pouvoir et qu'il paraissait malvenu d'affaiblir les Soviétiques, contrepoids bienvenu à cette nouvelle menace.   

Walter Duranty, correspondant du New York Times à Moscou, reçoit le prix Pulitzer pour des reportages qui se révéleront plus tard outrageusement mensongers. Il accable aussi de calomnies le jeune Britannique Gareth Jones qui avait témoigné de la situation dramatique de l'Ukraine en octobre 1933.

Le cas le plus notable est celui d'Édouard Herriot, maire de Lyon et chef du parti radical français, qui se rendit en URSS à l'été 1933. Il aspirait à un rapprochement entre la France et l'URSS pour contenir l'Allemagne, qui venait de tomber aux mains des nazis. De ce fait, après avoir parcouru l'Ukraine en compagnie des officiels soviétiques, il déclara, péremptoire : « J'ai traversé l'Ukraine. Eh bien ! je vous affirme que je l'ai vue tel un jardin en plein rendement. » Il est vrai que les communistes avaient fait ce qu'il fallait pour cela, maquillant les villages où devait passer le leader occidental, dans la tradition des « villages Potemkine »... ou à l'image de Tintin au pays des Soviets (Hergé). La Pravda exulta le 13 septembre 1933 : « Un démenti catégorique aux mensonges de la presse bourgeoise ».

Au total, c'est environ quarante millions de personnes qui furent affectées par la famine, en Ukraine comme dans le Kouban, les riches plaines du Don et le Kazakhstan.

Les Ukrainiens « redécouvrent »  le crime commis à leur encontre

Le drame fut longtemps relégué parmi les multiples crimes du régime soviétique et c'est seulement à la fin des années 1980 qu'il réapparut en pleine lumière à l'initiative des Ukrainiens. Ils baptisèrent alors Holodomor (« extermination par la faim » en ukrainien) le drame qui frappa la République socialiste soviétique d'Ukraine. Après l'indépendance de 1991, « la "redécouverte" de la famine a joué un rôle crucial dans le débat politique, dans la confrontation entre tenants d’une rupture avec la Russie et partisans d’un maintien de liens étroits avec le "grand frère russe" », écrit Nicolas Werth.

La famine et son aspect intentionnel ne font plus guère débat parmi les historiens.  S'agit-il pour autant d'un génocide ?  Les députés ukrainiens ont tranché le 16 mai 2003 en adoptant une résolution qualifiant la grande famine de 1932-1933 de « génocide du peuple ukrainien ». Le 28 novembre 2006,  ils votèrent enfin une loi affirmant que « la famine provoquée par les Soviétiques est un génocide contre le peuple ukrainien ». Le président Viktor Iouchtchenko fixa au 25 novembre le jour du souvenir du Holodomor tandis que le Parlement rendit passible de poursuites pénales la contestation dudit génocide.

Dans le même temps, les députés entamèrent la réécriture de leur Histoire en vue d'effacer toute forme de lien historique, culturel ou sentimental avec le grand voisin russe. En 2014, ils poussèrent l'audace jusqu'à enlever à la langue russe, parlée par un cinquième des Ukrainiens, son statut de langue officielle au côté de l'ukrainien, ce qui eut pour effet de déclencher le soulèvement du Donbass russophone et l'intervention armée de la Russie, avec les conséquences que l'on sait.

Quoi qu'il en soit, conformément à la définition donnée par le juriste Richard Lemkin, l'ONU s'en tient pour l'heure à la reconnaissance officielle de trois génocides : les Juifs d'Europe (1941-1945), les Arméniens (1915) et les Tutsis (1994). Quant aux historiens, ils dénient pour la plupart le qualificatif de génocide à la « Grande famine ». Il y voient plutôt, comme Alain Blum, l’épisode paroxystique de la « guerre contre la paysannerie » menée par le pouvoir bolchévique depuis les années 1920 et le résultat de « l’obstination du pouvoir stalinien et de Staline lui-même » (note).

Irlande-Ukraine, mêmes famines !

L'historien Emmanuel Todd note dans La défaite de l'Occident (Gallimard, 2024) que l'Ukraine partage avec l'Irlande le douteux privilège d'avoir subi les dernières grandes famines européennes.  
La violence de l'évolution économique de l'URSS entre 1917 et 1960 « n’est guère comparable qu’à celle des îles Britanniques entre 1780 et 1850, durant la révolution industrielle, » écrit-il. « De la même façon que l'Holodomor, la grande famine d’Irlande explique pour une part importante le ressentiment des Irlandais contre l’Angleterre. L’ironie veut que ces deux famines ont été provoquées ou sublimées par des idéologies de sens opposés : un collectivisme d’État délirant dans le cas de l’Ukraine, un libéralisme moralisateur qui refusait que l’État intervienne dans le cas de l’Irlande.
Mais soyons juste, »
précise l'historien avec ironie, « nous devons une fois de plus admettre la supériorité du libéralisme, qui a tué plus efficacement en Irlande que le collectivisme en Ukraine. La grande famine irlandaise a fait 1 million de victimes sur 8,5 millions d’habitants, soit 12 % de la population. La grande famine d’Ukraine en a fait 2,6 millions sur 31 millions, soit 8,5 % de pertes. »
Nous pourrions mettre aussi sur le compte du libéralisme anglo-saxon la famine au Bengale, soixante ans plus tard, pendant la Première Guerre mondiale... Pour l'heure, aucun groupe politique ne songe à qualifier de « génocides » la grande famine d'Irlande et celle du Bengale.

Publié ou mis à jour le : 2026-09-23 19:29:03

Voir les 5 commentaires sur cet article

Louis (11-08-2012 18:22:07)

Bonjour;

Quand on pense qu'à la mort de Staline certains députés français firent debout, une minute de silence en pleine session du Parlement.

Louis

Claude POSTEL (06-08-2012 13:02:31)

oui j'ai lu des articles sur la grande famine ukrainienne il y a déjà au moins 40 ans et la responsabilité de Kroutchev était clairement établie - avant qu'il ne "devint le sauveur de l'U... Lire la suite

Michel Bourassa (28-12-2010 18:23:54)

Préparer un communiqué à l'intention des médias, et l'expédier de par le monde peu de temps avant le 7 aout, pour que cette dramatique page d'histoire soit mieux connue, et que le fait que le nom... Lire la suite

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